Salut ! Salut !

Magic in the moonlight : Un recyclage édulcoré qui fonctionne

Culture / 8 novembre 2014

Mais que va nous servir Woody Allen cette année ? Depuis le très remarqué Blue Jasmine, le cinéaste américain est dans la tourmente. Alors que sa fille Dylan (qu’il a eu avec son ex-muse Mia Farrow) l’accuse d’avoir abusé d’elle lorsqu’elle était plus jeune, Woody Allen confiait lui-même aux Inrockuptibles, il y a quelques jours, qu’il se trouvait dans une « zone dépressionnaire ». Qu’on se rassure, avec son dernier film Magic in the Moonlight, le réalisateur a cependant trouvé le temps de se replonger dans ses thèmes de prédilections : l’amour et le mort, le tout, teinté de magie.

La Côte d’Azur des années 20. Joie ! Après Midnight in Paris, Woody Allen renouvelle l’expérience des années folles. Dans ce contexte léger, Stanley Crawford (Colin Firth), un illusionniste britannique, a pour spécialité de démasquer les médiums et charlatans en tout genre. Il est alors appelé en renfort en France, lorsqu’il apprend qu’une certaine Sophie Baker (Emma Stone) prétend communiquer avec l’au-delà. Un homme expérimenté, une jeune femme un peu naïve. Deux personnages que tout oppose, mais qui vont pourtant être emportés par la magie de l’amour… Ne serait-ce pas du déjà vu ?

Le cinéaste serait-il en panne d’inspiration ? Le cinéma de Woody Allen a toujours été rythmé par les mêmes obsessions. On retrouvait alors le même type de personnages et les mêmes thèmes mais sans jamais sombrer dans la répétition. C’est pourtant bien ce à quoi s’adonne le réalisateur avec son dernier film : du recyclage. Comment ne pas évoquer les parallèles troublants avec l’excellent Whatever Works (2009) ? Le personnage d’Emma Stone n’est qu’une version diminuée de Melody, la blonde écervelée de Whatever Works : beaucoup moins drôle que l’irrésistible Evan Rachel Wood, mais toute aussi naïve. Colin Firth endosse, quant à lui, un genre d’avatar de Woody Allen lui-même, personnage cynique, prétentieux et misanthrope que l’on retrouve dans la quasi-totalité de ses films. Des personnages déjà vus donc, bien que très bien interprétés par les acteurs, surtout quand on sait que le cinéaste ne donne aucune instructions à ses comédiens. Mieux vaut s’entourer des meilleurs donc, et c’est ce qu’il fait. Que dire des scènes quasiment copiées/collées sur Whatever Works ? Le film de 2009 était en effet ponctué par les réveils nocturnes de Boris, vieillard brillant hanté par la mort, qui se levait avec fracas sur des symphonies de Beethoven. Heureux hasard, on retrouve la même scène dans Magic in the moonlight, avec un Colin Firth très convainquant en prestidigitateur pessimiste et cynique.

Un scénario déjà vu donc (bien qu’il y ajoute la dimension de « magie ») que le réalisateur semble masquer par une imagerie édulcorée. Parce que pour le décor et les costumes, Woody Allen sait aussi s’entourer des meilleurs. Mais pourquoi le choix des années 20 ? Ne serait-ce pas un prétexte pour faire un film hyper esthétisé ? Les réceptions magnifiques, dignes des fêtes à la Gatsby, sont certes savoureuses, mais il ne s’agit finalement que d’une sorte d’artifice assumé. Ces lieux sublimes ne densifient en rien le scénario et ne laissent place qu’à la contemplation, par exemple lorsque la très belle Emma Stone tente de faire avouer à Colin Firth qu’elle est la plus belle de la soirée parce que tout le monde l’a complimentée. Cet esthétique sublimé est bien propre au réalisateur, mais il ne se suffit certainement pas à lui-même, et il semblerait que Woody Allen se repose bien trop sur lui, ici.

Qu’on se rassure, le film reste cependant plaisant, précisément parce que c’est du Woody Allen. Bien que le réalisateur recycle tout ce qui a fait son succès, le film demeure, comme à chaque fois, léger avec un fond plus grave, notamment en traitant de la complexité de l’amour (et sa magie), et évidemment, la peur de la mort. On sait d’ailleurs que cette question hante elle-même le réalisateur depuis qu’il est enfant. Mais en réalisant un film chaque année, Woody Allen ne tenterait-il pas de s’occuper, de se psychanalyser ou même de préparer son propre testament ? En réalisant autant, le cinéaste semble en tout cas avoir renoncé à faire du grand cinéma (Hannah et ses sœurs, La rose pourpre du Caire ou encore le plus récent et excellent Match Point), il répète d’ailleurs souvent qu’il n’a « jamais fait un grand film ».

Comme une sorte de course contre la montre, Woody Allen s’est déjà lancé dans la réalisation de son prochain film, dont Emma Stone sera, une fois de plus, l’héroïne (après Mia Farrow, Scarlett Johansson ou encore Peneloppe Cruz, le réalisateur semble avoir trouvé sa nouvelle muse). Le film se penchera sur l’histoire (ô combien surprenante et innovante !) d’un professeur de philosophie névrosé (interprété par Joaquin Phoenix) qui tombe amoureux de son étudiante (Emma Stone).


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Camille Bichler




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