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Les crocodiles de la rue

Les crocodiles de la rue

« Ce que j’ai ressenti : la honte d’être saoule, la culpabilité d’être habillée sexy ». Cette femme témoigne de son ressenti après avoir été harcelée par un homme dans la rue en sortant de boîte de nuit. C’est ce genre de témoignage que nous pouvons lire sur le tumblr de Thomas Mathieu et dans sa nouvelle BD, qui nous questionne sur un sujet quotidien : le harcèlement des femmes.

Ce dessinateur, déjà auteur de plusieurs bandes dessinées, lance en juin dernier le projet Crocodiles pour dénoncer les harcèlements que subissent les femmes au quotidien. A partir de témoignages réels que des internautes lui envoient, il reproduit ces petites scènes que toutes les filles peuvent subir un jour. Les hommes sont représentés en crocodiles verts alors que les femmes sont en noir et blanc et dessinées de façon réaliste. Ceci s’inscrit dans le cadre d’une volonté de montrer la différence d’égalité et de privilèges entre les sexes. En effet, tous les hommes sont représentés de la même façon bien que l’auteur reste conscient que tous ne sont pas des harceleurs.

Cependant, il pointe du doigt un phénomène de société qui nous concerne tous. Le harcèlement de rue, même minime, est un fléau pour la gent féminine encore aujourd’hui. Combien de femmes par jour entendent des « t’es bonne » ou « salopes » juste parce qu’elles marchent dans la rue ? En 2012, à Bruxelles, Sofie Peteers, une jeune femme a tourné une vidéo en caméra cachée dans laquelle on peut la voir se faire accoster une dizaine de fois simplement en se promenant. Aujourd’hui de nombreuses femmes ont peur d’être en jupe dans des lieux publics si elles sont seules ou bien simplement ont peur de marcher le soir dans la rue. Est-ce le cas pour les hommes ? Non. Ceci est anormal. Ce ne sont pas aux femmes de contrôler leurs tenues et de ne plus pouvoir se sentir sexy au cas où. Ce sont ces petites choses qui peuvent devenir insupportables à vivre et que pointe du doigt l’auteur du projet crocodile.

Thomas Mathieu a eu cette idée, un jour en discutant avec des femmes du harcèlement. Il a pu se rendre compte que presque toutes en avaient été victimes au moins une fois dans leur vie, ce qui lui a donné envie de faire un geste pour lutter contre ce problème. Certains hommes témoignent de façon très encourageante pour le projet : « Bonjour, voilà je suis un homme et j’ai peut-être été un crocodile avec ma petite amie. (…) Ce projet est une bonne chose car ce sont les choses les plus anodines qui blessent le plus. Et les salauds sont souvent de pauvres nigauds qui ne pensent pas à mal, mais qui trouvent ça normal. ». Cependant beaucoup reste opposés face à ce projet et considèrent qu’il s’agit là d’une stigmatisation basée sur la généralisation d’une minorité.

Ceci est notamment dû au fait qu’il dénonce également un sujet encore très tabou dans notre société : le viol conjugal. On peut voir dans le cadre d’une enquête faite par l’INSEE en 2005, sur la violence faites aux femmes, que 70% des femmes violées l’ont été par une personne de leur entourage. De même environ 33% des femmes violées au sein de leur ménage n’en ont jamais parlé et 10% n’en sont même pas conscientes. Ces chiffres révèlent le manque d’information et de médiatisation de ce type d’agression et la nécessité d’en parler pour que ce ne soit plus une honte. En effet le mariage ne signifie pas que l’on peut disposer du corps de l’autre à son gré. De nombreux sites ou numéros, trop peu connus, permettent déjà de venir en aide aux victimes comme l’association FNSF (Fédération nationale solidarité femmes) qui vient en aide aux victimes de violences conjugales.

Mais Thomas Mathieu ne fait pas que dénoncer une réalité, il donne aussi des conseils aux victimes et aux personnes autour pour inciter les gens à réagir et à ne pas seulement subir. Pour cela il s’inspire de sites internet tels que Garance ou Hollaback qui nous aident à bien réagir lorsque l’on fait face à ce genre de situation. L’ouvrage d’Irène Zeillinger, Non c’est non, disponible sur internet peut également rassurer les femmes qui ont peur de se balader dans la rue ou encore celles qui se sentent seules après une agression.

Cet homme féministe, même si il n’est pas le premier à le tenter, essaie de faire évoluer les mentalités, car il est grand temps de sortir des stéréotypes, qui emprisonnent les hommes et les femmes, dans lesquels le mâle domine la femelle. Il publie sa Bande dessinée Les crocodiles, regroupant ses dessins et d’autres inédits, aux éditions Lombard le 24 octobre. A lire !

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