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L’ouverture irréversible de Cuba… aux inégalités ?

L’ouverture irréversible de Cuba… aux inégalités ?
Il y a maintenant un an et demi que je suis rentrée de Cuba. Après 15 jours passés sur l’île caribéenne, je ne pensais pas que le rétablissement des relations diplomatiques avec les États-Unis aurait pu se faire sous Raul Castro, qui plus est quand Fidel est encore censé tenir les rênes du pays. Mais déjà, les hôtels fleurissaient à Varadero – zone très touristique sur la côte caraïbe – et six mois plus tard, Barack Obama serrait la main de Fidel Castro aux obsèques de Nelson Mandela… 

Une population incroyablement érudite

La première chose qui frappe en arrivant sur le sol cubain, ce n’est ni vraiment la chaleur, ou encore un accent à couper au couteau – il faut quelques jours pour comprendre qu’aucune consonne, ni aucune fin de mot ne sont prononcées -, mais le savoir de ses habitants. Suite à une année passée au Mexique, j’avais la chance de pouvoir parler espagnol avec la population, très politisée. Que ce soit chez les familles qui m’accueillaient ou les chauffeurs de taxi qui me conduisaient d’un bout à l’autre de la ville, dans une Chevrolet à la James Dean – avec un mini lecteur DVD qui passait Pitbull en boucle -, tous ou presque avaient un avis sur le régime politique du pays.

Car le système éducatif donne à Cuba les meilleurs médecins du monde, envoyés au Venezuela contre de l’énergie. Cette énergie qui manqua tant dans les années 1990 à la chute de l’URSS, quand les Cubains subissaient des coupures d’électricité quotidiennes et que les étales des épiceries se faisaient de plus en plus vides. Mais Hugo Chavez, en grand bolivarien – et surtout antiaméricain -, est venu en aide à cette île sous l’emprise de l’embargo étasunien depuis 40 ans.

Là vient la deuxième chose qui frappe le touriste qui s’écarte des barres hôtelières qui rongent les côtes de l’île : la pénurie des échoppes, aussi bien dans la capitale que partout dans l’île. Les guides de voyage ont beau prévenir, cela fait toujours quelque chose de se faire haranguer dans la rue, non pas pour une pièce, mais pour avoir du savon ou du déodorant. Cette pénurie est une réalité pour les Cubains, et beaucoup voient dans le rapprochement avec les Etats-Unis sa fin.

Mais cette ouverture aura un coût pour les Cubains

« Depuis que le gouvernement a introduit de la monnaie étrangère sur le territoire, une économie parallèle s’est développée. Mais en plus de ça, pour la première fois, de grandes inégalités sont apparues… » me raconte Ricardo, ingénieur agronome, mais qui préfère être chauffeur de taxi. Très politisé et castriste déçu, cet ingénieur me raconte comment l’acceptation d’une devise convertible en dollar sur le sol cubain a considérablement nui aux Cubains. Car encore aujourd’hui, il est impossible pour un Américain de retirer de l’argent de son compte à Cuba, ou de payer quoique ce soit par carte bancaire. Pour faire ses achats, il est obligé de venir avec tout son budget en liquide et de faire le change à l’aéroport – ou dans les rares bureaux de change qui se trouvent en ville.

De plus, tous les Cubains qui avaient fui l’île peuvent maintenant envoyer des devises à leurs familles restées sur place. Cela crée d’immenses inégalités entre les Cubains qui ont de la famille à l’étranger et ceux qui n’en disposent pas. Le salaire moyen en 2012 était de 19$/mois, somme qu’une personne vivant aux Etats-Unis peut aisément envoyer à ses congénères restés sous le régime castriste. Ces inégalités peuvent même être étendues de manière plus large. En général, les Cubains qui ont une activité en rapport avec le tourisme et qui se font payer en monnaie étrangère ont un niveau de vie bien plus élevé que celui des autres cubains. Une des raisons est monétaire : ils se font payer en CUC, monnaie pour les étrangers, qui vaut 25 fois plus que le CUP, monnaie réservée aux Cubains.

L’ouverture de l’île aura des effets incertains sur les court et moyen termes

Comme les PECO (Pays d’Europe centrale et orientale) dans les années 1990, la libéralisation de l’économie risque de se faire de manière brutale et inadaptée, surtout pour un pays qui est sous le joug communiste depuis maintenant plus de 50 ans. Le risque est de voir l’économie se libéraliser d’un seul coup, laissant au ban les habitants les moins prompts à assumer ce changement radical. Même si à l’inverse des PECO, la transition se prépare déjà depuis quelques années – on le voit avec les barres d’hôtel et les investissements canadiens et américains qui arrivent en masse pour refaire de l’île leur lieu de vacances -, le changement risque d’être plus que radical pour la population. Le Canada a eu une grande importance dans ce renouement des relations diplomatiques, et pour cause, il est un des principaux collaborateurs du pays.

Alors le quotidien des Cubains va-t-il s’améliorer, les étales ne seront plus vides, mais auront-ils les moyens de remplir leurs frigos ? Surtout, les principales menaces qui pèsent sur les habitants, sont de ne plus accéder librement aux soins et à l’éducation. « Le vice inhérent au capitalisme consiste en une répartition inégale des richesses. La vertu inhérente au socialisme consiste en une égale répartition de la misère » disait Winston Churchill. Alors oui, Cuba est un des pays les plus pauvres de notre planète, mais il est aussi celui où l’espérance de vie y est la même qu’aux Etats-Unis.

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