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[Portrait] Forgeron malgré lui

[Portrait] Forgeron malgré lui

Devenu forgeron un peu par hasard, François Sabatou revient sur les étapes qui l’ont amené vers cette profession difficile, qu’il a appris à aimer, petit à petit.

François Sabatou, 49 ans, prévient dès les premiers contacts  : « Moi, je suis pas un bavard ». Le discours, marqué par un fort accent landais, est d’abord hésitant, les mots peinent à venir. « Bon, je vais vous raconter ça alors… ». Il s’arrête régulièrement, demande : « Je continue, là ? ». Et pourtant, il faut continuer, il faut qu’il raconte sa profession. Son métier, c’est le travail du métal, pour le transformer, selon les commandes des clients, en portes, escaliers, balcons, portails… Son entreprise, à Hagetmau (Landes), compte deux salariés.

Le récit gagne en fluidité au fur et à mesure qu’il raconte les difficultés qu’il a rencontrées au cours de son parcours, puis en tant qu’artisan. Le plus compliqué, ce fut de devenir chef d’entreprise. « Se mettre dans la peau d’un autre, avoir un nouveau statut, ce fut très dur pour moi, ça m’a demandé beaucoup d’énergie. On n’est plus le même homme ! ». Il faut dire qu’il a beaucoup hésité avant de racheter, à 29 ans, cette entreprise qu’un forgeron partant à la retraite voulait vendre, malgré les encouragements de ses proches. Le regard habituellement franc se fait fuyant : « J’avais peur, je ne savais pas si j’en étais capable. J’étais pas sûr de moi. Je me souvenais des mes échecs scolaires tout ça… ».

Le parcours scolaire de M. Sabatou a été plutôt chaotique. Lorsque le sujet est abordé, le forgeron commence par rire, un peu gêné. Dans sa famille d’agriculteurs, c’est l’aîné de la fratrie de quatre garçons qui a repris la propriété agricole. Les trois autres, dont François, sont amenés à chercher une autre profession. Bon élève jusqu’au primaire, il décroche au collège et se souvient du moment difficile du choix de l’orientation en troisième : « Je m’en rappelle encore. J’ai fait trois vœux, tous refusés ». Il est finalement pris en BEP/CAP Ouvrage métallique au lycée professionnel de Peyrehorade (Landes), alors même qu’il n’en a pas fait la demande : « J’ai pas eu de place ailleurs, alors on m’a casé là ». Il y découvre sans plaisir le dessin industriel et d’art, le travail en atelier, la mécanique des matériaux. Il obtient « sans rien faire » son diplôme, et ses parents le poussent à continuer ses études. Il échoue à l’examen de Brevet de technicien (BT). Les sourcils froncés, il revient sur ces souvenirs douloureux : « J’ai connu beaucoup d’échecs. J’ai connu l’échec de ne pas choisir mon métier, mon orientation, puis celui de louper un examen. Je n’en veux à personne. Je ne sais pas comment l’expliquer, c’était comme ça. C’est difficile, l’échec. ». Pourtant, il va progressivement apprendre à aimer ce métier qu’il n’a pas choisi.

Apprendre à aimer un métier.

Après son service militaire, il passe par plusieurs entreprises. Poussé par son frère, il découvre comment il peut prendre plaisir dans ce travail. Dans la première société, à Pau (Pyrénées-Atlantiques), où il travaille les charpentes métalliques apparentes, il rencontre l’aspect « artistique » du travail de l’acier. Le terme n’est pas de lui, il le cherche, mais c’est finalement sa fille,Valentine, 18 ans, qui le dit. Le jeune François apprend aussi à être fier de son ouvrage : « J’ai commencé à ouvrir les yeux. Je voyais le résultat de mon travail, j’étais admiratif. », explique-t-il en souriant timidement. Il se souvient notamment d’un chef d’équipe, « qui était doué, qui arrivait à voir la pièce finie en observant l’acier ». Il travaille ensuite comme aide dans une entreprise de serrurerie, ferronnerie et métallurgie. Pendant huit ans, son ambition grandit : « Je ne voulais plus être en bas de l’échelle, réaliser les petites tâches. Je voulais être chef, et gagner plus d’argent qu’en restant salarié. ». Alors il s’investit, observe, écoute et apprend ; gagne en autonomie au sein d’une succursale de la firme, à Dax (Landes).

Il passe encore un an à travailler pour un artisan, à Saint-Sever (Landes), puis devient chef d’entreprise. Après 20 ans donnés à son atelier, il peut dresser un bilan de la profession de forgeron : « C’est un métier physique. Il faut souder, forger, lever des marteaux… Le travail est manuel, et c’est quelque chose auquel je tiens ». C’est pour ça qu’il ne voyait aucune de ses filles, Camille, 21 ans, ou Valentine, reprendre l’entreprise. Il envisage plutôt de passer du statut d’entreprise individuelle à société, pour qu’au moment de sa retraite, ses deux salariés prennent la suite.

Malgré tout, il aime son métier. « La vie n’est pas toujours rose » ajoute-t-il quand même. Il déteste les tâches administratives, ce qui fait rire ses enfants. Il regrette qu’il faille souvent s’inquiéter du niveau des finances : « Ce n’est jamais gagné. Il faut toujours prouver qu’on a sa place sur le marché du travail. Il faut toujours se battre ». Mais il « aime le contact avec le client, essayer de devenir ce qu’il veut. » Il apprécie aussi de pouvoir toujours se renouveler, de ne jamais faire la même chose. Finalement, il peut affirmer qu’il se sent bien dans son atelier, qu’il prend du plaisir. Et quand on lui demande s’il conseillerait cette profession à d’autres, il répond : « Oui, mais qu’il ne vienne pas autour de chez moi, ça me ferait de la concurrence ! ».

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