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Les femmes qui n’aimaient pas les femmes

Les femmes qui n’aimaient pas les femmes

Les reines du shopping. Emission qui, depuis juin 2013, fait un carton chez la ménagère de moins de 50 ans. Le concept est simple : cinq femmes, âgées de 18 à 70 ans, disposent de trois heures et d’un budget limité pour trouver une tenue correspondant à un thème imposé par l’illustre Cristina Cordula. Chacune de ces femmes se verra attribuer une note entre 1 et 10 par ses concurrentes et par l’ancien mannequin brésilien. L’une d’entre elles remportera 1000 euros et le prestigieux titre de « reine du shopping ». 

Cette semaine, c’est Jessika (37 ans), Marie (48 ans), Julia (21 ans), Chantal (61 ans) et Léa (29 ans), qui ont cherché comment s’habiller pour « un dîner à la table du capitaine lors d’une croisière ». Ces braves femmes se sont surpassées en punchlines dévastatrices, à croire que les 900 000 spectatrices ont besoin d’une dose quotidienne de cruauté gratuite, sous peine de mort. Ainsi, Chantal en a sérieusement pris pour son grade : boucles d’oreille rondes qui ne vont pas parce qu’elles rappellent sa morphologie ; candidate qui souligne que «le but est d’aller dîner à la table du capitaine, pas de lui ramener des dorades » ; ironique sourire agrémenté d’un « tu es mignonne ma chérie » de Cristina Cordula quand Chantal assure qu’elle va gagner ; on en passe et des meilleures. Sans grande surprise, c’est Julia qui a remporté la compétition et les louanges de Cristina : « sexy », « poulpeuse », « élégante »… Ce qui nous invite à nous poser cette question : sous couvert d’une pseudo-démocratie, n’est-il pas profondément injuste et particulièrement cruel de mettre en concurrence des femmes aux atouts si inégaux ? Comme s’il était aussi aisé pour une femme assez âgée (et non pas « encore très jeune », comme l’a hypocritement affirmé Cristina Cordula) et en surpoids que pour une minette de vingt ans de trouver une robe pour aller dîner avec le capitaine ! On ne peut s’empêcher de penser à Chantal qui, chez elle, verra les commentaires acerbes des autres candidates (qui lui ont toutes dit, lors de son défilé, qu’elle était très jolie).

Si cette émission montre que 900 000 femmes ont pathologiquement besoin d’entendre cracher du venin, elle pose un autre problème, autrement plus grave que celui de la mesquinerie ordinaire : elle participe à l’idée qu’une femme, une vraie, doit être belle, élégante, féminine ; car c’est bien la mise en œuvre plus ou moins réussie de cet impératif que jugent les candidates et la grande prêtresse des bouts de tissu. Ainsi, Léa déclare que cette émission l’amuse, car « elle va se déguiser en femme ». Selon Vanessa, élue « reine du shopping » en janvier, « la femme parfaite devrait toujours avoir Vogue ou Les Echos sur elle » (interview donné au Figaro). Comment condamner le machisme quand des femmes elles-mêmes le cautionnent et pire, y participent ? Les féministes, plutôt que de se battre contre le « mademoiselle », feraient bien de lutter contre cette émission, qui véhicule le cliché de la femme hypocrite et superficielle.

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