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Mexique : la violence serait-elle devenue une norme ?

Mexique : la violence serait-elle devenue une norme ?

Le Mexique vit aujourd’hui dans un état de total capharnaüm politique. Assassinat de députés, corruption, enlèvement d’étudiants, crime organisé et trafic de drogue rythment la vie locale, dans un Etat où la violence politique ne cesse d’augmenter. Dans cette situation, la stabilité politique n’est-elle qu’une utopie pour le Mexique ?

26 septembre 2014. Quarante-trois étudiants de l’école normale d’Ayotzinapa sont arrêtés par la police municipale de la ville d’Iguala, dans l’Etat de Guerrero, suite à une manifestation. Aujourd’hui, toujours aucune trace d’eux, si ce n’est la découverte dans six fosses communes de 28 corps semi-calcinés portant des traces de tortures, et les aveux d’un chef de gang déclarant avoir exécuté ces étudiants sous les ordres de la police. L’école normale d’Ayotzinapa fait figure de bastion anti-conformiste au Mexique : les étudiants sont tous issus de milieux pauvres, et les discours révolutionnaires prônant les mouvements ouvriers afin de renverser l’Etat sont la norme. Certains étudiants non-capturés affirment même que la police aurait tiré de sang-froid et à bout-portant sur certains manifestants. Face à la situation, un grand mouvement de solidarité envers ces 43 étudiants s’est élevé au  Mexique et dans certains pays,  demandant la démission du gouverneur de l’Etat de Guerrero Angel Aguirre. « Porque vivos se los llevaron, vivos los queremos » (« ils les ont pris vivants, qu’ils nous les rendent vivants »), scandent les manifestants solidaires à leurs compatriotes enlevés, qui veulent que la vérité soit faite sur cette affaire. Ce mouvement est tel que le siège du Gouvernement dans l’Etat de Guerrero, à Chilpancingo, la capitale de l’Etat, a été incendié ce 14 octobre par des manifestants. De plus, cette affaire révèle l’infiltration des forces de police locales par les réseaux mafieux, comme par exemple le cartel « Guerreros Unidos » (guerriers unis), soupçonné d’avoir joué un rôle dans l’exécution présumée de certains étudiants. Par ailleurs, le Maire de la ville d’Iguala et son Chef de la Sécurité, José Luis Abarca et Francisco Salgado Valladares, sont en fuite et restent pour le moment introuvables. Les élus politique seraient donc, eux aussi, corrompus ? Pourrait-on aller jusqu’à parler de terrorisme d’Etat au Mexique, à l’heure où l’Amérique Latine se réveille tout juste d’un demi-siècle de dictatures et de régimes autoritaires ?

Revenons-en, d’ailleurs, à la question de la corruption des hommes politiques. 28 septembre 2014 : le secrétaire général du PAN, le Parti d’Action National (Partido de Acción Nacional) Braulio Zaragoza, leader de l’opposition au Mexique, est assassiné de trois balles sur la terrasse d’un hôtel à Acapulco dans l’Etat du Guerrero. Quelques jours plus tôt, c’est Gabriel Goméz Michel, député du PRI (Parti Révolutionnaire Insitututionnel, parti de la majorité) et son assistant qui sont enlevés puis assassinés dans la ville de Guadalajara, dans l’Etat de Jalisco. Et ces deux hommes sont malheureusement loin d’être les premiers… Selon le Courrier International, ces assassinats auraient lieux dans le cadre d’une « guerre » entre certains hommes politiques et les narcotrafiquants, guerre lancée en 2006 par le Président à l’époque qui était Felipe Calderón. La violence dûe aux cartels et au crime organisé au Mexique ne cesse donc de progresser, dans un contexte d’hégémonie des narcotrafiquants, de corruption de la classe politique et surtout d’instabilité politique grandissante.

Mais alors, comment pallier à cette situation politiquement insoutenable sur le long-terme ? Selon cet article du quotidien espagnol El País, les enjeux-clés de la résolution de ce problème seraient la pauvreté et les inégalités au Mexique, auxquelles s’ajoutent le développement du crime organisé. Ces trois notions seraient donc celles contre lesquelles l’Etat Mexicain devrait lancer une guerre sans merci. Cependant, le constat en ce qui concerne la pauvreté est acablant : 60% des emplois sont informels, et le salaire minimal (d’une soixantaine de pesos, ce qui représente environ 3.50 €) ne permet pas à une famille de vivre décemment et de sortir de la pauvreté. De plus, le pays serait le cinquième pays de l’OCDE avec le plus haut taux de chômage (60.4% en 2014), d’après le périodique économique El Economista. Enfin, comment réduire l’influence des cartels et du crime organisé quand même les forces de police sont liées à ces groupes, et infiltrées par eux ? Le Mexique fait face aujourd’hui à un défi de taille, face à une situation de mal-être grandissant et insoutenable par la population, ou la violence est reine, et la corruption omniprésente.

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Etudiant à Sciences Po Paris, et en Droit à Paris II - Panthéon Assas. J'aime la politique, l'économie, le droit, la philosophie, et tout ce qui peut me permettre de comprendre un peu mieux ce qui se passe dans notre monde qui tourne de moins en moins rond.

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