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Payer l’eau : une nouveauté impopulaire en Irlande

Payer l’eau : une nouveauté impopulaire en Irlande

Le gouvernement Irlandais avait annoncé, le 6 mai dernier, que les services de distribution d’eau en Irlande deviendraient payants dans l’année. Une réforme qui a choqué et qui est encore aujourd’hui extrêmement contestée.

En mai 2014, le gouvernement irlandais revenait sur une décision prise une quinzaine d’années auparavant : distribuer de l’eau potable à tous les ménages gratuitement. Si ce fait semble choquant pour la plupart des irlandais (certains pensaient même déjà payer l’eau), il n’est pourtant que le dernier épisode de la série des réformes structurelles du système de distribution des eaux, entamée il y a quelques années. En 2012, le gouvernement créait « Irish Water », un organe semi-public chargé de la distribution de l’eau sur l’ensemble de la République, et annonçait la centralisation des 34 compagnies régionales d’eau qui géraient l’acheminement de l’eau potable jusqu’alors. S’il ne semble pas y avoir eu de problèmes majeurs dans la réalisation de la mission de Irish Water, la décision de rendre l’eau payante soulève de nombreuses oppositions.

Les arguments avancés sont relativement classiques, et ne suscitent pas un vif émoi en tant que tels : la réduction des dépenses publiques –bien que l’organisme soit en partie privé, près des deux tiers de son budget provenaient du ministère des finances, le maintien des emplois concernés par la distribution de l’eau, la réduction attendue du gaspillage d’eau qui permettrait un fonctionnement plus écologique, etc. Pourtant, un sondage[1] du dimanche 5 octobre révélait que près d’un ménage sur cinq ne comptait pas payer la facture d’eau lorsqu’elle arriverait, majoritairement par opposition de principe, et marginalement par incapacité de payer une facture supplémentaire. Par la suite, ce même chiffre a été multiplié par trois, les manifestations du mois d’octobre et de novembre ayant rempli leur rôle et attiré la sympathie des Irlandais.

Cette dernière raison est d’ailleurs l’une de celles qui, politiquement, semble susciter le plus de réactions. La plus remarquée est celle de l’ancien ministre de l’environnement, Fergus O’ Dowd, a déclaré dans la presse qu’il pensait que la compagnie Irish Water (qu’il a contribué à créer en 2012) avait « abjectement échoué » dans sa mission et que de nombreux ménages s’inquiétaient de leur capacité à vivre correctement avec une charge supplémentaire dans leur budget – rappelons que l’Irlande a été l’un des pays européens les plus touchés par la crise de 2008. Suite à ces accusations, de nombreux ministres de l’actuel gouvernement ont eux-mêmes pris une certaine distance avec la compagnie et la réforme proposée. Cependant, il s’agit la plupart du temps de remarques mineures, qui déplorent majoritairement la brusquerie de l’annonce et la brutalité de la Irish Water dans son attitude vis-à-vis des clients, ainsi que l’absence de justifications de leurs demandes. L’autre principal reproche adressé à la société, selon lequel Irish Water deviendrait une compagnie commerciale destinée à réaliser d’importante plus-value sur l’eau tout en primant grassement ses cadres et actionnaires, n’a en revanche pas été relevé par les membres du gouvernement.

Mais en dépit des tribulations politiques occasionnées par cette réforme, les dés sont jetés, et les incitations à se déclarer à la compagnie des eaux sont de plus en plus pressantes. Les premières factures arriveront en janvier, et les mesures de sanctions seront prises pour ceux qui ne se soumettent pas à la nouvelle législation. Ils ne risquent, pour la plupart, que de se voir supprimées les réductions dont ils bénéficient –puisqu’il est ici extrêmement difficile de couper l’accès à l’eau d’un ménage sans en pénaliser les voisins, il est fort probable que les seules sanctions prises soient d’ordre financier ou judiciaire.

Au jour où l’exception irlandaise prend fin, et au-delà de la question nationale de la gratuité d’un service, on peut toutefois reconnaître la sagesse de redonner de la valeur à l’eau. Cet or bleu pourrait entraîner de nombreux conflits mondiaux et d’importants besoins humanitaires dans les prochaines années, et si l’Irlande, comme la France, peuvent se targuer d’importantes réserves d’eau douce, ce n’est pas le cas de la plupart des pays du monde, dont les ressources se retrouvent pompées pour satisfaire une agriculture intensive ou polluées par la production industrielle et la bêtise humaine. Refuser de payer l’eau semble alors plus relever du caprice que de la raison, quand bien même l’attitude de l’Irish Water serait plus que critiquable.

[1]Réalisé par le Sunday Independant

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