Salut ! Salut !

L’Acouphène #1 | Radiohead – A moon shaped pool

Culture / Le meilleur de Newsyoung / Récents / 14 mai 2016

Une brève histoire du temps. Ce titre de l’astrophysicien Stephen Hawking pourrait bien résumer le 9ème opus des anglais de Radiohead. Car si la bande de Thom Yorke est encore loin d’écrire des romans de vulgarisation scientifique, elle semble bien déterminée à offrir à ses fans sa propre vision d’un temps qu’elle modèle à sa façon.

Un temps que le groupe a d’abord choisi de casser, tant leurs derniers albums, marqués par leur déconstruction, bouleversaient les sens et la perception de ceux qui les écoutaient (d’aucun les qualifieront, à tort ou à raison, d’inaccessibles).


Il s’agit, maintenant, de l’abolir : Radiohead, muet depuis 2012 et la fin de sa tournée
The King of the Limbs (si on omet la chanson composée – et refusée – pour le film Spectre), a commencé par donner, ces jours-ci, un cours magistral de communication sur
les réseaux sociaux. Car si l’on avait pu apercevoir quelques photos des enregistrements d’
A Moon Shaped Pool, la date de sa sortie en restait inconnue et mystérieuse jusqu’à ce que le groupe commette l’impensable : organiser sa propre disparition.

Des photos blanches, des tweets et posts Facebook supprimés. How to Disappear Completely n’était plus bien loin.

Et pourtant, ce “suicide” semblait plus puissant que toutes les opérations de com’ : dans un monde bruyant et fourmillant que Thom Yorke dénonce si souvent, le groupe venait de créer un vide, un silence assourdissant annonciateur des tempêtes orchestrales de Burn the Which. Le début d’un album passionnant, dévoré par les fans et encensé par la critique.

Thom Yorke face caméra pour Daydreaming

Prendre le temps

Le premier morceau dévoile ses staccatos envoûtants en fond d’un clip cynique, marquant le retour en fanfare des enfants d’Abingdon dans un format où ils excellent : un savant mélange entre pop et recherche sonore allant toujours plus loin.

L’hymne incendiaire et inquiétant est bientôt suivi des longues nappes de Daydreaming, prétexte à une longue déambulation, filmée, de Thom Yorke, évoluant comme dans un rêve au milieu de paysages vides et fascinants. Les notes du piano, répétitives et obsédantes, semblent donner le ton réel du reste de l’album : une musique qui après avoir voulu le manipuler, décide de prendre le temps.

Prendre le temps de la mélancolie, tout d’abord. Une mélancolie douce, qui effleure sans tourmenter, frappant doucement à la porte de nos psychés de ses notes aériennes et autres falsettos Yorkiens. Passé le désespéré Daydreaming, Glass Eyes se fait modèle du genre. Les notes d’un piano en sourdine semblent être de timides bulles de soleil, tentant de se frayer un chemin dans les premières fleurs d’un cerisier printanier. Thom Yorke y chante l’aliénation, les visages “gris béton” des usagers d’une gare, l’amour devenu un océan de glace. Un amour qu’il a perdu aussi à la ville, ayant récemment divorcé après plus de 20 ans de mariage.

L’album laisse aussi la part belle à la répétition. Ful Stop s’étend et s’étire dans une boucle de basse entêtante, sur laquelle le chanteur du groupe semble psalmodier tel un prêtre païen. La science de la répétition est ici utilisée à dessein : en tissant une toile solide servant de fondations, le groupe peut étoffer à sa guise la litanie au rythme saccadé, tout en bouleversant notre perception du temps et de son écoulement.

A Moon Shaped Pool semble, enfin, sonner le temps du retour aux sources : retour à des thèmes chers à Thom Yorke, prompt à l’introspection pour échapper au monde. Retour, aussi, aux sources du succès du groupe : le magnifique Decks Dark, avec ses choeurs de femmes, semble lancer un clin d’oeil complice aux choeurs du Mellotron d’OK Computer, qui ornaient en leur temps des chansons emblématiques comme Exit Music (For a Film) ou The Tourist.

L’impression générale qui se dégage des onze chansons d’A Moon Shaped Pool est celle d’un album audacieux et recherché. La musique s’y fait pourvoyeuse d’images et de souvenirs : on se surprend à penser, à l’écoute de la basse et des arrangements cordes de The Numbers, aux inoubliables expérimentations de Gainsbourg et Vannier sur Melody Nelson. La construction, elle aussi, est remarquable : l’épique segment final, reliant les cordes lascives de Tinker Tailor Soldier Sailor Rich Man Poor Man Beggar Man Thief (à lire en une seule respiration) au reposant True Love Waits, est un bijou de transition, témoin d’une maîtrise parfaite de cet art difficile.

Et derrière les mots et les notes, le groupe est bien là, solide et assuré. On reste subjugué par cette pépite, tombée de nulle part au terme d’un mutisme réparateur : car si le silence qui suit une symphonie de Mozart est encore de Mozart, le silence qui précède un album de Radiohead est bien de Radiohead.
“Les rêveurs n’apprennent jamais”, chante Thom Yorke. Et c’est bien pour cela qu’ils ne vieillissent pas.






Julien Coquelle-Roëhm




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