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LÉGION D’HONNEUR : Le refus de Piketty, un acte politique

LÉGION D’HONNEUR : Le refus de Piketty, un acte politique

« Je ne pense pas que le rôle d’un gouvernement soit de décider de ce qui est honorable » a déclaré Thomas Piketty après sa nomination pour la Légion d’honneur. L’économiste français, dont l’ouvrage Le Capital du XXIème siècle s’arrache outre Atlantique, a affirmé qu’il refusait le titre de « chevalier de la Légion d’Honneur », officialisé jeudi dernier. Actuel directeur de l’Ecole des Hautes Etudes en Science Sociale (EHESS), Piketty n’entend pas se faire décorer par un gouvernement dont il critique régulièrement la politique. Spécialiste de l’étude des inégalités économiques, il regrette notamment les réformes fiscales du gouvernement Valls qui ne vont pas dans le sens des promesses tenues par le président. « Ils feraient bien de se consacrer à la relance de la croissance en France et en Europe » a ajouté Piketty à propos du gouvernement. Le ton est donné.

Prise de distance avec le PS

Des déclarations étonnantes, quand on sait que l’économiste était un temps proche du parti socialiste. Il avait d’ailleurs appelé à voter François Hollande dans une tribune du Monde en 2012. Aujourd’hui, Piketty a pris ses distances : « Je ne sais pas si François Hollande lit des livres… ça peut être intéressant pour lui de lire le mien » déclarait-il en mai dernier sur le plateau du Supplément (Canal +), avant d’ajouter : « Je suis plus proche du parti socialiste que du Front National, mais je n’appartiens à aucun parti. ». Avec ce refus, Piketty entend faire du bruit et c’est chose faite puisque tous les médias se sont rapidement saisi de l’affaire. L’économiste s’est pourtant terré dans le silence depuis l’unique déclaration qu’il a faite à l’AFP pour annoncer son refus…

La légion d’honneur, une décoration qui fait polémique

Thomas Piketty a pourtant attendu l’annonce de sa nomination dans le Journal Officiel pour annoncer publiquement ce refus, alors que dans les faits, les promus sont censés recevoir un coup de téléphone du gouvernement pour les prévenir à l’avance. Le normalien affirme, pour sa part, ne pas avoir été mis au courant de sa nomination. L’économiste entend donc bien marquer les esprits en déclinant la décoration, l’occasion pour lui de protester contre la politique menée par le gouvernement, mais également contre un héritage bonapartiste considéré comme obsolète. Cette décoration semble d’ailleurs aller à l’encontre des principes de l’économiste car la légion d’honneur offre certains avantages. La descendance des décorés a le privilège d’effectuer sa scolarité dans la prestigieuse Maison d’éducation de la légion d’honneur. On est bien loin des principes d’égalité républicaine que prône Piketty.

Un acte politique donc, mais également contre une tradition devenue trop centrée autour du Président de la République. Une manière également de réaffirmer son indépendance, sa liberté de penser et d’expression, en marquant un rejet public du gouvernement. Thomas Piketty est pourtant loin d’être le premier à avoir refusé la légion d’honneur : Sartre, Camus, Beauvoir, Bardot, Maupassant, Claudia Cardinale ou encore Godard, la liste est longue. Certains voient dans ces refus un « coup de pub », du « dédain » voire du « mauvais goût »… peut-être n’ont-ils tout simplement pas envie de rejoindre la liste des décorés où figurent Patrick Buisson, Isabelle Balkany, Vladimir Poutine, John Galliano ou encore Patrick de Maistre.

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