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Le monde de Cyriak

Le monde de Cyriak

Dans un pré, de taciturnes vaches se changent en araignée géante aux multiples protubérances, tandis qu’en fond sonore résonne une musique de jeu vidéo qui semble tout droit sortie des enfers : pas de doute, vous regardez bien une vidéo de Cyriak Harris. Célèbre pour ses animations surréalistes et parfois dérangeantes, l’artiste britannique a accepté de répondre à nos questions.


Comment t’est venue l’idée de réaliser des animations ? Quelles études as-tu suivies ?

J’ai fait des études en animation, un média qui me semblait idéal pour explorer ce qui me passionne, à savoir raconter des histoires et fabriquer des mondes imaginaires. Cela m’a tout de même pris quelques années après ma sortie de l’université avant de pouvoir en vivre, il a fallu que j’attende de découvrir Internet et YouTube.

Comment décrirais-tu ton style en trois mots ? Quelles sont tes inspirations ? Te considères-tu comme un héritier du mouvement surréaliste ?

En trois mots : Photo Montage Surréaliste. On me compare souvent à Terry Gilliam (ancien membre des Monty Python, NDLR), je suis un grand fan de ses animations, mais je pense également que nous avons tous les deux choisi la même technique car elle permet de donner vie à ses idées très rapidement, puisqu’il n’y a pas besoin de dessiner. Je tire principalement mon inspiration de mon observation du monde autour de moi, dont je tente de cerner l’infinie complexité. Je ne me revendique pas vraiment d’un quelconque mouvement artistique, je ne fais que créer les choses que j’ai envie de voir, en utilisant les méthodes que j’estime les plus efficaces.

Monty Python

Au vu de tes vidéos, tu sembles particulièrement apprécier les bestioles de tous poils (vaches, chats, moutons, lapins…), mais également les fractales. Pourquoi cela ?

Si j’utilise beaucoup d’animaux dans mes vidéos, c’est pour la simple et bonne raison qu’il n’y a pas besoin de leur demander la permission. Mais c’est également parce que j’ai grandi à la campagne, où je vis toujours actuellement, et qu’au quotidien je vois plus d’animaux que d’êtres humains. Les fractales sont un élément clé de mon travail, l’idée de créer des univers entiers en répétant les mêmes éléments simples me passionne. Cela reflète la manière dont est fait le monde réel : toute chose est toujours composée de choses plus petites, tout en faisant partie d’une chose plus grande.

Tu utilises Photoshop et After Effects pour faire tes vidéos, et Fruity Loops pour la musique. Combien de temps cela te prend-t-il, et comment procèdes-tu ?

Cela peut me prendre un mois ou deux pour faire une vidéo. Le processus de création dépend du projet : parfois, s’il y a une histoire à respecter, alors je dois faire un storyboard grossier, que j’anime ensuite avec la bande-son. On appelle ça un animatic, et c’est très utile pour travailler sur le timing d’une scène. Souvent je n’ai même pas besoin de faire de storyboard. J’ai une idée générale du look qu’aura la vidéo, et puis je commence directement. C’est de l’improvisation, mais avec une structure globale à respecter, de telle sorte que tandis que j’invente au fur et à mesure, le concept et la musique m’aident à rester cadré. C’est pour cela que la musique vient toujours en premier, pas seulement pour synchroniser le mouvement mais également comme source d’inspiration pour les visuels et l’histoire.

Crois-tu en l’art dit « conventionnel » ?

J’ai un rapport compliqué avec l’art conventionnel. Je vois beaucoup de belles œuvres, mais je vois aussi beaucoup de trucs horribles qui ne doivent leur renommée qu’au statut d' »œuvre d’art » dont on les affuble. Pour moi, l’art consiste simplement à véhiculer des idées, ce qui englobe tous les aspects de la créativité. Mais je fais la distinction entre le bon et le mauvais art. Pour être digne d’intérêt, l’art exige un certain effort, tant dans le processus créatif que dans le concept de base.

Pourquoi penses-tu que les classes populaires peuvent se sentir éloignées de l’art contemporain ? Aimerais-tu être reconnu par la critique pour ton travail ?

L’art se doit d’être accessible à son public, et si un artiste est obligé d’expliquer son travail, c’est qu’il a mal fait son boulot. Si vous torchez quelque chose à la va-vite en supposant que le public « en fera ce qu’il veut », alors c’est lui qui fait tout le travail. Le public joue toujours un rôle important dans la manière dont l’art est ressenti, mais c’est à l’artiste de fournir les outils qui lui procureront ce ressenti. C’est sûrement pour cette raison que les classes populaires se sentent éloignés de cet art dont la compréhension exige un contexte particulier. Je n’ai aucune idée de la manière dont mon travail est reçu par le monde de l’art, mais on me demande souvent d’exposer mes vidéos dans des galeries, ce qui me semble étrange dans la mesure où mon travail est déjà accessible au monde entier.

Quel est ton message ?

Je considère mes vidéos comme des documentaires traitant d’univers imaginaires, mais contenant juste assez d’éléments de notre propre univers pour nous sembler étrangement familiers.

Tu es quelqu’un de très discret. Comment vis-tu ta renommée ?

Il est facile pour moi d’oublier que je suis connu, dans la mesure où mon seul lien avec le public est à travers les commentaires et les nombres de vues. J’essaye de ne pas me mettre en avant, je pense que mes vidéos parlent d’elles-mêmes. Souvent il me semble même qu’elles se font toutes seules, que je ne suis là que pour les dévoiler à la face du monde.

Que penses-tu d’Internet comme média de création et de diffusion ?

Avant l’apparition d’Internet, le seul moyen pour diffuser mes vidéos aurait été de les présenter moi-même dans des festivals à travers le monde, et les seules personnes qui seraient venues les voir auraient été des fans d’animation comme moi. Grâce à des sites comme YouTube ou Vimeo vous disposez d’une plateforme qui vous permet d’exposer votre travail à n’importe qui. Non seulement votre audience s’en trouve élargie, mais vous avez également une plus grande motivation pour créer car il n’y a aucune barrière pour contenir le flot de vos idées.

Pour finir, la question que tout le monde se pose : quelles drogues prends-tu ?

Je ne prends pas de drogues, non. Je ne bois même pas d’alcool. Je tire mon inspiration de la réalité et je pense que la réalité est bien plus étrange que n’importe quelle vision psychédélique, et bien plus bizarre que n’importe laquelle de mes créations.


Retrouvez le travail de Cyriak sur sa chaîne YouTube. Liste des GIF utilisés, par ordre d’apparition : cow & cows & cows, Monty Pythons’s Flying Circus (Terry Gilliam), Baaa, Cycles, MOO!, something, Cyrrus (vidéoclip d’une chanson de Bonobo), Because, malfunction.

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Etudiant en double cursus "Sciences et sciences sociales" à Sciences Po Paris et à l'Université Pierre et Marie Curie. Passionné de politique et de nouvelles technologies.

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