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Moisés Sánchez, journaliste mexicain, a été assassiné… pour avoir exercé son métier de journaliste

Moisés Sánchez, journaliste mexicain, a été assassiné… pour avoir exercé son métier de journaliste

Le 2 janvier dernier, des hommes armés sont entrés dans le domicile de Moisés Sánchez, directeur de l’hebdomadaire l’Union diffusé à Veracruz –ville située à l’Est du pays. Après avoir menacé sa femme et son fils, ils ont finalement capturé le journaliste, retrouvé mort un mois plus tard. Cet enlèvement traduit une réalité morbide et quasi habituelle pour les journalistes mexicains : depuis l’année 2000, 19 journalistes ont été retrouvés morts à Veracruz, et ce dans l’impunité la plus totale.

Moisés Sánchez était père de famille, journaliste mais aussi chauffeur de taxi pour pouvoir payer les impressions de l’hebdomadaire L’Union qu’il dirigeait. D’ailleurs, être chauffeur de taxi l’aidait pour diffuser à travers la ville de Medellín –ville dans la banlieue de Veracruz, capitale de l’Etat du même nom- son journal.

Une vie politique locale entachée par les affaires de corruption

Moisés Sánchez détenait son propre hebdomadaire, qu’il essayait de diffuser tant bien que mal en exerçant en parallèle sa profession de chauffeur de taxi. L’Union est un hebdomadaire qui a pour vocation de diffuser toutes les injustices locales dont sont victimes les habitants de Medellín et ses alentours. Peu à peu, le journaliste a choisi de lui donner un ton de plus en plus subversif envers le pouvoir local. Et ce particulièrement depuis l’élection du Maire de la ville de Medellín l’an dernier, Omar Cruz, pour un mandat de trois ans. A l’époque, ce jeune maire de 29 ans se présentait comme un nouveau venu sur la scène politique locale ternie par de nombreuses affaires de corruption et de liens avec les narcotrafiquants. A l’époque de la campagne électorale, Sánchez s’était montré très engagé dans la lutte contre le Maire sortant, ce qui arrangeait plutôt bien Omar Cruz, le jeune candidat.

Alors Moisés Sánchez et Omar Cruz se sont-ils rapprochés, l’un promettant à l’autre une place de rédacteur en chef d’un des plus gros médias locaux s’il était élu, l’autre s’exécutant avec d’autant plus d’ardeur, ravi de voir son travail pris au sérieux. Mais l’amour ne dure qu’un temps, celui de l’élection de Cruz, et très vite, Sánchez a vu son poste attribué à un autre journaliste, beaucoup moins subversif. Sa plume n’en est devenue que plus acerbe envers le jeune maire fraîchement élu. Et comme la diffusion papier de son hebdomadaire n’était pas assez efficace, le journaliste –aidé par d’autres du journal- a décidé d’amplifier ses dénonciations en les étendant à Facebook.

Un contexte national qui n’est pas en faveur des journalistes

Moisés Sánchez a commencé à recevoir des menaces de la part du maire de la ville et du gouverneur de Veracruz. Ses « posts » étaient jugés gênants par les autorités locales, ce qui lui a valu des menaces de la part de ces dernières. L’agence Articulo19 –en référence à l’article 19 de la déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen- avait demandé à ce que soit placé sous surveillance le journaliste, d’autant plus que Moisés Sánchez est le 19ème journaliste à disparaître dans l’Etat de Veracruz depuis l’année 2000. La scène politique locale est particulièrement corrompue, et l’insécurité y augmente depuis quelques années. Les cas de journalistes retrouvés morts sont criants, mais il faut aussi ajouter une augmentation de 80% du nombre de séquestrations et d’enlèvements de civils dans ce même Etat.

Mais surtout, on aurait pu s’attendre à un grand relais dans les médias de cette affaire, ne serait-ce que par solidarité entre journalistes. Or deux problèmes de fond ont rendu cette solidarité impossible. D’abord, les narcotrafiquants ont su calmer toute ardeur journalistique en punissant particulièrement violemment ceux qui avaient osé dénoncer leurs exactions dans la presse. Ce fut le cas d’une journaliste, Maria Del Rosario Fuentes Rubio, qui faisait partie d’un collectif d’anonymes qui tentaient de rendre publiques les exactions de narcotrafiquants sévissant dans la région de Tamaulipas. Seulement, les cartels qui agissent dans la région, les Zetas et le Cartel du Golfe ont fini par la retrouver. Plus que la tuer, ils ont pris une photo du cadavre qu’ils ont publiée sur le compte Twitter de leur victime.

Enfin, le Mexique ne dispose que de deux groupes médiatiques : Tv Azteca et le Grupo Televisa –un des plus importants au monde. Ces deux conglomérats sont très proches des pouvoirs politiques, ce qui rend leur ligne éditoriale plus sensible aux fameuses TV novelas –équivalent mexicain de notre « Plus Belle le Vie », mais à l’envergure bien plus importante puisqu’elles représentent le deuxième bien le plus exporté du pays. Alors Internet est-il le moyen pour les journalistes de s’exprimer autrement qu’à travers les médias traditionnels. Le nombre de sites internet gratuits et contraints de survivre grâce à la publicité, ne cesse d’augmenter, tout comme les agences de protection de journalistes.

Ce pays mérite de profondes réformes, au vu des problèmes profonds qui le gangrènent. Le cas Florence Cassez a été très mal vécu par les Mexicains, voyant dans l’acquittement de la française une profonde défaite face à la France. Mais, lors d’une conférence à l’université du TEC de Monterrey, un juriste venu nous donner une conférence sur le sujet nous a dit : « le cas Florence Cassez n’est pas une honte, il est une chance pour notre pays. Parce qu’en donnant la lumière sur les dysfonctionnements de notre justice, le cas Florence Cassez va nous forcer à nous réformer et à lutter plus assidument contre la corruption. » Bien que lentes, des réformes sont visibles et il faut espérer que le cas d’Iguala les fera accélérer.

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