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Palestine : vers plus de reconnaissance ?

Palestine : vers plus de reconnaissance ?

Lundi 13 Octobre, le Parlement britannique a entamé une démarche symbolique. En effet, une motion a été déposée plaidant pour une reconnaissance britannique de l’Etat palestinien. Ce vote, pour l’instant non contraignant, est l’occasion pour Newsyoung de revenir sur ce débat vieux de plusieurs décennies et qui a fait couler beaucoup (trop) de sang.

La Palestine a-t-elle déjà été, dans le passé, un Etat ?

Apparemment non. Pendant des siècles, la Palestine a appartenu à l’Empire Ottoman, et ce jusqu’à la fin de la Première Guerre Mondiale. A partir de là, la Société des Nations a donné des mandats à la France et au Royaume-Uni pour administrer les anciens territoires ottomans et les mener vers l’indépendance (indépendance, qui, on le sait, n’était pas forcément la priorité des puissances françaises et britanniques qui comptaient bien profiter des ressources de leurs nouvelles terres). La Palestine (tout comme la Transjordanie et l’Irak) est donc devenue un territoire sous mandat britannique, alors que le Liban et la Syrie étaient sous mandat français.

Dès 1917, Lord A.J Balfour, ministre britannique des affaires étrangères, politisait l’idée sioniste en déclarent que le gouvernement britannique « envisage favorablement l’établissement en Palestine d’un foyer national pour le peuple juif », ce que les arabes de Palestine (musulmans comme chrétiens) refusent. Dès lors, la question palestinienne se lie étroitement à la question de l’Etat juif. En effet, suite à la déclaration Balfour, de nombreux juifs européens émigrent vers la Palestine, aidés par le Royaume-Uni qui reconnait une autorité politique juive (l’agence juive) et facilite le rachat de terres agricoles (les Kibboutz).

En Palestine, le mouvement sioniste est mal accepté par les populations arabes et les tensions sont déjà fortes.

La Seconde Guerre Mondiale et le génocide juif ne font que conforter l’idée que les juifs doivent avoir le droit à un Etat qui leur est propre. Les juifs d’Europe ayant survécu à la Shoah partent par milliers en Palestine, et face à l’ampleur du phénomène, les autorités britanniques, qui encourageaient jusqu’alors le sionisme, mettent en place des quotas pour limiter le nombre d’immigrants. La communauté internationale va alors se saisir du problème et la toute nouvelle Organisation des Nations Unies va planifier en 1947 un partage de la Palestine, prévoyant la fin du mandat britannique et la création d’un État arabe (La Palestine) et d’un Etat juif (Israël), avec la ville de Jérusalem sous contrôle international.

Le 14 mai 1948, Ben Gourion, président du Conseil National juif, proclame la naissance de l’État d’Israël tel que le prévoyait l’ONU (à noter qu’il reconnait donc implicitement un État palestinien). Les arabes (de Palestine, mais aussi d’Égypte, de Syrie, du Liban, de Transjordanie et d’Irak) attaquent le nouvel État israélien dès le lendemain, mais ce premier conflit israélo-arabe va finalement profiter à Israël, qui au terme de la guerre, en janvier 1949, aura agrandi son territoire de 6000 km2. Pour Israël, il n’est plus question l’État palestinien et les Palestiniens vont se réfugier par centaines de milliers dans les pays arabes voisins (Transjordanie, Liban, Syrie ou dans la bande de Gaza).

Depuis, la question palestinienne ne cesse d’avancer et de reculer au gré des guerres israélo-arabes sans qu’un compromis n’ait jusque là été trouvé.

Qui reconnait la Palestine en tant qu’Etat?

Aujourd’hui, 134 pays dans le monde reconnaissent l’État palestinien (voir carte)

Les pays en vert reconnaissent l'Etat palestinien. Pourra-t-on prochainement ajouter la Suède, le Royaume-Uni et l'Espagne?

Les pays en vert reconnaissent l’État palestinien. Pourra-t-on prochainement ajouter la Suède, le Royaume-Uni et l’Espagne?

Dès 1974, l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP), menée par Yasser Arafat, avait reçu un statut d’observateur à l’ONU. Toutefois, l’Etat palestinien ne pouvait être reconnu puisqu’il n’avait jamais été proclamé. C’est seulement en 1988 que l’OLP va proclamer un État palestinien sur la base des frontières de 1967 (suite à la guerre des Six-Jours, l’ONU avait exiger d’Israël qu’il évacue les territoires occupés) et reconnaitre l’existence d’Israël.

Dès 1988, de nombreux pays, notamment les pays arabes et les alliés de l’URSS, vont reconnaitre l’État palestinien. Il faudra attendre 1993 et les accords d’Oslo pour que se rencontrent le premier ministre israélien Rabin et le chef de l’OLP Arafat autour du président américain Clinton. L’image fera le tour du monde. C’est un énorme pas en faveur de la naissance d’un Etat palestinien. Une Autorité Palestinienne est créée en Cisjordanie et à Gaza, elle se charge de l’administration de la vie quotidienne dans certains domaines (éducation, santé…)

En 1993, les accords d'Oslo marquent la rencontre historique entre le premier ministre israélien (Rabin à gauche) et le chef de l'OLP (Arafat à droite), tous deux réunis autour de Clinton.

