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« Photo-interview » du photographe de 365 Parisiens.

« Photo-interview » du photographe de 365 Parisiens.

Entre deux gorgées de café, assise à la terrasse de La Fourmi, je scrute les passants à la recherche de l’homme qui les photographie. « Tiens celui-là il a une bonne tête, j’espère que c’est lui ! » « Tiens lui il a l’air photogénique. » À regarder les Parisiens de la sorte, je me sens un peu comme dans la peau de Constantin Mashinskiy, le photographe qui chaque jour fait le portrait d’un inconnu qui l’inspire. Mais je suis vite tirée de ma rêverie par un regard un peu plus soutenu que les autres. C’est bien celui de Constantin qui se joint à moi pour l’interview.

Comment interroger un photographe ? Comment valoriser son travail photographique dans un article ? La réponse m’a parue évidente, j’ai décidé de le « photo-interviewer » (terme de mon invention). Le principe est simple, toutes mes questions dérivent des légendes de ses photos. Car chaque portrait de Constantin est accompagné d’une petite phrase simple en anglais qui contextualise la photo sans en dire trop, comme pour prolonger le mystère de l’instant photographié.

Rencontre avec le photographe de « 365 parisiens »

#1 : « He asked me a cigarette, I asked him a picture. »

C’est comme ça que tout a commencé ?

C’est la première photo que j’ai prise. À la base c’était pour ne pas lui donner une clope. L’idée de photographier un étranger par jour, je l’avais eue il y a quelques temps mais quand j’avais demandé à des Parisiens de les prendre en photo, je n’avais pas obtenu de résultat. Lui c’était le premier qui a accepté. Ce projet, c’est comme un exercice de style, pour progresser.

#176 : « Are you a photographer ? No but I have cameras »

#176 : « Are you a photographer ? No but I have cameras »

Vous n’êtes pas photographe ?

C’est en fait moi qui lui avais posé la question puisqu’il m’a dit avoir le même Leica Argentique que moi. Vous avez du interpréter la légende dans l’autre sens, ce qui en soit est aussi possible puisque la photographie n’est pas mon activité professionnelle. Je suis designer d’interface et directeur artistique. Je travaille dans une boite française de jeux vidéo à la Défense. La photographie est un hobby depuis mon enfance. Je me rappelle qu’avec mon père, nous développions nos propres pellicules dans la salle de bain. J’ai toujours eu des appareils photos mais je n’avais jamais mené de projet de cette envergure.

#100 : « So you take pictures of locals ? »

#100 : « So you take pictures of locals ? »

#99 : « Why you take pictures of strangers ? »

#99 : « Why you take pictures of strangers ? »


On dirait que tout est dit, pourquoi vous prenez des photos d’étrangers ?

C’est la question que presque tous me posent, pourquoi je prends des photos de gens inconnus ? C’est quelque chose que je trouve intéressant car le résultat n’est jamais prévu. On n’a pas vraiment les moyens de connaître les réactions d’un inconnu, le regard du photographe est complètement neutre. Et puis du coup mes sujets sont hyper variés.

Globalement, vos modèles disent plutôt ça : 

#148 : « She almost said no »

#148 : « She almost said no »

#159 : « I hate photographers »

#159 : « I hate photographers »

Ou ça ?

#105 : « Il n’y a pas de problèmes. »

#105 : « Il n’y a pas de problèmes. »

Il y a plusieurs cas. Certains hésitent vraiment comme la #148. Elle a vraiment hésité pendant un long moment, je lui avais montré ce que je faisais, d’autres portraits mais elle a failli dire non. Le #105 était un peu plus original. Quand je lui ai demandé un portrait il m’a répondu « pas de problèmes« , quand je lui ai demandé s’il pouvait regarder l’objectif il m’a répondu « pas de problèmes » et quand je lui ai donné ma carte il a dit « pas de problèmes. » Je n’aurai pas pu trouver une autre légende ! Globalement, environ 80% des gens sont d’accord pour poser pour moi. Ça m’a pris du temps pour trouver comment aborder les gens, au début je n’étais pas trop sûr de moi donc beaucoup de gens refusaient. En fait ce qui marche le mieux c’est de demander « Bonjour est-ce que je peux vous prendre en photo ? ». Ils disent oui ou non et les détails viennent après.

#66 : « Yes you can take a picture if it amuses you. »

#66 : « Yes you can take a picture if it amuses you. »

Pour qu’une photo soit belle, il faut que vous vous amusiez à la prendre ? Et de manière plus générale, comment vous choisissez vos Parisiens ?

