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Les 40 ans de la loi Veil : un anniversaire méritant d’être célébré

Les 40 ans de la loi Veil : un anniversaire méritant d’être célébré

« Je le dis avec toute ma conviction : l’avortement doit rester l’exception, l’ultime recours pour des situations sans issue. Mais comment le tolérer sans qu’il perde ce caractère d’exception, sans que la société paraisse l’encourager ? Je voudrais tout d’abord vous faire partager une conviction de femme. Je m’excuse de le faire devant cette Assemblée presque exclusivement composée d’hommes : aucune femme ne recourt de gaieté de cœur à l’avortement. Il suffit d’écouter les femmes. »

C’est par ces mots que Simone Veil débuta son discours devant l’Assemblée nationale le 26 novembre 1974. Après la légalisation de la contraception par la loi Neuwirth adoptée 7 ans plus tôt, la ministre de la Santé entreprit ici d’autoriser l’interruption volontaire de grossesse, véritable avancée sociétale.

D’autres événements ont mis en exergue la nécessité de procéder à cette légalisation notamment le « manifeste des 343 » initié par Simone de Beauvoir et paru dans Le Nouvel Observateur le 5 avril 1971. D’un point de vue juridique, l’acquittement d’une femme de 17 ans (qui avait avorté suite à un viol) obtenu par l’avocate Gisèle Halimi en octobre 1972, lors du procès de Bobigny, a favorisé cet essor.

Faiseuses d’anges. Ces deux mots d’apparence innocente apparaissent comme l’unique solution pour certaines femmes françaises avant le 17 janvier 1975, date de la promulgation de la loi Veil.
Nombreuses sont celles qui, dans la clandestinité et la souffrance, ont subi des avortements dans des conditions plus que risquées : injection d’eau savonneuse dans l’utérus, pose de sondes dans le col, aiguilles à tricoter pour ne citer que les pratiques les plus tristement « célèbres ». Nombreuses sont celles qui y ont laissé la vie.

Les praticiens de ces interventions risquaient quant-à eux des peines plus ou moins lourdes, allant jusqu’à la peine de mort pour Marie-Louise Giraud.

Par l’adoption de cette loi, le législateur a donc choisi le droit des femmes à disposer de leur corps et l’égalité entre elles (les plus aisées étant en mesure d’aller à l’étranger pour procéder à l’IVG) face à l’hypocrisie.

Aujourd’hui, je suis donc fière de vivre dans un pays qui reconnait ce droit. En effet, l’avortement demeure illégal dans certains pays à l’instar du Chili, ou interdit sauf en cas de danger pour la vie de la mère ou de viol comme au Brésil. Seuls 58 pays actuellement, soit moins d’un tiers des pays du monde, permettent les IVG sans justification d’ordre médical, économique ou encore moral.

Ce droit apparait d’autant plus précieux dans le contexte actuel. Le Japon, le Nicaragua et le Salvador ont notamment durci leurs lois relatives à l’IVG durant les vingt dernières années.

Plus récemment encore, un projet de loi espagnol soumettait le droit à l’avortement à deux conditions : le viol ou un « risque durable et permanent » pour la santé morale ou physique de la mère. Face aux importantes contestations qu’a provoqué cette intention, le gouvernement Rajoy a annoncé, le 23 septembre dernier, le retrait de ce projet de loi.

47 000. C’est le nombre de femmes qui meurent encore d’un avortement à risque chaque année. Le combat pour le droit à l’interruption volontaire de grossesse est donc loin d’être remporté.

Ainsi, à la veille du quarantième anniversaire de la loi Veil, il semble essentiel de saluer le combat de la femme exceptionnelle dont elle porte le nom et de celles et ceux qui se sont battus pour cette cause, mais aussi de se souvenir que nos droits ne sont jamais acquis d’avance.

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