Salut ! Salut !

[LIVE REPORT]: Beauregard 2015

Culture / Récents / 8 juillet 2015

Pour Newsyoung, été rime avec musique: après Garorock à la fin du mois de juin, nous sommes allés jeter un oeil au festival Beauregard, qui se tenait du 2 au 5 juillet au château éponyme, en Normandie. Pour cette 7ème édition, ce sont plus de 30 artistes qui se sont succédé sur les deux scènes de la pelouse du château, dans un cadre idyllique et vivifiant. Retour sur une expérience sonore unique.

Beauregard Prog

La programmation 2015 du festival Beauregard

VENDREDI 3 JUILLET

Il est aux environs de 16 heures, et les premiers arrivants se pressent à l’entrée du parking, le sourire aux lèvres. Il suffit de lever la tête pour les comprendre: en Normandie, quoi de plus agréable qu’un grand soleil pour entamer la deuxième soirée du très attendu festival Beauregard? Situé à Hérouville St-Clair, près de Caen, celui-ci rassemble chaque année des milliers de personnes dans une ambiance incroyable. Animations variées, stands, concerts de qualité et un camping de plus de 2000 places font de l’événement un incontournable depuis maintenant 7 ans.

Dès 16h30, les concerts se succèdent sur la scène Beauregard et la scène John: en alternance, les artistes offrent un show surprenant, d’abord très rock puis plus accessible. Ainsi, à 20h10 précises, Dominique A emmène les festivaliers dans un univers très poétique, muni d’une simple guitare et de ses mélodies entraînantes et touchantes. Le public a à peine le temps de reprendre en choeur le dernier refrain de son dixième album Eleor (“si seulement nous avions le courage des oiseaux qui chantent dans le vent glacé…”) qu’il faut déjà se diriger vers la scène Beauregard, où Cypress Hill s’apprête à se produire.

Et c’est alors que le festival en prend véritablement plein les oreilles: le rap du trio américain, aux influences multiples, réveille et électrise la foule. Pendant une heure, le rythme est essoufflant et le bruit sourd des percussions ravissent les fans en délire. Une des grandes richesses de la programmation du festival, c’est d’intégrer des dizaines d’artistes d’horizons différents pour un maximum de diversité: cette année encore, c’est très réussi.

Mais pour calmer un peu le jeu, comment alors ne pas apprécier la présence rassurante de la majestueuse Christine and The Queens? Forte de sa consécration aux Victoires de la Musique l’année dernière, l’artiste rencontre un succès grandissant qui ne se dément pas ce soir-là: les fans sont au rendez-vous pour l’accueillir tandis que la nuit tombe tranquillement. Juste avant le concert, Christine/Héloïse insistait en conférence de presse sur “[son] travail important sur l’aspect visuel du spectacle, en particulier la danse et les jeux de lumière”. Et en effet, il faut vraiment être aveugle pour ne pas être impressionné par ses chorégraphies renversantes: la jeune femme a en effet fait appel à la chorégraphe de Stromae. Accompagnée de danseurs, la jeune Nantaise enchaîne les titres avec une facilité déconcertante et s’amuse avec son public pour les transitions. Juste avant Saint Claude, elle explique: “un jour, j’ai rencontré un type, il avait l’air un peu perdu, un peu fragile. Ça m’a plu. Comme j’aime bien donner des surnoms aux gens, je l’ai appelé…Saint Claude.” Et à nous de chanter avec elle sous les étoiles, dans une lumière verte quasi irréelle.

La jeune fille exploite à merveille son personnage. “Christine, ce n’est pas seulement une femme. C’est aussi un petit garçon, un vieillard…je peux aller très loin. Mon univers est instinctif: l’improvisation y a une grande place. La scène, c’est d’abord du lâcher prise, une libération.”

Et lorsqu’on lui demande si le concert de ce soir sera un grand concert, elle répond avec véhémence “on ne peut pas prévoir. Sinon, on s’autosabote”.

C’est bien parlé, et la jeune artiste ne se trompait pas: son show tout en douceur et sensibilité a sans aucun doute conquis les coeurs de tous les festivaliers de ce vendredi soir. L’applaudimètre en témoigne.

Après ce beau moment d’originalité dans le paysage musical français, c’est à présent au tour de Alt J de se préparer sur la scène Beauregard.

