Salut ! Salut !

Laisse la jeunesse tranquille

Culture / 7 décembre 2014

Laisse la jeunesse tranquille est une pièce de théâtre récemment écrite par Côme de Bellescize, jeune dramaturge prometteur. C’est lors d’une résidence d’auteur qu’on lui a demandé d’écrire une pièce sur le sujet « Avoir 20 ans aujourd’hui » Il a alors collecté de nombreux témoignages de jeunes vivants dans 4 villes du Val de Marne (le Kremlin-Bicêtre, Rungis, Orly et Champigny-sur-Marne) avant de se lancer dans l’écriture.

.

C’est à l’occasion du festival Les théâtrales Charles Dullin qu’est présentée pour la première fois Laisse la jeunesse tranquille. Le spectacle – appelé officiellement « maquette » car la pièce n’a pas été présentée dans son intégralité, le travail de mise en scène suit son cours – est mis en scène par Lena Paugam, jeune metteur en scène, accompagné de six jeunes acteurs sortant du Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique.

Mais alors de quoi traite cette pièce ? Quelles sont les interrogations des jeunes personnages ? Et qui sont-ils, ces jeunes présents dans la pièce ?

De la fiction à la réalité : destins de jeunes croisés

Les personnages sont introduits par la situation de l’auteur lui-même qui cherche à écrire une pièce à partir de témoignages de jeunes.
L’auteur rencontre ainsi sur son chemin deux jeunes de la cité qui n’ont pas de rêves ou plutôt qui ne veulent pas livrer leurs rêves car ils ont peur de l’auteur, qu’ils considèrent comme un flic. L’auteur devient violent et sort un flingue car il est vexé qu’on le prenne pour un flic. Il tue métaphoriquement ces deux jeunes qui deviennent des fantômes errants à la recherche de rêves. Ils iront s’approvisionner dans la boutique d’un vendeur de rêves loufoque…

S’ensuit la figure de l’étudiante en informatique sûre d’elle et de son avenir. C’est un personnage intéressant car deux aspects sont présents chez elle : la question de l’intelligence artificielle et la question de la créativité. Lors de la mise en scène, des bandes sortent du cerveau de l’étudiante (comme des bandes diapositives d’un vieux film) dans lequel on pouvait accéder à ses romans d’héroic fantasy ou elle imagine un personnage de dragon…

Il y a également un couple. Ou plutôt ce qui restait d’un couple. Lui veut la quitter. Elle, s’accroche. Elle l’harcèle, au point où ils en viennent à accepter un accord assez malsain. Elle peut rester chez lui mais elle se fera invisible, comme un meuble parmi les autres. Elle sera là également pour assouvir ses besoins sexuels quand lui en aura envie. Mais elle ne dira rien, elle se contentera d’être là, s’oubliant dans sa présence qui n’en est pas vraiment une. Elle sombrera et tombera bien bas en acceptant de tourner dans des scènes pornographiques avec les amis de son ex, vidéos qui seront diffusées sur les réseaux sociaux.

Un autre jeune s’illustre dans la pièce. C’est un adolescent qui revendique ses droits et questionne la politique (on coupe une tête à droite et ho, il repousse la même tête à gauche, tout aussi mauvaise !), il questionne la société de consommation, il questionne la chirurgie esthétique (de sa mère) et se questionne lui-même à travers toutes ses interrogations.

production-theatrales_vingt-ans-creation_02-672x372

Thématiques de la pièce et mise en scène

La pièce est construite de manière à suivre les histoires des différents personnages petit à petit. Les scènes s’enlacent et se suivent avec la mise en abyme de l’auteur comme point de rattachement de l’ensemble. A travers ces différents personnages, Côme de Bellescize aborde la question de la jeunesse par ses attentes, ses espoirs, ses rêves, ses questionnements, ses revendications, ses engagements, ses relations que ce soit l’amitié ou l’amour, la créativité, la peur de l’avenir…

La jeunesse est une période de l’entre-deux, abordée ici avec le recours à la fiction, ce que l’auteur Côme de Bellescize relie au contexte de son écriture : après avoir recueilli les témoignages, l’auteur s’est envolé pour Jérusalem en Israël où il a écrit sa pièce. La réalité de la guerre et la violence éprouvées là-bas l’ont forcé à trouver des échappatoires et des fictions pour pouvoir prendre une distance nécessaire avec le réel et se consacrer à l’écriture de la pièce.

Concernant la mise en scène de Lena Paugam, le dispositif scénique est intéressant. Les acteurs évoluent dans un grand carré blanc en relief avec un trou en son centre. Les possibilités de jeu sont ainsi multiples pour les comédiens qui tantôt se servent de ce carré comme d’une table tantôt comme d’une estrade quand ils montent dessus… Les spectateurs sont installés aux quatre coins du carré, directement sur la scène du théâtre. Cette proximité entre les spectateurs et les comédiens permet une adresse directe et une dynamique de jeu. L’énergie des acteurs est rendue palpable de par ce rapprochement avec le public et leur engagement physique donne à ce spectacle un souffle dynamique. Celui de la jeunesse peut-être, celui de la jeunesse sûrement.

Le début à la fin : extrait de Laisse la jeunesse tranquille

Je vous laisse terminer la lecture de cet article par un extrait du tout début de la pièce pour vous en donner un avant-goût avant sa publication officielle.

« Salle d’interview.
L’AUTEUR – Je veux qu’on parle de vous, de votre monde, de vos rêves, de vos révoltes.
Qu’est-ce qui vous tient à cœur, qu’est-ce qui vous choque ? Comment voulez-vous vous engager ? La politique, l’art, le sport si vous voulez ! Votre rapport à l’argent, au pouvoir, à la police, vos vices, vos vertus, votre relation aux filles, aux hommes, le sexe bien sûr… votre regard sur l’actualité en France et dans le monde… Qu’est-ce que vous pensez du choc des civilisations ? La crise, qu’est-ce que ça évoque pour vous ? Les Gender Studies, la Palestine, l’Europe, les Banlieues évidemment… le Front National, l’immigration, la sécurité, la drogue… je veux aborder tous les sujets, ceux qui plaisent et ceux qui fâchent. Je veux tout savoir sur vous. (Il montre le ventre de Kalash.) Je veux rentrer là-dedans, et aller au plus profond… Je veux écrire une pièce de théâtre qui nous ouvre des perspectives, une pièce qui nous donne l’envie d’être demain, avec vous, et d’en découdre. Je veux transmettre cette envie d’aller de l’avant, cette envie d’être vivant. Je veux écrire des prophéties… ces interviews, c’est comme ouvrir le ventre d’une bête sauvage, et lire l’avenir dans ses entrailles. (Silence.) On commence ? Je mets le micro en route. Voilà. Vous êtes prêts ? C’est parti. »


Étiquettes : , , ,



Juliette Piat
Étudiante en deuxième année de licence d'études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle. Pratique le théâtre dans un conservatoire. Passionnée de théâtre mais également de toute forme d'art... Animatrice et amatrice de jolis mots bien formulés.




Previous Post

[Une semaine de sport ] Trois clubs au sommet du football français

Next Post

[Une semaine de sport] Un Manaudou en or !





You might also like



0 Comment


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


More Story

[Une semaine de sport ] Trois clubs au sommet du football français

La semaine sportive fut rythmée par le monde du ballon rond, entre le championnat de France et les matchs européens. Si le trio...

1 December 2014
UA-37872174-1
Tu aimes cet article ?
Tu aimes cet article ?
N'hésite pas à nous rejoindre sur les réseaux sociaux !
Faceboook
Twitter