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Maroc : Le point sur la situation actuelle tendue du nord du Royaume

International / Politique / Récents / Société / 10 juin 2017

Il y a sept mois, Al Hoceima, ville au nord du Maroc, a été victime d’un drame en son sein. Mouhcine Fikri, un vendeur de poissons, s’est vu confisquer ses poissons jugés hors-normes hygiéniques et environnementales. Ce dernier, décidant de sauver son seul gagne-pain, s’est jeté dans le camion à ordure et s’est fait incinérer, sous les yeux meurtris des passants.

Ce drame a provoqué des manifestations en hommage dans les villes entières du Royaume, mais le mouvement s’amplifie dans le nord, notamment dans la ville où a eu lieu le drame. Malgré l’arrestation et le jugement de sept personnes déclarées coupables et qui ont écopé de peines de prison, le mouvement prend de l’ampleur et s’étend à des revendications sociales scandées par les habitants de la région, la plus pauvre du Maroc. Alors que le mouvement a commencé il y a sept mois, celui-ci explose grâce à la venue d’un nouvel acteur : Nasser Zafzafi, qui appelle au soulèvement et exhorte la population à sortir dans les rues pour lutter contre la corruption, la pauvreté et la forte présence militaire dans la région. De plus en plus d’habitants décident d’adhérer au mouvement, qui en arrive même jusqu’à la confrontation avec la police : les manifestants font acte de jets de pierres et autres projectiles contre celle-ci, qui essaye, en vain, de disperser les manifestations jugées « sauvages ».

Heurts entre des manifestants et la police.

Heurts entre des manifestants et la police.

Nasser Zafzafi a mené de nombreuses interventions, notamment l’une d’entre elles où il a interrompu la prêche du vendredi d’un imam qui dénonçait la « fitna » (mot se référant à la volonté de diviser un peuple musulman, de créer une guerre civile, ou encore aux rivalités), en s’écriant :

« Comment peut-on nous accuser de vouloir semer la fitna quand tous nos jeunes sont au chômage ou ont été forcés à émigrer? »

Cette dernière constitue une entrave à la loi et signe l’arrêt de Zafzafi qui était dans le viseur du gouvernement depuis le début de son mouvement « Hirak« .

Nasser Zafzafi, meneur du mouvement "Hirak".

Nasser Zafzafi, meneur du mouvement « Hirak ».

Alors qu’il est actuellement sous les verrous en attendant son jugement pour « entrave à la liberté de culte » ainsi que « atteinte à la sécurité intérieure de l’état », ses soutiens promettent de le protéger et le sortir dès que possible, et organisent des manifestations qui s’étendent dans d’autres villes tel que Tanger, Casablanca ou encore Rabat, la capitale du Maroc.

Manifestant levant une pancarte dans laquelle on peut lire en arabe "Nous sommes tous Zafzafi" en solidarité à Nasser Zafzafi.

Manifestant levant une pancarte dans laquelle on peut lire en arabe « Nous sommes tous Zafzafi » en solidarité à Nasser Zafzafi.

En attendant son jugement, on peut se poser quelques questions en analysant la situation géo-politique.

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Al Hoceima, ville de près de 240 000 habitants, se situe au centre de la région du Rif, une région montagneuse avec des côtes sur la mer Méditerranée, où la pauvreté sévit depuis des années mais où la culture du cannabis permet une hausse du PIB de la région. La ville et la région ont connu plusieurs événements importants au cours de l’histoire du pays, telle  la rébellion rifaine menée par un chef marocain, qui a créé à l’époque la « République du Rif », ou encore le débarquement espagnol de 1925 lors de la guerre du Rif. Ces événements marquent encore la population, qui comme on le voit actuellement, se soulève pour revendiquer ses droits auprès de l’Etat ainsi que la démilitarisation de la région.

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D’un côté, une partie de la population marocaine condamne fermement ce mouvement qu’elle juge séparatiste et anarchiste. En effet, le slogan des manifestants est mal vu par une partie des Marocains. Pour cause, le remplacement de « Dieu, la patrie, le Roi » qui est la devise marocaine, par « Dieu, la patrie, le peuple ». De plus, l’absence de drapeau marocain (remplacé par le drapeau de l’ancienne « République du Rif ») dérange l’opinion publique. Des faits qui laissent penser à l’existence d’un objectif séparatiste fixé par une partie des manifestants.

De l’autre côté, une autre partie des Marocains, qui n’hésitent pas à descendre dans la rue pour soutenir leurs camarades concitoyens, approuvent le but officiel de ce mouvement « Hirak » : lutter contre le chômage, la corruption, la militarisation de la région et réclamer les droits à l’éducation, à la santé… en bref, les droits primordiaux devant être garantis par l’Etat qui, selon eux, délaisse cette région déjà enclavée par les montagnes du Rif.

En réponse à ces réclamations, le gouvernement marocain a fait dépêcher ses ministres sur place pour juger et analyser la situation ainsi que de fixer une solution, et ces derniers ont rappelé les multiples investissements que le roi Mohammed VI a lancé pour développer le nord du Maroc, avec la construction d’hôpitaux, de stades, d’aéroports, de ports ou encore d’espaces sportifs et culturels. Malgré cette réponse, le mouvement juge que l’Etat joue plutôt la carte de la répression et de l’ignorance.

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Alors que toutes les manifestations de ce mouvement ou en soutien à celui-ci, dans n’importe quelle ville du Royaume sont interdites et dispersées par les forces de l’ordre, nous pouvons nous demander jusqu’où ira ce mouvement, quelles sont les véritables intentions de « Hirak » et quelles « vraies » solutions (hormis la répression des manifestations) le gouvernement marocain proposera pour mettre fin à ce soulèvement révolutionnaire de la population rifaine.






Ilyes Ben Bakrim
Jeune passionné de médias, de journalisme, de politique, de musique ou encore d'art, j'écris des articles et me déplace souvent sur le terrain pour faire partager le maximum de savoir et d'informations.




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