En 1993, les accords d’Oslo marquent la rencontre historique entre le premier ministre israélien (Rabin à gauche) et le chef de l’OLP (Arafat à droite), tous deux réunis autour de Clinton.

Mais alors, pourquoi n’y a-t-il toujours pas d’Etat Palestinien ?

Les tensions ont vite ressurgies.

Suite aux accords d’Oslo, l’espoir d’un État palestinien était réel. Mais très vite, des refus (israéliens comme palestiniens) vont fragiliser les avancées diplomatiques. Du côté israélien, Rabin est assassiné par un extrémiste juif en 1995. En effet, une bonne partie de la droite conservatrice refuse l’idée d’un Etat palestinien. De plus, depuis 2002, Israël construit un « mur de sécurité » au niveau de la frontière cisjordanienne, ce qui ne fait qu’attiser la haine. Enfin, les colonisation juive en Cisjordanie, territoire censé être sous contrôle palestinien, se poursuit alors que les accords d’Oslo prévoyaient un retrait israélien.

Du côté palestinien, le Hamas (groupe extrémiste qui rejette l’existence d’Israël et défend les principes de l’islamisme) dirige la bande de Gaza depuis 2006. Dès 2007 et jusqu’à très récemment, le Hamas et l’OLP (qui dirige la Cisjordanie) entrent en conflit. Dès lors, les Palestiniens ne sont plus unis, l’OLP étant favorable aux négociations avec Israël, le Hamas les rejetant, et le projet étatique n’est plus vraiment d’actualité. De plus, les nombreux attentats commis par le Hamas en Israël n’encouragent pas au dialogue.

 

2014 : l’année du tournant ?

Pas forcément.

Pourtant, il semble bien que le processus se soit accéléré ces derniers mois. En avril dernier, le Hamas et l’OLP ont conclu un accord mettant fin à 7 ans de querelles pour former un gouvernement d’union et mener ensemble la marche vers l’Etat palestinien. Cette union a provoqué la colère du président israélien, Benjamin Netanyahou, qui accuse l’OLP de ne pas vouloir la paix, puisque le Hamas ne reconnait pas Israël. L’enlèvement et la mort en juin de trois étudiants israéliens par un proche du Hamas est l’élément déclencheur de la guerre de Gaza cet été. Pendant deux mois, les tirs de roquettes vont s’abattre sur Gaza, jusqu’à un cessez-le-feu le 26 Aout. Si les victimes sont bien plus importantes du côté palestinien qu’israélien, il ne faut toutefois pas tomber dans un manichéisme simplificateur et beaucoup trop réducteur en imputant toutes les fautes à Israël. Des horreurs ont été commises des deux côtés, ce qui est loin de favoriser la création d’un Etat palestinien.

Etant donné le contexte, il ne fait nul doute qu’Israël est très loin d’entamer un processus de paix et de reconnaissance avec la Palestine. Mais dans le reste du monde, la reconnaissance de la Palestine apparaît de plus en plus comme une condition sine qua none de la paix entre israéliens et palestiniens. C’est dans ce contexte que le Parlement britannique a voté en faveur d’un Etat palestinien lundi dernier. C’est dans ce contexte que le 6 Octobre dernier, le premier ministre suédois a déclaré que son pays reconnaitrait la Palestine, et ce sans même demander l’accord du Parlement. C’est dans ce contexte que le Parlement espagnol votera prochainement sur la question palestinienne.

La parlement britannique a voté ce lundi pour la reconnaissance de la Palestine.

La parlement britannique a voté ce lundi pour la reconnaissance de la Palestine.

Toutefois, des voix s’élèvent contre ces reconnaissances internationales. Des spécialistes estiment en effet qu’elles ne favorisent pas la paix entre Israël et la Palestine, bien au contraire. Trop de reconnaissance internationale n’inciterait pas les autorités palestiniennes au dialogue avec Israël, persuadées qu’elles ont le soutien du reste du monde.

Quelle position aux États-Unis ?

La Palestine n’est pas un État.

Si les États-Unis s’étaient fermement opposés, en 2011, à la reconnaissance de l’État palestinien au sein de l’UNESCO, il n’en demeure pas moins que Barack Obama a salué, en mars dernier, le rapprochement Hamas/OLP. On est toutefois loin d’un positionnement américain en faveur d’une État palestinien, comme le confirmait Susan Rice, conseillère à la sécurité nationale, en Septembre dernier : « Non, les États-Unis ne reconnaissent pas un État de Palestine ».

Les États-Unis sont le principal allié d’Israël sur cette question, mais Barack Obama n’a pas du tout apprécié la façon dont Israël a agi à Gaza cet été et se distance peu à peu de Netanyahou. Finalement, les Etats-Unis semblent en plein réflexion sur le sujet.

Dans tous les cas, et même si les États-Unis finissaient par reconnaitre la Palestine, la reconnaissance israélienne est essentielle pour qu’un État palestinien voit durablement le jour. La reconnaissance palestinienne d’Israël l’est tout autant.

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