Salut ! Salut !

L’été des fractures

Récents / Société / 11 septembre 2016

Voilà quelques jours revenait septembre et avec lui, dans les valises des vacanciers et les sacs des écoliers, l’heure de dresser le bilan d’une saison estivale pour le moins agitée. De tensions diplomatiques en abandons politiques, de Nice et ses suppliques en dissensions olympiques ; le soleil attendu après des mois moroses s’est bien souvent sur nos plages paré de teintes allant du morne au mortifère. Alors que la houle aoûtienne se retire pour laisser place au bouillon d’une rentrée aux enjeux innombrables, la vague semble avoir laissé bien peu de réjouissances sous ses tristes marées. Cette fin 2016 qui s’annonce aura la tempête sans avoir connu le calme.

© AP Photo / François Mori

Quand bien pour vous la chaude saison rimerait avec déconnexion, il ne vous aura pas échappé une certaine tendance qu’a pris le monde à tourner mal, à se haïr lui-même quand il ne provoque pas sa propre destruction. Pas de congés estivaux pour la terreur, laquelle plusieurs fois est venue rappeler aux civilisations la menace, désormais reconnue et décidément incompressible, qu’elle fait planer au-dessus de ses quotidiens déjà franchement peu enthousiastes. Depuis la dernière fois qu’il m’a fallu écrire sur les morts trop nombreuses de la folie expansionniste, pour les attentats qui frappèrent en mars dernier la Belgique, plusieurs fois encore des hommes sont tombées, à Nice et à Saint-Etienne du Rouvray bien sûr mais aussi en plusieurs endroits de la Turquie si déchirée, en Afghanistan, au Yémen ou au Pakistan. Il est impossible de rendre pareille liste exhaustive et c’est bien ce qu’il y a de terrible avec la terreur : elle affole au moins autant qu’elle lasse.

Ces tristes événements juillettistes et aoûtiens eurent au moins l’amer mérite de mettre en lumière des fractures que l’on se plaisait à vouloir oublier, quand les récupérations politiques se firent sur des théâtres de mort encore ensanglantés ou que le délire sécuritaire atteint des consciences toujours plus persuadées de sa légitimité permanente. Alors sombrait-on dans la démesure grandiloquente à défaut d’être inattendue avec une passion identitaire dévouée au rejet plutôt qu’à l’intégration : qui eut cru qu’un vêtement serait, en 2016, la préoccupation principale des hérauts d’une vision excluante de la République ? D’un fait divers corse aux unes outrées de la presse internationale, le burkini a pourtant été pris en otage tout l’été durant par l’évocation d’une laïcité nécessaire que tout le monde évoque sans en vouloir étudier les principes.

Politiquement aussi, ici comme ailleurs, la mode estivale était au clivant plutôt qu’au rassembleur. On pense aussi aux différentes primaires, de la droite, de la gauche ou citoyennes, qui voient les candidats professionnels pleuvoir et les idées novatrices faner au profit de la guerre de personnalité, intestine à des partis bien souvent décourageants. On pense surtout à leurs dizaines de candidats déclarés, prêts à rejoindre seuls le front car trop peu à même de rassembler, de concéder ou de nuancer des idées souvent recyclées, parfois peu en accord avec les casiers judiciaires de ceux qui les portent. De tous les côtés du terrain politique, de la France insoumise à la France « apaisée », l’heure est au tacle deux pieds décollés.

Parenthèse sportive s’entend ici pour préciser après telle métaphore du ballon rond que l’été conflictuel s’est même propagé jusqu’au Mont Olympe brésilien où se tenaient des Jeux quelques peu improvisés en cache-misère d’une société aux abois et d’un régime à la légitimité complexe. Qui des favelas délaissées ou du judoka égyptien confondant diplomatie et tatami retinrent le plus l’attention ? Qu’importe, ils furent juste assez visibles pour assaisonner d’un arrière-goût aigre une édition par ailleurs assez sportivement réjouissante.

Autre fracture politique, plus officielle encore, celle d’Emmanuel Macron aura fait parler en cette fin d’été. C’est après des vacances passée à bâtir un peu plus son statut de présidentiable sous les objectifs de Paris Match que celui qui secoue l’entièreté du spectre décisionnel français (bien malin qui dira la place qu’il tient aujourd’hui sur la traditionnelle frise gauche-droite) s’est pour de bon mis en marche. En sautant avant la dernière ligne droite du bateau présidentiel qui vogue sans capitaine vers le naufrage, Macron s’évite l’écopage d’une régate perdue d’avance pour lui préférer le cavalier seul et la confirmation de son statut spécial d’apatride au sein de la politique française. Reste à savoir jusqu’où l’emmènera sa marche et quand est-ce qu’elle parviendra à ses fins. 2017 ou 2022, la fracture d’avec le gouvernement qui a servi son émergence est quoi qu’il arrive consommée.

Alors que de nouveau sonne dans les classes la sonnerie marquant la fin d’une pause de deux mois pas si heureuse, le Gabon est la dernière zone en date à se déchirer, autour de la question électorale. Président sortant et candidat adverse s’y affrontent sur fond de suffrages litigieux, ajoutant un peu d’instable en une planète qui à n’en pas douter s’est pris de passion pour les relations conflictuelles. Septembre 2016 ressemble au final à la combinaison d’un branle-bas de combat généralisé et d’une sombre époque psychotique de la délation, de la crainte et du bonheur compromis. D’un côté des quotidiens entachés par des événements objectivement inquiétants et dominés par des pensées polarisantes ; de l’autre les dents longues de ceux, Américains ou Français notamment en ces temps électoraux, qui ont senti la proie en détresse et s’empressent d’appuyer sur ses scléroses pour en tirer le pire.

Et puis, déjà, le nouveau Zemmour. Et puis, dans pas si longtemps, le début des temps de parole. Pas de vacances pour la dispute : elle finit toujours par revenir sur le sable que petit à petit elle creuse, avec ses hauts que l’on escompte et ses bas, que l’on connaît. Il y en aura, des choses à dire.






Bastien Desclaux
Joyeux rédacteur en chef de ce beau monde libre, jeune et conscient.




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