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Onomatopée réussie: « Clap-Clap! »

Onomatopée réussie: « Clap-Clap! »

Cinq garçons de café sont déjà attablés sur scène lorsque les spectateurs arrivent pour s’installer dans la salle. Au milieu des bouquets de menthe, des services à thé et des pains de sucre, les cinq hommes nous regardent fixement. Le public est alors embarqué dans des « brèves de comptoirs » qui frôlent parfois l’absurde et où l’onomatopée devient un langage à part entière.
Stylistiquement, une onomatopée est un mot crée pour imiter des sons produits par des êtres animés ou des objets, comme « miaou », « clic-clac », « vroum-vroum ». C’est ce qui a inspiré Damiaan de Schrijver, fondateur et comédien de la troupe flamande tg Stan, pour monter la pièce Onomatopée. Fruit d’une collaboration des compagnies flamandes et néerlandaises tg Stan, De KOE, Dood Paard et Maatschappij Discordia, le spectacle a déjà connu un immense succès depuis sa première représentation en 2007, à Amsterdam. À l’occasion de la 44ème édition du Festival d’Automne, la troupe remonte sur scène au théâtre de la Bastille. Pour notre plus grand plaisir.

En pénétrant dans la salle, on est immédiatement surpris par la présence des personnages, qui s’affairent au sein d’un univers bricolé. L’un des personnages tente en vain de raccommoder à sa chaise, tandis qu’un autre brise un pain de sucre avec son marteau. Ces bruits sourds se mêlent à la conversation creuse des cinq serveurs, qui n’oublient jamais de demander notre avis: « Tout est compréhensible ? » « Tout le monde est content ? » « Vous êtes heureux d’être là ? ». Plutôt, oui. En faisant de nous de véritables partenaires, les comédiens brisent le fameux quatrième mur*. Une proximité qui se traduit également dans la mise en scène. Assis à des tables de bistrots, les spectateurs du premier rang font physiquement partis du décor. Tout comme Vladimir et Estragon dans En attendant Godot, ces cinq garçons de café attendent quelque chose qui n’arrivent pas. « Quand est ce qu’on commence ? ». Cette question, le spectateur se la pose aussi. Dans un esprit convivial réjouissant, on parle pour ne rien dire et on attend que ça passe, mais c’est cette léthargie que semble dénoncer la pièce, à une époque où l’uniformisation de la société semble avoir enterré toute forme d’action spontanée.

Mais, plutôt que de ne rien dire avec des mots, pourquoi ne pas trouver un sens grâce aux bruits ? L’onomatopée devient alors une nouvelle forme de langage libérateur. Peu à peu, les cris d’animaux se mêlent même au langage humain. « Meeeeeuh », « Ouaf-ouaf », « Miaaaaou »… Ces drôles de bruits semblent avoir débloqué la parole et les corps : les cinq serveurs entament des cabrioles burlesques pour accrocher un tableau, enchaînent les allées et venues pour nous servir des bois de cerf parsemés de farine, sur fond de cris d’animaux. On bascule immédiatement dans un comique absurde et burlesque où les scènes cocasses s’enchainent au rythme des rires des spectateurs. Le mouvement des corps et les onomatopées constituent un langage épidermique et simple qui agit immédiatement sur le public: « Les gestes et les bruits disent parfois beaucoup plus de choses que les mots. (…) L’usage des bruits, c’est renouer avec l’origine, le préconscient. L’onomatopée est le langage le plus primaire, le plus terrestre et le plus modeste. » explique Damiaan de Schrijver. Au delà des rires qu’il provoque, l’onomatopée révèle la spontanéité qui « a disparu de l’environnement néo-libéral que la société est (après tout) devenu à présent. » si l’on en croit la banderole hissée au dessus de la scène. Une spontanéité chère à la troupe d’Onomatopée, qui nous amuse et nous surprend jusque dans les dernières minutes du spectacle.

Sous ses airs chaotiques, la pièce est néanmoins didactique. Par des dispositifs brechtiens, comme l’usage de banderoles ou l’interpellation du public, la pièce force le spectateur à avoir un regard critique sur l’immobilisme et la léthargie. Les comédiens font de l’onomatopée un nouveau langage qui libère l’individu.

Une pièce qui pourrait se résumer par un dicton simple et engagé : « L’action vaut mieux que les longs discours. »

*Concept inventé par Diderot. L’expression « briser le quatrième mur » consiste à s’adresser directement au public, sans tenir compte d’un quatrième mur imaginaire qui séparerait la scène et les spectateurs.

Onomatopée de et avec Gillis Biesheuvel,
Damiaan De Schrijver, Willem de Wolf,
Peter Van den Eede et Matthias de Koning

Un projet de tg STAN, De KOE, Dood Paard,
Maatschappij Discordia

Au Théâtre de la Bastille, du 19 octobre au
6 novembre, de 14 à 26 euros.

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