Le fait de prendre des photos m’amuse, même si elles ne sont pas forcément bonnes. Pour choisir les sujets, j’essaye de varier un peu mais la plupart du temps c’est vraiment dans l’instant. Je vois une façon d’être, un regard, un trait distinctif comme un vêtement typé ou un visage particulier. Mais c’est surtout au niveau de l’émotion, de l’instant. Ça m’est déjà arrivé de passer toute la journée dans la rue avec l’appareil sans trouver de visage qui me plaît alors que des fois je sors juste de chez moi et deux minutes après j’ai le portrait. J’essaye aussi d’aborder les gens qui ne sont pas en groupe car le nombre enlève le côté personnel, cela change le comportement des gens.

#164 : « Sorry I’m busy right now »

#164 : « Sorry I’m busy right now »

#45 : « Take a picture but let me work. »

#45 : « Take a picture but let me work. »

#98 : « He was looking busy »

#98 : « He was looking busy »

On dit souvent que les parisiens sont toujours occupés, c’est vrai ?

Oui c’est vrai ! Par exemple le #164 qui était un poète de rue visiblement très inspiré n’a pas voulu regarder l’objectif. Le #98 avait aussi l’air préoccupé, il n’arrêtait pas de regarder son téléphone. C’est vrai qu’aujourd’hui les parisiens sont très accros aux smartphones. C’est un peu embêtant pour moi si je veux les photographier. C’est pour ça que je préfère aborder les gens qui ont l’air plus tranquilles.

#46 : « I hate smiling. »

#46 : « I hate smiling. »

#30 : « She was a bit shy »

#30 : « She was a bit shy »

Comment réagissent vos parisiens devant l’objectif ?

Il y a assez souvent des gens qui ont peur de poser, la plupart de ceux-là disent non pour que je les photographie mais sinon ça arrive que des gens acceptent mais restent un peu timides. C’est assez difficile de transmettre les vraies émotions puisque la photo n’est qu’un clic d’un quart de seconde. Mais pour la #30 c’est plutôt réussi, puisque sa timidité se ressent sur la photo. Quand j’ai dit au #46 de ne pas sourire, il m’a répondu qu’il détestait ça, c’est ce qui a donné son caractère à la photo.

#31 : He was walking down the Champs-Elysées

#31 : He was walking down the Champs-Elysées

#58 : Accidentally met again #031, this time, with a friend

#58 : Accidentally met again #031, this time, with a friend

De toutes vos photos, j’ai compté 35 piercings, 34 si on ne compte qu’une seule fois celui de l’homme qui est sur les photos 58 et 31. C’est un critère de sélection ?

Bien sûr le piercing n’est pas un critère de sélection mais ça fait une personnalité et c’est peut-être pour ça que je suis très attiré vers les gens qui en ont. Il y a aussi beaucoup de barbes et de chapeaux dans mes clichés. On me reproche de ne photographier que les hispters mais j’essaye de varier au maximum. Elle est marrante ta question, maintenant je vais y penser à chaque fois que je photographierai des personnes qui ont des piercings [RIRES].

#69 : « Are you going to organize a gallery exhibition ? »

#69 : « Are you going to organize a gallery exhibition ? »

So ?

J’ai eu quelques propositions mais je n’ai encore rien signé. À la base ce n’était vraiment pas le but, c’était vraiment un projet personnel, je n’étais même pas sûr qu’il aurait du succès [le site a connu un pic de 120 000 vues en une journée]. J’ai aussi reçu quelques propositions pour éditer un livre. J’espère que ça se fera prochainement puisque le rapport à la photo est vraiment différent lorsqu’il est réel. L’écran c’est bien mais ce n’est pas la même sensation. Moi par exemple, j’essaye d’aller aux expos ou d’acheter les livres des photographes que j’aime.

 

 

Constantin aura fini son travail le 27 décembre prochain (oui oui il a triché, il n’a pas vraiment commencé au début de l’année). Après une belle pause parce qu’il l’avoue, c’est fatiguant de prendre des photos tous les jours après le boulot, il se lancera dans de nouveaux projets de street photography. Notamment à l’aide de son fidèle argentique, du même âge que lui. D’ici là, vous pouvez suivre son travail sur son tumblr ou grâce à sa page facebook.

Et surtout chers lecteurs, n’oubliez pas de lever les yeux de votre smartphone, le #183 it might be you !

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Prenez une marmite de curiosité, ajoutez y une once d'esprit critique et une étudiante en journalisme. Mélangez le tout et vous obtiendrez quelques articles imparfaits mais où le cœur y est.

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