Salut ! Salut !

Mamba out

Récents / Sport / 14 avril 2016

C’était un destin hollywoodien. Dans la nuit de mercredi à jeudi, sous les yeux de millions de de ses admirateurs, Kobe Bryant a dit au revoir. Il est venu le temps de dire merci. Retour sur les dernières heures sur les parquets d’un joueur comme peut-être la NBA n’en connaîtra plus jamais.

Dire de la soirée d’hier qu’elle était à la hauteur de la carrière qu’elle venait célébrer est un euphémisme. Kobe ne s’est pas offert un jubilé sobre mais une dernière et éblouissante fulgurance, de celles qui viennent sublimer une saison morose et signer l’empreinte que vingt années durant il s’est échiné à apposer sur la NBA toute entière. 60 points et une dernière victoire face au Utah Jazz pour une performance hallucinante de panache, anachronique à en devenir presque insolente, dont tout le monde rêvait sans oser la prédire.

Une dernière fois, il a sonné le tocsin pour réveiller des coéquipiers tout acquis à sa cause, pour orchestrer une remontée au score du genre de celles qui se font trop rares au Staples Center version 2016. Les Lakers perdaient, comme souvent, mais s’en sont remis à celui qui tant d’années les a portés, de bas fonds en sommets, pour le meilleur comme le pire d’une franchise adulée mais capable de tout.

Déjà le Twitter des Lakers était pris d’assaut par les réactions ébahies ; il s’est retrouvé hors d’usage pour quelques minutes pendant l’acmé de cette soirée folle. Kobe Bryant a tour à tour animé puis éteint la plus grande arène du monde qu’est la Twittosphère, comme un symbole des enceintes de tout le pays qu’il a tantôt portées à ébullition, tantôt refroidies. Au gré du quatrième quart-temps incandescent Bryant a sidéré la planète sport, qui a multiplié et multipliera encore pour un moment les hommages à l’un de ses plus beaux faire-valoir.

Tout avait commencé avec un morceau de poésie, voilà quelques mois déjà. Une notification matinale apprenait aux pauvres victimes du décalage horaire que nous sommes l’annonce nocturne, par le natif de Philadelphie, de sa retraite future. Ce serait donc le 13 avril qu’il rangerait les baskets et tournerait la page basket de son existence au terme de la saison en cours et du contrat qu’il ne prolongerait pas, qu’il ne prolongerait plus. L’annonce est digne du personnage et prenait donc la forme d’un poème, en ce 29 novembre 2015. Extraits choisis.

And we both know, no matter what I do next
I’ll always be that kid
With the rolled up socks
Garbage can in the corner
:05 seconds on the clock
Ball in my hands.
5 … 4 … 3 … 2 … 1

Love you always,
Kobe

Quelques dizaines de matches plus tard, voilà donc la prophétie accomplie et le vestiaire des Lakers dépossédé de son dossard 24, le plus emblématique. S’il est un athlète avant d’être un esthète, il faut reconnaître à celui que l’on surnomme le Black Mamba une place particulière dans l’histoire du basket moderne. L’analogie est douteuse, direz-vous, mais il est possible de voir en Kobe Bryant quelque chose de Victor Hugo : le genre de personnage parfait mais frustrant, ou peut-être frustrant car parfait, c’est selon.

Très tôt il se fixa une ambition, que souvent les médias se firent un joie de rappeler à tort comme à travers : il serait Michael Jordan ou rien. Une éthique de travail stakhanoviste et une panoplie offensive omnipotente, un poste partagé et une aversion commune de la défaite hissée en composante première de la personnalité… Il est vrai que la comparaison entre le plus grand joueur de l’Histoire et l’arrière qui passa sa vie sous la tunique des Lakers était facile. Mais le débat n’a pas réellement lieu d’être, seuls comptent les frissons, quelle qu’en soit l’époque.

Pourtant et comme Hugo, Bryant agace parfois. C’est vrai qu’il y a ces 50 shoots hier, nécessaires à l’accomplissement d’une vie. Ceux là au moins, on les lui a accordés, personne sur le terrain n’ayant voulu autre chose que voir les statistiques de leur idole grimper. En d’autres occasions, on l’a dit croqueur, individualiste, despotique. Quand les Lakers étaient au sommet, il profitait de l’aide d’autres joueurs majeurs, quand ils allaient mal il était cause de tous maux. L’histoire du basket ne s’écrit plus sur les parquets de la Cité des Anges mais dans un autre coin californien, sur la baie d’Oackland que chaque jour les Warriors érigent davantage en forteresse, et personne n’oublie de le faire remarquer au compétiteur. Le résultat de cette relation amour / haine récemment célébrée par Nike gît dans un palmarès éloquent qui le conduit à 5 titres, l’admiration de ses pairs mais aussi les critiques incessantes d’une communauté d’irrémédiables sceptiques.

Michael Jordan And Kobe Bryant Desktop Wallpapers and Backgrounds

Si Kobe a à tel point marqué son époque, c’est parce qu’il est le héros total, auteur d’une dramaturgie jamais vue tout au long sa carrière, entre performances marquantes et maîtrise sans faute de la communication. Il y a au moins autant d’anecdotes à propos de celui qui se retire que de personnes qui ont croisé sa route. Au moins autant de respect que de spectateurs dans les villes dont il a sans scrupule ruiné les espoirs de victoire.

La carrière du #24 est celle d’un Jean Valjean devenu personnage d’une tragédie. D’abord les commencements glorieux mais dramatiques près de Shaq, l’apothéose du three-peat, le passage à vide des années Kwame Brown, la renaissance en face de Garnett puis le début d’une lente mort, un soir de 2013, avec un tendon d’Achilles déchiré.
L’épilogue de cette épopée épique en pourpre et or en était une des plus belles scènes et transforma le Staples Center, pour une soirée supplémentaire, en un théâtre magnifique. Rideaux.






Bastien Desclaux
Joyeux rédacteur en chef de ce beau monde libre, jeune et conscient.




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