Dans une ambiance détendue et joyeuse, la nuit s’installe et le rock remue l’atmosphère. Déjà présent lors de l’édition Beauregard 2013, le trio n’a pas résisté à l’envie de revenir cette année pour un pur moment de délice musical: le son de la guitare est très présent, le rythme prenant et la voix du chanteur, John Newman, charme les aficionados déjà en transe. Hunger of Pine, le tout nouvel album du groupe, est d’une force magistrale et les titres s’enchaînent sur fond de batterie. On chante, danse et rit, une bière à la main et la tête tournée vers les deux écrans géants qui ornent chacune des deux scènes. Du monde, il y en a: la plupart du temps, ce sont de jeunes étudiants désireux de fêter la fin de l’année scolaire et le début des vacances. Venus pour une majeure partie des alentours, les estivants assurent prendre beaucoup de plaisir et venir d’une année sur l’autre avec toujours autant d’enthousiasme. Un groupe de jeunes filles me crient de loin “et n’oublie pas, vive John!” [l’organisateur fictif du festival].

Ça non, je ne risque pas d’oublier.

Le temps passe définitivement trop vite à Beauregard. Il est déjà l’heure (00:55 tout de même) d’accueillir sur la scène John le groupe Jungle. Il a beau être tard, on croirait que la soirée ne fait que commencer: dans un jeu de lumières impressionnant et qui contraste avec l’obscurité environnante, les artistes se déchaînent. Un mélange de pop, d’électro teinté de sons punks appelle inexorablement à la danse, et c’est ainsi que le public lâche enfin prise et profite de ce moment pour bouger dans la moiteur de la nuit, sous un ciel couvert. Le single Busy Earning du groupe signe sans aucun doute l’apogée du concert: il avait fait un carton en live dans l’émission Le Grand Journal de Canal + il y a quelques mois , et est à présent connu de tous. Le refrain résonne sans relâche une bonne partie de la nuit. Puis peu à peu, le lieu se vide… les concerts se terminent lentement. Des navettes sont là toutes les dix minutes: encore une fois, l’organisation est parfaite.

C’est donc très heureuse de cette première expérience à Beauregard que je pars me coucher, exténuée par tant de découvertes musicales aussi surprenantes les unes que les autres. Exténuée, mais impatiente d’entendre la suite.

SAMEDI 4 JUILLET

Ciel dégagé, petite brise agréable qui vient rafraîchir la chape de chaleur assommante qui s’est abattue sur la Normandie: la météo a fait un effort pour ce début d’été. La troisième soirée du festival s’annonce mouvementée: plus de 26 000 personnes ont seront présentes, et pour la première fois depuis son existence, le festival affiche complet.

La raison d’un tel engouement? Sans aucun doute les nombreuses têtes d’affiche qui sont au programme ce soir. Florence + The Machine, Julien Doré, Sting et le groupe The Do mobilisent et sont très attendus.

Mais commençons sans plus attendre par Talisco, qui se produit sur la scène John en cette fin d’après-midi. Encore peu connu du grand public, le Français avait pourtant marqué les esprits l’été dernier avec son tube Your Wish, qu’il interprète aujourd’hui avec brio et dynamisme. Folk et électro se mêlent dans sa guitare et on ne peut s’empêcher de battre du pied en souriant. Le Bordelais, réalise la chance qu’il a de pouvoir faire « ce qu’il veut, quand il veut avec [ma] musique. J’aime faire ce qu’il me plaît. Mon projet, il se crée sur scène. Le but, c’est toujours le même: s’éclater. »

Un leitmotiv simple, mais efficace. Le côté instinctif et sauvage de son premier album révèle un artiste désireux de jouer par passion, non par obligation.

Talisco

Talisco en conférence de presse, quelques heures après son concert

Après une performance saluée du public du groupe The Strypes, quatre jeunes hommes motivés et déterminés et qui offrent un show électrique marqué par un formidable lâcher de guitare à la fin du concert, c’est à présent Johnny Marr, le fameux chanteur du groupe culte The Smiths, qui s’installe sur la scène John. Véritable prodige, le chanteur impose son style sobre et reposant sans peine, porté par une voix magique. Les fans suivent en mouvement la performance calme et un peu statique de l’artiste. Un concert tout en douceur, mais à l’écho et la force surprenante ; on peut être certain d’une chose : en 30 ans, Johnny Marr n’a rien perdu de son talent et continue de faire chanter la foule.

