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Noces funèbres ou noces rebelles ?

Noces funèbres ou noces rebelles ?

En Inde, les mariages forcés sont un vaste phénomène, et des voix s’élèvent contre ce fléau. 

14 février 2015. Comme chaque année, 1 milliard de cartes ont été échangées lors de la Saint-Valentin. Majoritairement populaire dans les pays anglo-saxons, cette dernière a conquis la France, 51% des français déclarant célébrer la Saint-Valentin aujourd’hui (contre 61% pour les Etats-Unis et le Royaume-Uni).

Fête commerciale pour certains, occasion annuelle d’affirmer leur amour pour d’autres, le 14 février laisse aussi de nombreuses personnes de marbre.

Ce pseudo-débat semble néanmoins dérisoire au regard de l’horreur de certaines unions où les sentiments n’ont pas leur place.
Environ 10 millions de ce type d’alliances sont conclues chaque année, dont 40% en Inde.
L’ancrage de ces pratiques reste important dans ce pays, ce qui peut expliquer en partie l’hostilité de plusieurs groupes quant à la popularisation de la Saint-Valentin.

Un mariage forcé est un hymen conclu en violation de l’article 146 du Code civil qui dispose qu’il « n’y a pas de mariage lorsqu’il n’y a point de consentement ».
Les conséquences de ces mariages forcés sont loin d’être anodines. Les jeunes mariées ne sont souvent encore que des enfants, victimes de violences et de viols. Nombreux sont les risques pour leur santé physique et psychologique. Etant déscolarisées, leur indépendance est d’autant plus mise en péril.

Le courage de se révolter

Pour le poète Emile Augier, « le mariage est un duo ou un duel ». Cette expression prend tout son sens dans la célébration de ces unions. Certaines petites filles ont cependant réussi à s’échapper de leur enfer marital.

Rekha Kalindi, une indienne aujourd’hui âgée de 17 est devenue la figure de ces petites victimes. Elle n’a que 11 ans lorsque la Présidente indienne lui déclare : « j’espère et je suis sûre que vous serez une source d’inspiration pour d’autres jeunes filles. Afin que notre pays sorte de ce fléau qu’est l’union de deux enfants au détriment de leur éducation, de leur avenir et in fine de leur bonheur. »
C’est à cet âge que les parents de Rekha lui imposent de trouver un époux. Après une journée d’école, la jeune fille est attendue chez elle par un de ses cousins qui a décidé de la demander en mariage. La peur et l’effroi ont alors saisi Rekha : elle, qui a connu les souffrances endurées par sa soeur, mariée de force et ayant mis au monde 4 enfants morts-nés, ne veut pas connaître ce funeste destin. Elle ne veut pas passer du joug de sa famille à celui de son mari, ne veut pas être une enfant donnant naissance à des enfants.

A l’occasion d’un spectacle d’école, Rekha explique à l’assemblée son histoire et celle de sa soeur afin de sensibiliser le public à la question du mariage forcé mais aussi à l’importance cruciale de l’école en la matière. En effet, selon de nombreux sociologues ou démographes à l’instar de Sonalde Desai, «l’éducation amène une plus grande implication des filles dans l’organisation de leur mariage».

Suite à cet exposé relaté dans un journal local, Rehka se retrouve privée de nourriture par sa mère, mais aussi insultée, frappée et mise à la porte par cette dernière.
Grâce à l’intervention de son instituteur, elle retourne finalement à l’école et continue à prononcer d’autres discours sur ces questions primordiales. Rehka consigne notamment son histoire mais aussi son espoir dans un livre La force de dire non (aux éditions Michel Lafon).

Un combat aux enjeux mondiaux

Ce message d’espérance peut aussi être incarné par des organisations telles que « Love Commandos », créée en 2010 par Sanjov Sachdev, un ancien journaliste. L’objectif de cette association est d’aider « plusieurs milliers de couples en leur donnant accès à des hébergements et des conseils juridiques » et donc de « protéger les droits des amoureux ». Les couples en question ont souvent pris la fuite afin d’échapper à un mariage forcé.
Interrogé par l’Agence France-Presse, Sanjov Sachdev déclare que «pour des questions de caste, de religion ou de statut social, de nombreux parents s’opposent encore au mariage de leur enfant».
De leur coté, plusieurs organisations non gouvernementales comme CARE oeuvrent en faveur de la disparition de ces célébrations.

Par ailleurs, les « crimes d’honneur » ne sont aujourd’hui pas marginaux. Ceux-ci sont définis par l’ONG Human Rights Watch comme « des actes de violence, le plus souvent des meurtres, commis par les membres masculins d’une famille à l’encontre de ses membres féminins, lorsqu’ils sont perçus comme cause de déshonneur pour la famille tout entière. Une femme peut être la cible d’individus au sein de sa propre famille pour des motifs divers, comprenant : le refus de participer à un mariage arrangé (…) ». Entre 15 000 et 20 000 femmes seraient ainsi tuées annuellement.
Si ces unions imposées  sont majoritairement pratiquées en Asie ou au Moyen-Orient, il ne faut pas oublier qu’elles peuvent malheureusement être organisées sur tous les continents. La France dénombre notamment 12 à 15 cas chaque année.

Le fléau de ces engagements forcés ne peut donc aujourd’hui être négligé. Il doit être combattu et annihilé pour qu’aucun autre enfant ne connaisse les souffrances qu’a endurées, parmi tant d’autres, la soeur de Rekha, pour que le mariage et a fortiori les sentiments restent un choix.

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