Salut ! Salut !

« Mon Roi », un mélodrame indigeste

Culture / Récents / 24 octobre 2015

Si l’on en croit Maiwenn, « l’amour c’est la plus grande drogue de l’histoire de la vie ». Une déclaration qui pourrait résumer le film à elle toute seule. « Mon Roi », 4ème long-métrage de la réalisatrice, retrace l’histoire d’amour destructrice entre Toni, une avocate un brin naïve et Giorgio, un manipulateur égocentrique. Un couple interprété à l’écran par Emmanuelle Bercot, lauréate du prix d’interprétation féminine à Cannes, en mai dernier pour ce rôle, et Vincent Cassel.
Après dix ans de relation chaotique avec Giorgio, Toni se retrouve à l’hôpital, en rééducation après une chute de ski. Sa convalescence est l’occasion de se remémorer les moments forts de cette histoire d’amour passionnel à travers des flash-back enchaînés. L’intimité du couple vu pas une femme blessée.

Une chaîne de montagne enneigée. À cette altitude, ce paysage grandiose nous offre une paix sans pareille. Le plan d’ouverture sera le seul moment calme et contemplatif du film. Pour traiter le thème de l’amour comme souffrance, Maïwenn, qu’on sait démonstrative, ressort une nouvelle fois les grosses ficelles.

Dès le début du film, le sentiment amoureux prend la forme d’une blessure physique, une métaphore archétypale mais efficace : la douleur est sensorielle et éveille les souvenirs enfouis. Des moments censés nous toucher, mais l’émotion des personnages, toujours poussée à son paroxysme, frise l’exagération. L’enchaînement trop rapide des flash-back donne à voir des personnages sans nuances. Entre les cris, les pleurs et les rires constants, il n’y a pas de place pour un réalisme en finesse, pourtant si cher à Maïwenn.

La performance physique d’Emmanuelle Bercot ne valait peut être pas le Prix d’interprétation féminine. Le personnage de Toni, qui oscille entre dépression nerveuse et joie immense, s’apparente plus à un « rôle à oscar » : plus on en fait, meilleur on est. Vincent Cassel, dont on ne remettra pas en doute les talents d’acteur, joue à la perfection l’époux infidèle, pervers et vulgaire qui résout le moindre problème en sortant des billets de 500 euros. Les seconds rôles semblent souvent plus crédibles, notamment celui de Louis Garrel. En petit frère avenant et protecteur de Toni, l’acteur se montre étonnamment tendre et plein d’humour.

Passive, soumise, impuissante… on a immédiatement du mal à trouver le personnage de Toni crédible en avocate, qui, de surcroit, travaille dans le cabinet d’Hervé Témime himself. Comment une femme du métier peut-elle se laisser berner par un drug addict véreux ? On a du mal à croire au scénario. Il faut dire qu’on voit rarement Toni travailler, à part pour un concours d’éloquence où l’avocate nous offre un discours mielleux et larmoyant sur l’amour. Les violons plaintifs en musique de fond rendent la scène encore plus pathétique.

Avec « Mon Roi », Maiwenn use d’artifices grossiers pour dépeindre la douleur d’une femme et un amour toxique. L’objet cinématographique, qui se voulait réaliste, est finalement lourd et peu convainquant. La réalisatrice semble pourtant s’inspirer des meilleurs. On sent l’influence du cinéma naturaliste d’Abdelatif Kechiche. Là où le réalisateur franco-tunisien laisse progressivement monter la tension pour une scène crédible, Maïwenn « choppe des instants de vérités », comme elle le dit elle-même, assemblés les uns aux autres. Des instants de vie pris sur le vif qui se succèdent sans transition et qui font de « Mon Roi » un patchwork d’émotions, lourd et grossier.


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Camille Bichler




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