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Les néo-réacs, nouvelle béquille du capital

Le meilleur de Newsyoung / Médias / Récents / Tribunes / 21 octobre 2015
En ces temps où l’arène publique ne compte plus que deux gladiateurs, le libéralisme et le nationalisme, les voies alternatives ne paraissent plus qu’une voix lointaine. On ne peut alors que se réjouir, en fouillant un peu sur la Toile, de tomber par hasard, comme sur le Graal, sur des regards frais et pertinents portés sur la France d’aujourd’hui. À la suite d’une tribune cosignée dans Le Monde par l’écrivain Édouard Louis et le philosophe et sociologue Geoffroy de Lagasnerie appelant à une contre-offensive intellectuelle à gauche face à la submersion néo-réactionnaire, le site de journalisme critique Arrêt sur images a proposé vendredi 16 octobre une émission vidéo en présence d’Édouard Louis et d’Aude Lancelin, directrice adjointe de la rédaction de L’Obs. La journaliste, également animatrice avec Alain Badiou de l’émission « Contre-courant » sur Mediapart, livre son interprétation de la déferlante néo-réactionnaire et de ses conséquences réelles sur la société. En accord avec le jeune écrivain sur la démarche d’une telle tribune, elle souligne la part de responsabilité des élites prétendument progressistes : « Ça fait trop longtemps que la gauche baisse la tête face à toute cette horde qui se présente comme des anticonformistes, comme des subversifs, alors que ce sont les chiens de garde des forces au pouvoir. » Face à la capitulation d’une gauche vendue à l’Europe néolibérale, les penseurs antimodernistes prospèrent, faisant passer leurs opinions pour des vérités et l’humanisme le plus rudimentaire pour de la naïveté : « Ce sont des gens qui sont en train de couper le peuple en deux, dénonce Aude Lancelin, de jeter des prolétaires blancs contre des prolétaires d’origine immigrée, et pendant ce temps, le capital, lui, se porte très bien. »

« Domination discursive »

« Prolétaires », « capital » : la journaliste n’a pas peur d’employer un vocabulaire marxiste, pourtant banni du champ public. Et si cette armée de polémistes, philosophes, et autres écrivains, tenant dans une main une lecture décliniste de la France et dans l’autre la contemplation d’une grandeur perdue de la nation, était la meilleure diversion pour étouffer les problématiques sociales et économiques, l’intérêt porté aux conditions réelles d’existence du peuple ? « Pendant que le peuple se déchire, alerte encore Aude Lancelin, les vrais problèmes de politique économique ne sont jamais posés. » La journaliste applaudit l’audace, si rare, qu’ont eu Édouard Louis et son ami de nommer ces personnages envahissants, audace qu’a coupé au montage, apprend-on dans l’émission, la rédaction du Monde. Gauchet, Onfray, Finkielkraut, Debray : autant de clones qui détiennent les clés d’une « domination discursive », dit Édouard Louis, là où le libéralisme exerce, lui, la domination politico-administrative.

Pas touche à Michel Onfray

Aude Lancelin se démarque toutefois de son voisin de plateau en refusant de catégoriser Michel Onfray dans la horde des néo-réactionnaires. Tout en dénonçant ses déclarations récentes, de plus en plus complices avec le nationalisme, notamment en plein cœur de la crise des réfugiés, elle se fait défenseuse de sa pensée critique : « Quand il mène la critique d’une gauche ralliée au libéralisme depuis 1983, quand il dénonce l’hypocrisie de cette gauche-là, quand il dénonce son repli dans des questions sociétales et son rejet total des questions socio-économiques, des questions de lutte des classes, de tout ce qui forgeait l’identité même du Parti socialiste depuis le congrès d’Épinay, il n’est pas totalement hors de son rôle, et il est assez seul à le dire. » « Il y a un bon Onfray et un mauvais Onfray ? » demande Daniel Schneidermann, directeur et présentateur de l’émission, un brin ironique. « Il y a un personnage composite qui, à mon avis, n’a pas basculé », répond Aude Lancelin. Espérons alors que l’intellectuel, principal vendeur de livres de philosophie en France, comme le rappelle la directrice adjointe de la rédaction de L’Obs, ne tombe pas de sitôt du mauvais côté du muret.

Une fausse dénonciation du néolibéralisme

En tout cas, Édouard Louis ne partage pas ce traitement d’exception accordé au philosophe. Pour lui, l’importance de sa critique de l’absorption de la gauche dans le libéralisme ne justifie pas de le dédouaner de ses affinités avec la pensée néo-réactionnaire : « Ce sont des gens qui, quand ils dénoncent le néolibéralisme, ne dénoncent pas le néolibéralisme. Quand ils dénoncent le néolibéralisme, ils dénoncent les mouvements gays, les mouvements féministes, etc. », et non pas « l’économie de marché, la violence du marché ». Ces penseurs préfèrent opposer des segments du peuple à partir de différences culturalistes, ethniques, sexuelles, plutôt que de penser les rapports de force économiques et sociaux qui structurent la société : « Il n’y a pas de femmes dans les classes populaires, il n’y a pas d’homosexuels, il n’y a pas d’immigrés ? » s’interroge le jeune écrivain.

« Nommons ce qu’on voit »

Face à cette domination bicéphale de l’arène publique, une tête ayant abandonné le peuple, l’autre les minorités opprimées, « que faire », comme dirait Lénine ? « Il faut que les gens qui ont des choses à dire, les intellectuels, les journalistes de gauche puissent affirmer des choses, affirmer des principes, affirmer des idées, sans devoir sans cesse répondre, parce qu’on ne veut plus répondre, il y en a marre », s’insurge Édouard Louis. Et comme une contre-offensive est avant toute chose une offensive, une stratégie s’impose avant de partir à la reconquête des citoyens : « Nommons ce qu’on voit », suggère Daniel Schneidermann.


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Tim de Rauglaudre




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