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L’énigme Ivanka Trump : loup retors déguisé en agneau ou véritable pont entre le monde et son père ?

International / Politique / Récents / 3 juin 2017

L’enfant qui murmurait à l’oreille de son père : Ivanka, la Scarlett de Redford. Véritable influence modératrice ou loyale complice silencieuse ?

En politique, voir les enfants de politiciens suivre les traces de leur illustre parent n’est pas inconcevable. Les Kennedy, les Bush, et en France, les Sarkozy et les Le Pen n’ont pas échappé à ce genre de népotisme dans les coulisses du pouvoir. On ne peut évoquer JFK sans mentionner John John, George H.W. Bush sans évoquer ses fils George W. et Jeb, Nicolas Sarkozy sans Jean, Bill sans Chelsea, Mitterrand sans Mazarine et en dernier lieu Jean-Marie sans Marine.

Cependant, Ivanka Trump, le second enfant du président Trump, avec un cabinet à son nom à la Maison Blanche, un rôle d’assistante au sein de l’administration de son père ainsi qu’un accès aux informations gouvernementales, bénéficie aujourd’hui d’un pouvoir que peu de proches de politiciens au monde avaient acquis auparavant.

De femme d’affaires issue d’une famille multimilliardaire à employée gouvernementale, l’héritière de 35 ans est devenue, en l’espace des deux années entre l’annonce de la candidature de son patriarche et son accession au poste suprême à Pennsylvania Avenue en janvier dernier, une des femmes les plus puissantes et craintes du monde, au point d’obtenir une visibilité digne d’une Première Dame, rôle que sa belle mère Melania épouse encore maladroitement.

L’influence de la jeune femme se souligne par ses multiples apparitions durant les rencontres que son père a récemment eu avec le premier ministre japonais Shinzo Abe, le premier ministre Canadien Justin Trudeau avec qui elle a été aperçue à deux reprises, la chancelière Angela Merkel, et dernièrement le 26 avril lors du sommet du G20 à Berlin aux côtés de Christine Lagarde, de la Reine Maxima et de la ministre canadienne des affaires étrangères Chrystia Freeland.

Elle fut également présente aux côtés de son père et sa belle-mère Melania, de facto First Lady,  lors de leurs déplacements en Israël, en Arabie-Saoudite et en Italie, où elle posa aux côtés du couple Netanyahu et du Pape François.

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Il est grandement inhabituel de concevoir l’enfant d’un chef d’Etat être autant impliqué dans la politique de son pays et encore plus de rencontrer directement des chefs d’Etat.

L’exception autour de la jeune femme fait grincer des dents Outre-Atlantique, où son image consensuelle de femme active est désormais liée aux exactions de son père.

Pour cause, son apparition à Berlin en avril dernier fut vivement critiquée en Allemagne où elle fut brièvement huée, lors de son allocution où elle avait défendu son père des accusations de misogynie. Les médias américains ne se gênent désormais pas pour la considérer comme étant complice assujettie à son père de manière aveugle. Le monde de l’entertainment hollywoodien ne se gêne pas non plus pour écorcher la fille Trump via des sketches et parodies, dernièrement avec Scarlett Johansson l’ayant incarnée lors d’une fausse publicité pour le Saturday Night Live. Sa marque fut également retirée de neuf enseignes suite à l’opération Grab Your Wallet en guise de protestation à la victoire de son père.

Ceci trouve son explication par son apparent silence sur les organismes de protection sociale  que son père souhaiterait voir disparaître tels que le Planning Familial et Meals On Wheels (l’équivalent des Restos du Cœur pour les personnes âgées et en incapacité financière) ainsi  que le retrait des États-Unis du traité environnemental de Paris, qu’elle aurait tenté d’empêcher en arrangeant en décembre 2016 un meeting entre son père et l’acteur Oscarisé Leonardo Di Caprio, ainsi que le politicien Al Gore, tous deux fervents environnementalistes engagés dans la lutte contre le réchauffement climatique.

