Salut ! Salut !

L’investissement en Europe : le pari de Jean-Claude Juncker

Économie / International / Politique / 27 novembre 2014

Ce mercredi 26 novembre, Jean-Claude Juncker, le président de la Commission Européenne a dévoilé un premier plan de grande envergure pour l’Union Européenne et son économie. Le principe est simple : former un organe indépendant de la Banque Européenne pour l’Investissement (BEI) qui serait capable d’investir dans des projets prometteurs pour l’UE mais jugés trop risqués pour l’argent de la BEI, dont les fonds sont publics.

Une idée qui semble judicieuse, quand on remarque que la croissance économique européenne est notamment ralentie par l’atonie de l’investissement, qui reste encore aujourd’hui largement inférieur à son niveau de 2007. L’idée est de faire avancer la recherche et le développement dans les différents pays de l’UE. Les projets proposés par la France concerneraient, par exemple, les secteurs de la télécommunication –et l’installation généralisée de la fibre optique- ou encore le développement du réseau ferroviaire à grande vitesse. C’est un comité d’experts qui devrait décider de l’attribution des financements aux projets, en fonction de leur pertinence et de leur viabilité économique – « ni politiciens, ni technocrates » dans ce jury, promet Jean-Claude Juncker.

Cerise sur le gâteau, dans une période où l’UE est fortement critiquée et n’a pas la possibilité de lever des impôts de manière directe, il ne sera pas imposé aux Etats de participer avec leurs fonds propres. Le président de la Commission compte en effet sur une participation majoritairement privée pour alimenter ce fond et lui permettre fonctionner. Par ailleurs, les Etats qui choisiraient malgré tout de participer financièrement verront la somme dépensée maintenue en dehors de leur dette souveraine, afin que même des pays en difficulté de paiement puissent prendre part au développement de la recherche en Europe. Mais c’est là que les choses se compliquent : le projet de M. Juncker s’appuie sur un investissement minimal de la part des institutions européennes (environ 21 milliards d’euro) et un complexe jonglage financier pour accroître cette somme… et enfin attirer les capitaux privés qui viendraient s’ajouter à cette somme. Selon les estimations, le budget prévisionnel pourrait atteindre plus de trois cent milliards d’euros grâce à un effet de levier de coefficient 15 [1].

C’est sur ce dernier point que le plus de critiques se sont élevées au sein du Parlement Européen. De nombreux eurodéputés se sont notamment interrogés sur les estimations de cet effet de levier, qui semble plus qu’énorme… c’est également la volonté de garder les Etats en dehors du financement des investissements qui est très discutée. Elle résulte principalement de la volonté de ne pas s’aliéner des nations de plus en plus réfractaires à l’UE en ne leur imposant pas des contributions économiques supplémentaires. Par ailleurs, rien n’empêcherait une Nation qui le souhaiterait de participer aux fonds de développement dans la mesure de leurs capacités.

Cependant, une telle décision implique de commencer des montages financiers d’importance pour trouver les ressources nécessaires. Emprunter de l’argent pour pouvoir emprunter une plus grosse somme, que l’on prêtera et investira en fonction des besoins et de la rentabilité du projet… n’est-ce pas se rapprocher un peu des problèmes principaux rencontrés par l’Europe et les pays de l’OCDE depuis 2007 ? En jouant les Golden Boys, la Commission risque tout de même de perdre énormément d’argent, même si sa bonne réputation bancaire la protège de nombreux aléas. Certes, le Fond d’Investissement créé ne jouera pas avec l’argent du contribuable européen, mais avec le fruit de ses gains antérieurs, ce qui limiterait les dégâts encourus par les jeux financiers auxquels veut se livrer Jean-Claude Juncker.. Mais la pensée qu’une base publique à ce fond permettrait de stabiliser les actions menées est tenace, et justifierait une partie de l’opposition à ce projet.

Ce projet de la Commission pose le doigt sur le sujet qui fâche dans la croissance européenne : le manque de tonicité des investissements faits par les Etats et les Institutions de l’Union. Une incitation à lutter contre cela par la branche exécutive du pouvoir de l’UE est donc plus que bienvenue dans une période où l’on reproche à Bruxelles de rien faire d’autre que de réglementer la taille des concombres vendus en supermarché et de sanctionner les pays ne respectant pas la règle d’or du pacte de stabilité. Cependant, ce projet, comme toute volonté d’investissement, comporte un enjeu aux conséquences transnationales. Si tout marche comme prévu, l’économie européenne pourrait bien être relancée de manière durable, et le chômage enfin redescendre. Si quelque chose se passe mal, l’UE pourrait se retrouver dans une situation critique vis-à-vis des banques, voire même en banqueroute en cas de scénario catastrophe.

Ce projet dans son ensemble est un immense pari de la part de la Commission Juncker. L’affaire Luxleaks, la motion de censure de la Commission déposée par l’extrême droite du Parlement de Strasbourg, l’abstention et la montée des partis eurosceptiques sont autant de défis que doivent relever les commissaires. Un succès économico-politique de cette ampleur pourrait justement les aider en ce sens et rétablir la légitimité, ou du moins la crédibilité de l’exécutif européen. Un échec augmenterait la dette communautaire –quoique dans une dimension acceptable pour les banquiers- et plomberait la crédibilité de l’UE, tant auprès des investisseurs internationaux, déjà peu enclins à placer leur argent en zone euro, qu’auprès des citoyens de l’UE, qui ne verraient dans cet échec qu’une preuve supplémentaire de l’incompétence de ses dirigeants.

[1] Pour comprendre le principe de l’effet de levier : http://fr.wikipedia.org/wiki/Effet_de_levier

© lefigaro.fr


Étiquettes : , , ,



Marie Legrand




Previous Post

[Une semaine de sport ] : La déception tricolore

Next Post

Frigide Barjot: "La meilleure chose à faire, c'est une réécriture de la loi Taubira"





0 Comment


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


More Story

[Une semaine de sport ] : La déception tricolore

Cette semaine fut intense dans le domaine sportif. Elle fut omnisport, ce qui est déjà relativement rare, et elle a fait...

24 November 2014
UA-37872174-1
Tu aimes cet article ?
Tu aimes cet article ?
N'hésite pas à nous rejoindre sur les réseaux sociaux !
Faceboook
Twitter