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Les Hommes Tremblent : face à la misère

Les Hommes Tremblent : face à la misère

Martin, SDF, squatte le hall d’un immeuble, souvent accompagné de son amie, Martine. Tous deux s’occupent en pourrissant la vie des propriétaires et locataires du numéro 6. Dans son denrier roman, Les Hommes Tremblent (POL, octobre 2014), Mathieu Lindon, pointe du doigt l’hypocrisie humaine face à la misère dans une époque où la crise est dans tous les esprits.

Un homme tremble. Alcool, froid, maladie, nous n’en connaissons pas la raison, et cela ne poserait pas de problème s’il ne donnait pas mauvaise conscience aux habitants du numéro 11, l’immeuble dans lequel il a décidé d’emménager. S’ils pouvaient l’ignorer encore, cela irait, mais le problème de Martin, c’est qu’il ne fait pas que trembler, il parle aussi. Avec Martine quand elle est là, mais également avec les résidents, qu’il interpelle pour se plaindre et donner son opinion sur le monde, ou tout simplement pour les rendre mal à l’aise et perturber leur confort quotidien. Cependant, personne ne se plaint directement, personne n’ose le renvoyer, bonne éducation oblige, même si tous, ou presque, envient la situation des numéros 9 et 11bis qui ont un hall tranquille.

Pourquoi personne ne prend le temps de discuter avec lui ou de lui offrir un verre quand il rend un service ? C’est comme s’il était atteint d’une maladie contagieuse et qu’avoir un échange volontaire avec lui rapprocherait de sa condition sociale. Seul Cyrille, l’adolescent encore vierge de l’immeuble, dialogue avec lui. Peut-être simplement parce que cela lui permet de ne pas avoir à faire face à l’honnêteté de Martin qui peut parfois être gênante. Et puis si Francis, le jeune comédien, ne lui parle pas, pourquoi  Mr Caroulis l’homme paraplégique du troisième devrait le faire ? De toute façon pour qui se prend-il ce sans-abri pour donner son opinion ? Les rapports hiérarchiques que les personnages mettent entre eux nous montrent toute l’hypocrisie humaine à travers les bons sentiments qui sont  valables seulement si chacun reste à sa place.

De Léa, la jolie aide-soignante, à Ludovic, jeune papa, tous tremblent. Ils tremblent de se retrouver un jour à la place de Martin. « Ça me fait trembler de penser au monde que nous laisserons à nos enfants et aux enfants à qui nous laisserons notre monde » dit Martine dès le troisième chapitre. Elle, tremble, car elle est face à la violence du monde, où les bonnes apparences dissimulent le sentiment du chacun pour soi qui augmente, dans une société en crise.

Sans aucune pitié pour ces SDF, les rendant parfois, aussi calculateurs et arrogants que les autres, Mathieu Lindon nous offre un roman extrêmement réaliste qui affronte le lecteur à la réalité de l’humanité. En passant par presque tous les préjugés que connaît la société, ou bien en démontrant objectivement l’égoïsme quotidien, l’auteur nous met à la place du voyeur devant un miroir.

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