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L’Acouphène #3 | Bob Dylan – Fallen Angels

L’Acouphène #3 | Bob Dylan – Fallen Angels

Bob Dylan and Chill

C’est le 20 mai 2016, quelques jours avant ses 75 ans que ce mythique artiste originaire du Minnesota publie Fallen Angels, son 37ème album studio. Il regroupe un ensemble de 12 reprises provenant en majorité du répertoire de Frank Sinatra, interprétées par un Bob Dylan calme et assagi.
Alors que certains avaient cru voir dans son album Tempest paru en 2012 un signe d’adieu (en raison du titre emprunté à une des dernières pièces de Shakespeare) ; il est clair et net que le chanteur est encore loin de la retraite.

Bob Dylan sur scène en 2012. Photographe: Christopher Polk/Getty

Bob Dylan sur scène en 2012. Photographe: Christopher Polk/Getty

Toute sa vie un éternel caméléon, le fidèle de Woody Guthrie est d’abord porte-parole de sa génération au début des années 1960 avec un répertoire folk et engagé (The Freewheelin’ Bob Dylan, The Times They Are A-Changin’) avant de passer à l’électrique (Bringing it All Back Home). À la fin des seventies, il se convertit au christianisme et flirte avec le gospel avant de revenir quelques années après à ses racines folk et blues. Naviguant sans cesse entre les genres, on le reconnaît à sa voix rauque et nasillarde, son harmonica et sa guitare (électrifiée ou non) ; pour le plus grand plaisir des oreilles de ses fans.

C’est seulement à la lumière de son histoire que cet album prend du relief et révèle le talent intact de Bob Dylan ; en un mot, cet article n’a rien d’une nécrologie. Au contraire, les dernières pages de l’histoire de Bob Dylan sont encore à écrire. Fallen Angels s’inscrit dans la continuité de Shadows of the Night ; album publié en 2015, dans lequel Dylan entama sa découverte de Frank Sinatra en reprenant 10 titres enregistrés par le crooner américain. J’insiste sur le mot découverte parce que Dylan a, à plusieurs reprises, contesté l’appellation anglo-saxonne de « covers » en lui préférant « uncovers » ; il souhaite avant tout dépoussiérer les vieux standards de jazz et de blues du crooner de l’Amérique d’après-guerre.

Frank Sinatra en 1955 en tant que réalisateur de "Our Town". Photographie appartenant au domaine public

Frank Sinatra en 1955 en tant que réalisateur de « Our Town ».

Dans ces 12 nouveaux enregistrements, Dylan reprend des morceaux très marqués par l’époque des big bands avec une sobriété dylanesque. L’introduction de Polka Dots and Moonbeams, en quelques notes piquées à la guitare, transporte celui qui l’écoute dans un espace sonore inédit et épuré, loin du jazz des années 1940 ; des saxos, des clarinettes et des trompettes. C’est dans cette sérénité que Dylan pose sa voix pourtant si rauque avec précision et délicatesse ; accompagné de sa guitare avec en fond sonore, une contrebasse et une batterie jazz.  On retrouve dans les thèmes abordés, les rythmes et les mélodies de Fallen Angels, le calme et la nostalgie d’un chanteur mûr et usé par plus de 50 ans de carrière.

Cet album n’est pas un album classique de reprises fait par un vieux chanteur en fin de carrière qui profite de vieilles chansons pour payer ses impôts sans trop se fouler. On a dans Fallen Angels, la continuation du mouvement initié dans Shadows of the Night ; la consécration d’un nouveau style, d’un nouveau Dylan. Un Bob Dylan crooner et apaisé. Le titre de l’album, Fallen Angels (« anges déchus » en français) pourrait sûrement refléter la beauté passée et désuète de ces standards que Bob Dylan remet au goût du jour. Pari réussi et bien apprécié par la critique ; cet album montre que même si les anges tombent, Dylan, lui, reste debout.

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Etudiant à Sciences Po

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