Salut ! Salut !

L’évolution du sport en Chine

Récents / Sport / 19 septembre 2016

A l’aube d’une nouvelle olympiade, l’heure est aux bilans pour les autorités responsables du sport et de la performance de haut niveau dans leurs pays respectifs. Les Jeux Olympiques de Rio ont marqué une rupture dans le paysage sportif mondial. Si les Etats-Unis ont – comme à l’accoutumée – dominé les débats, les performances en demi-teinte de la délégation chinoise ont étonné et déçu certains. Depuis l’arrivée au pouvoir de Deng Xiaoping, le sport détient en effet une signification particulière pour l’Etat chinois. Tentative de compréhension de ce changement.

L’empire du Milieu après Mao Zedong, une usine à champions

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En à peine 10 participations aux Jeux olympiques d’été, la Chine a dépassé la France au nombre de médailles d’or remportées.

Parallèlement à la libéralisation économique entamée en 1978, le Parti Communiste Chinois met en place un programme national visant à amener la Chine vers les sommets en termes de performances sportives. Le sport doit être un atout d’un soft power chinois encore à ses balbutiements. Plus de 3000 écoles spécialisées réparties sur l’ensemble du territoire doivent former des enfants recrutés dès l’âge de 6 ou 8 ans sur la base de leurs aptitudes physiques et physiologiques. Ces écoles ont pour objectif de former des futurs médaillés olympiques, des champions olympiques même. Les ambitions sont fortes et assumées, les méthodes radicales. La répétition de chaque geste se fait jusqu’à l’épuisement. Les murs des salles d’entraînements sont recouverts de drapeaux rouge et or, des maximes nationalistes les accompagnent. « Tu n’écouteras pas ta peur et ta souffrance pour la gloire de ton pays !” peut-on lire. C’est à travers ce programme orchestré par l’Administration générale d’Etat des sports que la Chine fait figure d’ogre à médailles depuis les JO de 1984 à Los Angeles, exception faite d’un trou d’air à Séoul en 1988.

La puissance du sport chinois est alors impressionnante, d’autant que les titres et médailles rapportés dans les valises viennent avant tout de quelques sports dont la Chine est spécialiste. La diplomatie du ping-pong est née. Si la domination des athlètes pongistes, plongeurs ou autres badistes est sans égale, certains sports apparaissent en retrait. C’est ce constat qui marque une deuxième avancée dans l’organisation étatique du sport chinois. Les autorités décident de faire appel à des entraîneurs étrangers spécialistes dans des disciplines jusque là peu développées et dominées par les pays occidentaux. Ainsi au début du XXIème siècle, un large contingent d’entraîneurs étrangers s’exporte à Pékin. L’entraîneur des cyclistes sur piste est Français, celui des sauteurs en longueur et des triple sauteurs est Américain ; la volonté de généraliser l’excellence extrême à l’ensemble des sportifs professionnels émerge. Dans le même temps, le sport en tant que loisir est réservé aux élites et aux riches urbains. A l’image des classes moyennes et supérieures des pays occidentaux, les Chinois fortunés utilisent le sport comme facteur distinctif de la masse.

Beijing 2008, la parfaite alliance de la performance et de l’union nationale

L’organisation des Jeux Olympiques d’été de 2008 est l’occasion d’une véritable communion de la nation. Selon le C.I.O., 96% des citoyens soutiennent la candidature de Pékin. Pour cette compétition à domicile, les sélections nationales sont plus dures que jamais et le peuple considère la réussite de l’organisation des Jeux et les résultats des athlètes nationaux comme relevant de l’honneur national. A cet instant précis, le sport professionnel est le catalyseur d’un national communisme croissant depuis les années 1990 corrélé avec la croissance économique de la Chine qui la hisse parmi les plus grandes puissances mondiales.

Le stade d’athlétisme des JO de Beijing en 2008.

C’est sur cet engouement que le P.C.C. s’appuie pour mettre en exergue l’intérêt de la société et donc de l’Etat. En sport, l’individu ne doit pas s’affirmer, il sert l’Etat. Le sport est avant tout le gardien de la stabilité étatique.
Les résultats des JO de Pékin sont à la hauteur des attentes placées en eux. Les polémiques autour du Tibet et des minorités expulsées sont étouffées et ces Jeux restent ceux de la Chine qui réussit et qui gagne. Une organisation remarquable et des sportifs locaux qui dominent le classement des médailles de la tête et des épaules avec 51 médailles d’or contre “seulement” 36 pour l’éternel rival américain, le pari a été gagnant. Le sport chinois est à la fin du mois d’août 2008, à la fois symbole de la puissance économique chinoise sur la scène internationale et protecteur d’une union nationale autour du régime en place.


Rio 2016, symbole d’un tournant dans la conception du sport en Chine

Le sport est en train de devenir important aux yeux de la population.

Après une compétition à Londres globalement réussie par la délégation chinoise – qui s’est classée deuxième au tableau des médailles derrière les Etats-Unis revanchards – le sport professionnel entame une phase de mutation observée à Rio en ce mois d’août 2016. Avec un soft power plus développé organisé autour d’une diaspora influente et de l’ouverture politique et culturelle de la Chine vers les pays du Sud, le P.C.C. a beaucoup moins besoin du sport pour étendre l’influence chinoise. De fait, le gouvernement change de position quant aux objectifs olympiques, la chasse à la médaille d’or n’est plus aussi cruciale. Les primes pour un titre olympique ont fondu. En 2008 un athlète chinois médaillé d’or recevait 500 000 yuans et une maison dans sa province d’origine. Cet été, une médaille d’or chinoise ne valait plus que 200 000 yuans. Les autorités dirigeantes tentent en effet de faire face à un nouveau défi, celui du sport de masse.

Si l’augmentation du niveau de vie et la diminution du nombre d’enfants par femme n’encouragent pas les parents à envoyer leurs enfants dans des écoles spécialisées, la demande pour un sport de loisir est elle très forte avec l’émergence d’une classe moyenne nombreuse. Les employés d’Etat ont ainsi (théoriquement) droit à deux pauses quotidiennes de quinze minutes chacune pour pratiquer des exercices de relaxation. Simultanément, la Chine assume son statut de puissance économique de premier rang en organisant nombre de compétitions internationales, parmi elles les dernier Championnats du monde d’athlétisme, les prochains Mondiaux de basket-ball et les Jeux Olympiques d’hiver de 2022. L’organisation de ces évènements dénote à la fois d’une volonté nouvelle de diffuser le sport au public national et d’assumer un hard power économique presque inégalé.

Le sport en Chine s’avère être un excellent révélateur de l’évolution de la société et des choix du Parti Communiste qui a lancé une ère de démocratisation d’accès au sport. La recherche aveugle de la performance brute fait désormais partie du passé du sport chinois. Espérons que ce nouveau tournant ne soit pas motivé par les progrès réalisés par la lutte antidopage – contrairement à ce que certains athlètes étrangers ont pu dire à Rio – mais par une réelle volonté de s’ancrer dans la logique des pays développés.


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Baptiste Salaville




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