Il est 20:40, les ventres gargouillent, et la belle rousse Florence Welch du groupe Florence + The Machine entre à son tour en piste pour défendre son tout nouvel album, How Big, How Blue, How Beautiful sorti tout récemment, (en juin 2015) et déjà acclamé outre-Manche et au delà. Au delà de la composition de la tracklist, c’est surtout la présence physique de la chanteuse sur scène qui charme et étonne. Tourbillonnant sans cesse, levant les bras vers le ciel et d’une voix aérienne, Florence et son léger accent nous offrent un show flamboyant et d’une grâce jusque là inégalée. Beauregard a trouvé sa princesse.

Et voilà à présent l’un des artistes les plus plébiscités et au parcours réussi qui arrive sur la scène John. Julien Doré, tout en barbe et en cheveux longs, envoûte sans difficulté le public. Ses singles Paris-Seychelles et Chou Wasabi issus de l’album Love trouvent un écho certain dans chaque recoin du festival et ne manquent pas de faire danser certains, qui se tiennent par les épaules et reprennent en choeur « I love you less and less…because of what you’ve doooone to me »… Le chanteur lui-même s’étonne du monde : il ne s’attendait pas à découvrir autant de visages tournés vers lui! Rappelons que ce samedi, nous étions 26 000 à marcher sur la pelouse sèche du beau château de Beauregard.

Un simple détail qui prend pourtant toute son importance au moment du concert de Sting, à 23h05. C’est LA surprise du soir. La foule est immense, compacte, groupée tout autour de la scène où se tient à présent l’ancien leader du groupe The Police. On peut à peine circuler, et l’ambiance est indescriptible : imaginez une gigantesque marée humaine hurlant au rythme des anciens tube du groupe : RoxanneSo Lonely, Every breath you take et le fameux Message in a bottle s’élèvent de milliers de gorges et les voix éraillées par trois jours de concert intenses trouvent encore un peu de force pour entonner les refrains des tubes d’il y a trente ans. Les générations se retrouvent toutes dans ces chansons cultes : la festival a ici trouvé une belle occasion de réunir petits et grands ensemble. Ces quelques 1h30 de concert signent pour moi le franc succès de l’entreprise de Beauregard: rassembler tout en plaisant à chacun. C’est incroyablement réussi.

Dernier concert de la soirée pour moi, et c’est celui du groupe The Do, particulièrement attendus et présents pour présenter leur album Shake Shook Shaken dont le logo orne la batterie qui se trouve maintenant sur scène. Olivia, la chanteuse, se meut tel un félin sur la piste dans des chorégraphies extrêmement bien maîtrisées. La jeune femme dit elle-même s’inspirer des postures de sport de combat, tel le kung-fu ou le taïchi pour danser. En ressort une impression de légèreté puissante plutôt rare dans des concerts à grandes échelles comme celui-ci. La symbiose entre les deux membres du groupe est elle aussi assez étonnante et surprenante, surtout lorsque l’on sait que les deux artistes « composent chacun de leur côté, et on s’envoie le résultat ». Ils confient aussi « avoir beaucoup évolué depuis le premier album,  heureusement. » Le concert est inoubliable: les jeux de lumière, en rythme avec la musique, donnent tout de suite aux mélodies plus de profondeur et marquent les esprits. Pour The Do, c’est un sans-faute.

The Do

The Do en conférence de presse, peu avant le concert

Il est temps de rentrer, à présent. Le coeur un peu gros de finir ces deux jours de véritable enchantement musical, je me dirige le pas hésitant vers le parking pour y récupérer ma voiture. J’en étais persuadée, mais ce que je vois me le confirme : Beauregard ne veut pas me voir partir. La file de voitures qui serpente à travers la vaste étendue d’herbe qui longe le château d’herbe promet une belle attente, qui se révèle être de plus de deux heures…

Seul point noir à l’organisation du festival. Mais après tout, lorsqu’on est victime de son succès, c’est plutôt bon signe non?

#Beauregard2015 #WeareJohn

Un grand merci à toute l’équipe du festival pour son accueil chaleureux, et en particulier à Ambroise et Benjamin pour leur gentillesse et leur attention.


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Alix Hubert
Lycéenne curieuse et engagée, je m'efforce de décrypter l'actualité pour vous. N'hésitez pas à me contacter pour toute remarque ou suggestion! Bonne lecture.




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