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Quand les journalistes se vendent pour la une

Quand les journalistes se vendent pour la une

Le 11 novembre 2014, un seul évènement était relayé par les médias français. Radios, télévisions, journaux papiers et numériques : tous ne parlaient que de l’arrestation de Nabilla Benattia pour avoir poignardé son compagnon. Ce fait divers qui aurait dû, au plus, faire l’objet d’une colonne ou de quelques secondes d’intervention télévisuelle s’est vu propulsé en une le jour commémoratif de l’armistice de la première Guerre Mondiale.

Certes, c’est une information qui, vu la vitesse à laquelle elle a tourné sur le web et l’intérêt que l’on porte encore aujourd’hui à l’affaire, méritait d’être partagée. Surtout quand on a conscience de la nécessité de faire de l’audience pour les différents médias – après tout, « la raison du plus fort est toujours la meilleure ». Cependant, ce n’est pas la première fois que des évènements à l’importance plus que relative se voient retransmis sans cesse afin de faire le buzz. Le livre de Valérie Trierweiler sur sa relation avec le président de la République, ou les allégations d’une dispute qui aurait dégénéré entre elle-même et l’ancienne madame Sapin peuvent être vus comme des ragots intéressants dans les couloirs des ministères ou dans les universités politisées. Cependant, aucune de ces deux nouvelles ne présentait de raisons valables d’être étudiée d’aussi près par autant de journalistes. Surtout quand les faits de « l’affaire Trierweiler » se révélèrent être infondés et que la précipitation sur ce faux scoop ne fit qu’augmenter le ridicule de l’affaire.

Mais plus grave encore que la people-isation de nos principales sources d’informations, la vénalité du traitement des informations et de l’éthique journalistique commencent à menacer la confiance que nous pouvons porter aux grandes sources d’information. Que l’on croit ou non en la nécessité d’un changement institutionnel, le dernier ouvrage de Jean-Luc Mélenchon pour une sixième République aurait dû trouver plus d’écho dans les médias que sa critique d’un jeu vidéo pour son positionnement historiographique. De même, lorsque les journalistes divulguent aussi facilement leurs sources dans l’affaire Fillon/Jouyet, on peut commencer à s’interroger sur l’intégrité morale des auteurs de l’article face à la certitude de se faire publier en une…

Car le rôle des journalistes dans notre société a indéniablement évolué au cours des dernières décennies. Ils ne sont plus d’humbles passeurs de l’information, mais commencent à vouloir être les sujets, voire même les acteurs de l’actualité. Valérie Trierweiler n’est ici qu’un exemple. Eric Zemmour pourrait en être un autre, puisque sa simple présence sur un plateau fait plus de bruit que les opinions qu’il défend, ou que le message qu’il veut transmettre. Même les Guignols de l’info se montrent biaisés lorsqu’ils commentent l’actualité. Preuve en est de l’utilisation de la même marionnette-animateur depuis le lancement de l’émission en 1993, bien que son homologue de chair et d’os soit à la retraite depuis plusieurs années… volonté éditoriale ou choix marketing ?

Le journalisme est un métier qui fait rêver. La diversité du quotidien, la possibilité de voyager et de découvrir, la capacité de transmettre rendent cet emploi indispensable à notre société. C’est grâce à lui que nous avons la possibilité de comprendre notre monde et de forger un véritable esprit critique chez les citoyens. Cependant, la vénalité de la pratique journalistique finit par chasser cette vision rêvée que l’on peut avoir du métier, et peut laisser l’impression que les journalistes ont une morale aussi douteuse que celles des politiques qu’ils dénoncent, brisant la confiance que l’on peut avoir en eux. Et menaçant ainsi l’entière profession journalistique.

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