Ce revirement n’a fait que s’accentuer depuis sa prise de position à Pennsylvania Avenue comme employée dans l’administration de son père, où elle est désormais partie prenante de ses décisions et de ses lois.

Récemment encore, elle fut pointée du doigt pour avoir été accusée de produire les vêtements de sa marque dans une usine chinoise aux conditions de travail déplorables, alors qu’elle prône la création de lois sur les congés parentaux et la réduction du prix des gardes d’enfants. Un article publié par le TIME fait également état de la disparition de deux des trois activistes chinois ayant enquêté sur la conformité de l’usine produisant sa marque.

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Ivanka Trump et la chancelière allemande Angela Merkel lors de la première rencontre entre Merkel et son père.

Engagée dans la cause des femmes et la défense de leur droits, elle avait sorti un livre de conseils nommé Women Who Work: Rewriting The Rules Of Success, destiné aux femmes afin de les aider à conjuguer travail et vie de famille, au grand dédain du public qui l’a étrillé, le considérant comme hors de propos pour la femme normale, et exploitant et rabaissant le féminisme à son plus bas niveau.

Malgré la critique acerbe, l’ouvrage fut quatrième dans la liste des best-sellers du New York Times moins d’un mois après sa sortie.

Face à un père monstrueusement connu pour ses largesses comportementales et son mépris pour la gent féminine de par ses propos et agissements passés, la fille policée, digne et présentable se place comme la planche de salut, ayant réussi à rallier l’électorat blanc féminin grâce à son seul charme, son succès dans les affaires et la scénarisation aseptisée de son quotidien. Le tout à grands renforts de clichés Instagram d’elle, de ses trois enfants et de son mari, Jared Kushner, lui aussi conseiller gouvernemental et héritier d’un empire immobilier.

Un autre fait ambigu autour d’elle réside dans sa capacité avec son mari à travailler aux côtés de l’idéologue réactionnaire et antisémite Steve Bannon, que son père a engagé auprès de lui comme conseiller alors qu’elle et sa famille observent les traditions juives.

Au delà des beaux discours, d’un physique avantageux, des rencontres de haut rang et d’un féminisme sans engagement visible, le mystère autour de la businesswoman, au fur et à mesure que la présidence de son père subit préjudice sur préjudice avec les enquêtes autour de l’implication supposée de la Russie dans l’élection américaine, et inflige préjudice sur préjudice avec des coupes budgétaires jugées cruelles et défavorables pour le peuple américain, s’épaissit de plus en plus.

Un mystère qui se justifie par son inaptitude à critiquer son père en public à la moindre de ses saillies verbales et de prise de position publique.

Les rapports qui font état de son rôle dans le bombardement américain de bases syriennes après la publication de photos d’enfants tués au gaz sarin, dans le maintien des lois de protection des personnes LGBT que son père voulait renverser et ses nombreuses conférences sur l’avancement des femmes dans la société à la Maison Blanche et aux quatre coins du monde, prouvent un degré d’influence inédit et terrifiant si avéré.

La valeur inhabituelle d’Ivanka aux yeux de son père a été prouvée du début à la fin de sa campagne : le New York Times a évoqué son implication dans le limogeage de son ex-directeur de campagne Corey Lewandowski, le choix du gouverneur Mike Pence comme colistier et l’établissement d’une proposition de loi sur les congés parentaux dans son programme.

Cependant, les agissements du père sur ces questions de société et ses décisions finales extrêmement tranchées sur l’immigration, le système de santé et l’environnement portent à confusion sur la réelle valeur de la fille sur l’échiquier politique américain.

Une confusion de plus en plus remarquable qui fait aujourd’hui d’Ivanka un point d’interrogation géant portant une robe et des talons. Un point d’interrogation qui se doit d’apporter des réponses. Des vraies. De parler. Au risque de n’être qu’aux yeux du monde, la fille de son père. Comme si ce n’était pas déjà assez dur.






Moïse Mensah




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