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Les « Dix-sept ans » de Colombe Schneck

Les « Dix-sept ans » de Colombe Schneck

Il y a seulement quelques jours nous fêtions le quarantième, anniversaire de la loi Veil qui permet l’accès à l’interruption volontaire de grossesse pour les femmes. Colombe Schneck, auteure et chroniqueuse littéraire chez France Inter, a décidé de se livrer sur l’avortement qu’elle a effectué, ainsi que ses circonstances, seulement un mois avant le passage de son baccalauréat en 1984, dans son nouvel ouvrage, Dix-sept ans. L’auteure a accepté de se confier à Newsyoung.

« Rien n’est jamais acquis pour les femmes » – Annie Ernaux

« Je suis une femme libre. » Trois mois à peine avant de passer le bac, Colombe Schneck est une jeune adolescente, une adolescente de dix-sept ans qui a un amant, « un vrai truc de femme ». Alors qu’en 1984, la gauche mitterrandiste est déjà au pouvoir, cela fait dix ans que Simone Veil a prononcé son discours sur l’IVG. Et cette année de 1984, Colombe Schneck va avorter. Et cet avortement, elle n’en parlera à personne. Tout au long de ces quatre-vingt dix pages, on peut y voir une adolescente racontant les circonstances de son IVG, du début son histoire avec son amant, Vincent, au jour où elle apprend sa grossesse, puis décide de faire une intervention volontaire de grossesse. Ces événements sont relatés avec une description si remarquable que l’on pourrait penser que ceci est romancé. Mais non. On ressent cette solitude dans laquelle était Colombe lors de ce printemps 1984, cette douloureuse solitude qui ne pourrait laisser personne indifférent.
Est-ce-que raconter cette histoire aussi personnelle a été difficile ? L’auteure nous répond « Je ne saurais pas dire si cela été difficile ou pas, je l’ai juste écrit, ça m’est venu comme ça. Mais je pense que si que n’avait pas eu plusieurs déclics, je n’aurais pas réussi. »
Ce n’est l’année dernière qu’elle décide de se lancer : «C’est en lisant interview de l’écrivaine Annie Ernaux donnée dans L’Humanité. Elle a dit « Rien n’est jamais acquis pour les femmes « . J’ai comme eu l’impression qu’elle s’adressait à moi. Mais aussi l’an dernier, lorsque le gouvernement a décidé de supprimé la notion d’avortement de « détresse », et que j’ai pu voir les mouvements, manifestations, et les propos perpétrés à l’Assemblée Nationale contre ce droit, qui m’ont profondément touchée. »

« Aucune liberté n’est acquise »

Au fil des pages, nous avons l’impression que l’auteur a subi une pression sociale moins forte que celle que les femmes subissent aujourd’hui. Car lorsque l’on fait le parallèle entre 1984 et aujourd’hui, on peut penser que l’avortement n’était certes, pas acquis, mais mieux « accepté » qu’aujourd’hui. « C’est vrai que quand j’ai décidé d’avorter, personne ne m’a jugé. J’ai eu la chance d’avoir des parents ouverts, de ne pas avoir à subir une certaine pression sociale. Mais je pense qu’aujourd’hui ça aurait été différent. »
Car aujourd’hui ce n’est plus un secret, il est de plus en plus difficile pour une femme de pouvoir avorter librement. Déjà que l’acte en lui-même pose une douleur psychologique très rude, mais de plus, de moins en moins de médecins acceptent de pratiquer une interruption volontaire de grossesse, de même que d’autres se prennent à vouloir faire culpabiliser les femmes. En bref, les difficultés que les femmes désirant faire une IVG sont de plus en plus croissantes, comme le montre cette enquête parue dans le magazine Grazia. L’auteure déclare : « Ne serait-ce que sur Internet, lorsque l’on tape « IVG » dans un moteur de recherche, on peut tomber très rapidement sur des sites qui, tentent de nous dissuader d’avorter en nous faisant culpabiliser. Aucune liberté n’est acquise ».

« L’avortement n’est ni banal, ni confortable »

Alors que l’an dernier, le gouvernement voulait retirer la notion de détresse qui figure dans la loi de 1975 (cet amendement à la loi de 1975 prévoyait qu’une femme puisse avoir recours à l’avortement parce qu’elle « ne veut pas poursuivre une grossesse » et non pas parce qu’elle est en « situation de détresse » comme était prescrit dans la loi Veil de 1975), un débat très rude s’est parallèlement déroulé au sujet de l’avortement, ainsi que des manifestations, ou encore des propos d’élus signifiant que l’IVG deviendrait un acte « banal » ou bien un acte « de confort ». Ces propos ont profondément choqué Colombe Schneck : « Simone Veil avait bien dit lors de son discours que l’avortement « est toujours un drame et restera toujours un drame ». Il n’y a pas d’IVG de confort. Cette notion n’existe pas. Aucune femme n’avorte pour son confort. Cet acte n’est ni banal, ni confortable. »

Dix-sept ans de Colombe Schneck, éditions Grasset, 10 euros.

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