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Le cas des Rohingyas : un nettoyage ethnique effroyable

International / Récents / 28 septembre 2017

Alors que le monde s’indigne de plus en plus sur le triste destin des Rohingyas, contraints à un exode forcé suite à une répression militaire, le silence assourdissant de la dirigeante birmane, Aung San Suu Kyi, génère un scandale risquant de polariser sa réputation. Comment cela s’explique t-il ? 

Depuis le 25 août dernier, la Birmanie est pointée du doigt par la communauté internationale, suite au début d’une opération militaire visant la communauté Rohingya résidant à l’ouest du pays. Cette opération, humainement et matériellement destructrice, a eu pour conséquence l’exil massif de 370 000 Rohingyas vers le Bangladesh.

Une crise migratoire n’étant pas sans précédent pour cette minorité, en proie aux abus du pouvoir birman depuis 1982, qui a été catalysée par des actes de rébellion par des protestataires Rohingyas contre des officiers de police quelques mois plus tôt. En réponse à ces supposées protestations, l’armée a commandité un crackdown meurtrier sur les Rohingyas, et depuis, des faits de violences, meurtres sommaires et chasses à l’homme furent reportés.

Selon un rapport récemment publié par l’ONU, la crise en Birmanie a entraîné des pertes humaines dont le nombre se, situe entre 500 et 1000 victimes, présumées tuées par le contingent militaire birman.

Face à ce fléau, de nombreuses voix s’étaient élevées, du secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres, a Desmond Tutu, du Dalaï-lama, jusqu’au Premier Ministre canadien Justin Trudeau, afin d’exhorter le régime à cesser les travers contre les membres de la minorité Rohingya. Ces derniers, selon divers témoignages, fuient leurs foyers brûlés et cette répression par tous moyens possibles, dans la boue, bravant la pluie dans des conditions extrêmement difficiles.

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Cependant, en dépit d’un accroissement de la dénonciation, le silence demeure dans le camp d’Aung San Suu Kyi, restée désespérément aphone depuis que les faits furent rendus publics, au point d’être aujourd’hui prise pour cible par l’opinion publique. De nombreuses pétitions furent d’ailleurs publiées et signées par des milliers de personnes pour lui retirer son prix Nobel de la Paix, décerné en 1991.

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L’héroïne qui, de par son statut de prisonnière politique assignée à résidence, jouissait d’une aura iconique et d’une réputation unanime de respectabilité, est aujourd’hui au cœur d’un cirque médiatique et d’une crise politique risquant d’annihiler l’image de survivante pacifiste qui lui fut toujours associée.

Son comportement cavalier, entre silence castrateur et refus de rendre des comptes (elle a récemment refusé une visite à la tribune des Nations Unies pour expliquer la situation), fait fortement jaser et pousse aujourd’hui le monde à se demander pourquoi et comment « La Dame » s’est terrée dans un tel mutisme.

Cette absence de déclaration ferme pourrait se justifier par le fait que la Birmanie, ayant toujours connu la dictature et l’autoritarisme, possède encore en ce moment un système de gouvernance laissant à l’armée de Myanmar le quasi-monopole sur la vie politique.

Malgré son accession au pouvoir suprême, Aung San Suu Kyi dispose d’un degré d’influence encore trop minime pour exercer le plein pouvoir, devant composer inexorablement avec la mainmise de l’armée, en dépit d’une transition démocratique effectuée en 2016.

Selon les propos d’un spécialiste de la Birmanie, Benedict Rogers, recueillis dans le Guardian, l’armée la briefe sur l’actualité, l’agenda militaire, la direction gouvernementale et lui impose ses procédés d’action.

Une telle domination de l’armée sur le pouvoir suffirait à exempter Aung San Suu Kyi, si elle n’avait pas elle-même dénoncé, lors d’un appel téléphonique avec l’autocrate Turc Recep Tayyip Erdogan, la création d’un « iceberg de désinformation » autour de cette situation. Cela implique une minimisation d’un des exemples de nettoyage ethnique les plus terrifiants de notre siècle.

People shout slogans as they take part in a protest march against what they say are killings of Rohingya Muslims in Myanmar, in Kolkata, India December 7, 2016. REUTERS/Rupak De Chowdhuri

Un autre fait méconnu mais pour le moins perturbant concerne le sentiment anti-Rohingyas, une haine généralisée dans tout le pays, corroborée par l’avocat de la leader birmane, Nyan Win, ayant dit lors d’une interview, que les Rohingyas « ne sont pas des citoyens mais des étrangers. ».

Apatrides non reconnus, les Rohingyas ne possèdent aucun droit en Birmanie et sont victimes d’abus récurrents, encouragés le plus souvent par le pouvoir et les groupuscules de bouddhistes extrémistes et des moines ultra-nationalistes, bénéficiant d’une emprise de poids dans la conscience collective du pays.

Malgré un pouvoir cadenassé par des forces hors de son contrôle, Aung San Suu Kyi se retrouve dans l’impasse et afin de regagner une crédibilité qui ne cesse de s’effriter, se doit de sauvegarder l’intégrité des Rohingyas et de ne pas poursuivre la persécution qu’aucun de ses prédécesseurs n’a voulu dénoncer.

Une telle icône des droits civiques  ayant proclamé que les droits de l’homme sont universels se retrouvant à ignorer la ségrégation des minorités pour garder le pouvoir est un triste spectacle.

Son incapacité à parler alors que les Rohingyas musulmans continuent à fuir et mourir par centaines et milliers prouverait donc qu’au sommet de la politique, le sang est nécessaire pour asseoir l’autorité.






Moïse Mensah




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