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Pierre Moscovici : « Une société qui néglige sa jeunesse est une société qui n’a pas d’avenir » Interview

Pierre Moscovici : « Une société qui néglige sa jeunesse est une société qui n’a pas d’avenir » Interview

Tout juste nommé Commissaire Européen aux Affaires économiques, Pierre Moscovici a toujours revendiqué une carrière « à l’interface entre la France et l’Europe ». L’ancien locataire de Bercy revient dans une interview accordée à NewsYoung sur sa nomination et ce qui peut « ré-enchanter le rêve européen ».

 

Quelle est précisément votre vision de l’Europe ? Quelles sont, selon vous, les prochaines étapes de l’intégration européenne d’un point de vue économique ?

Je suis un Européen, toute ma vie publique et politique a été orientée vers l’Europe. J’ai été député européen, Ministre des Affaires européennes et membre de la convention européenne qui a élaboré le traité constitutionnel européen. J’ai aussi été Ministre de l’Economie et des Finances. Comme tel, j’ai été en première ligne face à la crise de la zone euro. J’ai toujours veillé à ce que la France pèse en Europe, mais aussi que l’Europe soit au cœur des politiques françaises, et je continuerai.

Je pense que nous sommes à un moment où le projet européen est menacé, le message des élections européennes doit être entendu, car c’est un message de désenchantement, voire de rejet. Ce que nous pouvons faire maintenant, c’est rendre de l’espoir. Cela doit passer par des mesures concrètes, notamment en matière de croissance et d’emploi.

Concernant les jeunes, leur chômage est généralement deux fois plus élevé que la moyenne nationale (26% contre 11% en France, 18,3% contre 6,8% en République Tchèque et 9,2% contre 4,8% en Allemagne). Que peut faire l’Europe face à cette réalité ?

Cela pose un problème politique, démocratique et éthique majeur. Une société qui néglige sa jeunesse est une société qui n’a pas d’avenir. Pendant très longtemps, l’apanage de la jeunesse était de penser que son avenir serait meilleur, alors qu’aujourd’hui nous sommes dans une situation où les jeunes redoutent l’avenir. C’est ce que s’efforce de faire l’Europe qui met en place des garanties jeunes. Il faut être clair, ce n’est pas l’Europe qui crée directement des emplois. Ce sont les entreprises qui le font, ce sont les politiques qui incitent, et c’est donc un environnement favorable qu’il faut créer. La priorité des priorités doit être l’investissement pour créer des emplois et aussi former, innover et élever le niveau de l’éducation pour faire toute sa place à la jeunesse.

Pensez-vous réellement que l’Allemagne donnera son accord sur des plans d’investissement dans un contexte où ce sont plutôt les discours prônant l’austérité qui dominent ?

Les déficits publics doivent être maîtrisés. Le sérieux budgétaire s’impose à tous. Il n’y a pas de croissance sans désendettement et en même temps, il n’y a pas de désendettement sans croissance. La croissance est le moteur d’un retour à l’équilibre des finances publiques. Toutes les politiques doivent alors être orientées vers la croissance et vers l’emploi. A partir de là, il faut tout faire pour permettre la croissance, et la clé de tout, c’est l’investissement. Si l’économie européenne connaît une croissance si faible, c’est parce qu’il y a un déficit d’investissement en Europe, que nous devons combler. A la fois par des politiques publiques et par de l’investissement privé. Je suis persuadé que cela peut se faire sans augmenter les dépenses budgétaires, en jouant notamment sur les instruments financiers qui existent comme la Banque Européenne d’Investissement (BEI) pour orienter une épargne abondante vers des investissements défaillants.

Cependant, le Président de la BEI –M. Werner Hoyer- est allemand et la majeure partie de vos collaborateurs directs fait partie du PPE (Parti Populaire européen) et de l’ADLE (Alliance des Démocrates et Libéraux pour l’Europe). Comment comptez-vous imposer votre point de vue ?

 Ce qu’il faut, c’est que nous ne forgions non pas le programme des Socialistes, celui des Libéraux et celui des conservateurs, mais une coalition progressiste pour l’emploi et la croissance.

L’Europe a toujours été un compromis entre des familles politiques diverses. Ce qu’il faut, c’est que nous ne forgions non pas le programme des Socialistes, celui des Libéraux et celui des conservateurs, mais une coalition progressiste pour l’emploi et la croissance. Pour cela je n’ai pas d’inquiétude, par exemple sur la collaboration que je pourrai avoir en tant que Commissaire européen avec Werner Hoyer. Je le connais bien et depuis longtemps, nous avons été ministre des Affaires européennes ensemble. C’est quelqu’un qui est persuadé que la BEI, tout en gardant sa notation, peut prendre plus de risques pour l’investissement des entreprises. Là encore, il n’y a pas d’opposition artificielle à construire. Ce n’est pas l’Allemagne vertueuse contre les autres pays laxistes. Il y a la nécessité de construire ensemble, de définir ce programme d’investissement de 300 milliards d’euros proposé par Jean-Claude Juncker devant le Parlement européen et de le mettre en œuvre.

Quel message souhaiteriez-vous transmettre aux jeunes pour qu’ils croient en l’Union Européenne ? Comment comptez-vous ré-enchanter le rêve européen pour les jeunes ?

Il n’y a pas de solution nationale. La seule façon de peser pour une nation comme la nôtre c’est l’Europe.

Je leur dirais d’abord que je les comprends. Je comprends qu’ils éprouvent une désillusion dès lors que l’Europe apparaît comme un carcan ou une contrainte. En même temps, je les inviterais à regarder vers le passé, à voir que le retour au nationalisme et au repli sur soi c’est la guerre. Il n’y a pas de solution nationale. La seule façon de peser pour une nation comme la nôtre c’est l’Europe. Il ne faut pas se faire d’illusions par exemple sur les dévaluations, ou des mécanismes de ce type là. L’euro est une monnaie qui assure la stabilité.

Maintenant que nous avons rétabli une stabilité financière, il faut ajouter de la dynamique. Et cette dynamique économique et sociale, elle est pour la jeunesse.

Je leur dirais surtout que la force politique de l’Europe, c’est de donner un aspect collectif à la croissance, à l’investissement, à l’emploi et à la lutte contre le chômage. Il y a, dans la nouvelle Commission, présidée par Jean-Claude Juncker et avec la présence de Commissaires issus de 28 nations, une volonté de faire de cette mandature celle de la croissance et de l’emploi. La mandature précédente était trop ressentie comme la mandature dite de l’austérité, ce qui était logique face à une crise financière d’une brutalité inouïe. Maintenant que nous avons rétabli une stabilité financière, il faut ajouter de la dynamique. Et cette dynamique économique et sociale, elle est pour la jeunesse.

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