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L’Espagne ne fera pas machine arrière sur l’avortement

L’Espagne ne fera pas machine arrière sur l’avortement

Fracas politique dans les rangs du gouvernement espagnol. L’opposition très marquée de l’opinion publique à la loi sur l’avortement proposé par Mariano Rajoy, Premier Ministre, a conduit celui-ci a la retirer, pour « manque de consensus ». Ce qui conduisit à la démission de Alberto Ruíz Gallardón, jusqu’alors Ministre de la Justice, qui était en quelque sorte l’insitgateur de ce projet de loi. Retour sur une soirée mouvementée au sein de la famille politique du PP.

La loi sur l’avortement était un point sombre de la campagne menée par le PP (Partido Popular) en 2011. Il avait alors seulement été précisé qu’il souhaitait « renforcer la protection du droit à la vie comme des mineures de 16 à 17 ans ». En effet, depuis 2010, la législation en vigueur en Espagne était la suivante : les femmes pouvaient librement avorter durant leurs 14 premières semaines de grossesse, et les jeunes filles mineures devaient seulement informer leurs parents de leur décision de subir une IVG, sans nécessité d’obtenir leur consentement. Le projet mené par Gallardón et Rajoy visait à rendre obligatoire le consentement des parents pour effectuer une IVG sur une jeune fille de 16 à 17 ans et réduisait drastiquement les conditions d’avortement pour les femmes en général. Il visait en effet à réduire la possibilité d’avortement à deux cas de figure : le viol, et un « risque durable et permanent » pour la santé physique ou psychique de la mère. Sachant que le viol devait être attesté par un dépôt de plainte, or, un grand nombre de victimes de viol n’osent pas porter plainte, comme chacun le sait. De plus, la procédure du « risque durable et permanent » est longue et fastidieuse, rendant très compliqué l’avortement d’une femme enceinte. Au final, ce projet de loi faisait faire à l’Espagne un retour en arrière de trois décennies, imitant la législation en vigueur à propos de l’avortement entre 1985 et 2010.

D’où l’indignation causé au sein de l’opinion publique par ce projet de loi, dans l’opposition (PSOE et autres), mais également au sein du PP lui-même ! En effet, certains au sein de la droite espagnole considéraient ce projet comme trop litigieux, dangereux pour les élections de 2015. Beaucoup de manifestations ont eu lieu, faisant pression sur le gouvernement, le menaçant qu’ils ne voteraient par pour Rajoy en 2015 s’il maintenait le projet de loi. C’est ainsi que l’on a vu fleurir dans les rues des slogans tels que « Rajoy, con aborto, no hay voto » (Rajoy, avec l’avortement, il n’y a pas de vote). Devant le tollé ainsi provoqué par cette législation, Mariano Rajoy a tout simplement décidé du retrait de ce projet de loi ce mardi 23 septembre aux alentours de 18h00, citant le « manque de consensus », et estimant qu’il a « pris la décision la plus sensée » en annonçant ce retrait, comme nous l’explique le quotidien espagnol El País.

D’où la démission d’Alberto Ruíz Gallardón, jusqu’alors Minsitre de la Justice, qui a annoncé ce même 23 septembre dans la soirée qu’il « ne se retirait pas seulement du Gouvernement mais également de la politique, après 30 ans de carrière ». Cette décision de démissionner serait selon lui une « conséquence de la récente décision du gouvernement de retirer le projet de loi sur la protection du droit à la vie et du droit des femmes » (déclaration disponible ici en version originale). Cette soirée ne fut donc pas de tout repos pour le gouvernement Espagnol, mais elle eut au moins le mérite d’éviter à l’Espagne un retour de 30 ans en arrière en ce qui concerne l’avortement. Une décision qui, au final, respecte les souhaits de l’opinion publique, et respecte le droit des femmes à l’avortement.

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Etudiant à Sciences Po Paris, et en Droit à Paris II - Panthéon Assas. J'aime la politique, l'économie, le droit, la philosophie, et tout ce qui peut me permettre de comprendre un peu mieux ce qui se passe dans notre monde qui tourne de moins en moins rond.

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