Salut ! Salut !

PRINCE : L’IMPENSABLE ADIEU

Culture / Récents / 22 avril 2016

La nouvelle, tombée comme un couperet, a ramené sur les écrans mélomanes des images bien trop connues. Celles de milliers de fans sortant, à la nuit, dans les rues du monde pour pleurer et chanter leur idole perdue. Prince, décédé hier au sein même de ses studios d’enregistrement de Paisley Park, s’ajoute en effet à une longue liste d’idoles disparues les années passées, et au cours d’un début 2016 particulièrement meurtrier.

Son départ semble pourtant plus brutal que celui d’un Bowie ou d’un Lemmy. Le chanteur de 57 ans, qui venait d’entamer une tournée intimiste en tête à tête avec un piano, son répertoire et son public, était bien loin de l’image usée de chanteurs marqués par l’âge ou les excès. Un caractère soudain et prématuré qui se reflète dans les réactions choquées et abasourdies exprimées à travers le monde.

PURPLE TEARS POUR HOMME MULTIPLE

Sur la planète endeuillée de la musique, une pluie d’hommages s’est abattue depuis l’annonce du décès du Prince. Une pluie violette et au goût bien amer.

Et une question terrible pour tous ceux qui, depuis hier, tentent de mettre des mots sur l’héritage du prodige : par quel pan attaquer une personnalité si colossale et si riche ?

Une difficulté qui rapproche l’enfant de Minneapolis du regretté Bowie, tant les deux hommes partagent cette mystérieuse multiplicité, nous invitant à découvrir le monde façonné par leurs mille personnalités.

Maître pour les uns, frère pour les autres, génie surdoué resté humain pour tous. « Un esprit libre qui ne s’excuse pas d’exister », comme le décrit une fan, plantant devant les caméras de Canal + son regard bleu pétillant d’émotion. Prince était tout cela, et bien plus encore.

On se souvient de la croustillante anecdote d’Eric Clapton, à qui un curieux avait demandé quel sentiment pouvait-bien éprouver le meilleur guitariste vivant. La réponse de « Dieu » avait été directe : « Je n’en sais rien. Demandez à Prince ».

Qu’il soit ou non le plus grand, Prince possédait un son et une vélocité reconnaissables entre mille. Une patte qu’il reportait même en dehors de son instrument fétiche.

Les lancinants gémissements de Purple Rain, la déferlante funk de Kiss, la folie rock de Let’s Get Crazy ou l’intro jazz fusion de Condition of the Heart, ne sont que trop peu d’exemples de ce qui faisait la particularité de l’esthète. Un son ciselé, une musique incroyablement visuelle faisant défiler dans nos esprits les images de rues laissées désertes et propices à l’errance ; les mille couleurs d’un rayonnant kaléidoscope.

Sa voix, tantôt forte et rocailleuse, tantôt fragile par son falsetto constamment sur la brèche, laisse aussi l’auditeur à la mince frontière séparant la mélancolie de l’espoir.

L’espoir qu’incarnait aussi l’homme Prince, lorsqu’il affirmait son indépendance et sa ferme détermination à ne jamais se soumettre à l’ordre établi.  L’ordre grinçant de l’Amérique de Reagan, lorsqu’il fût, deux soirs de suite, chassé par le public des Rolling Stones dont il faisait la première partie en défendant son provocateur Dirty Mind.  L’ordre des majors avides aussi, lorsqu’il claqua la porte de la Warner, préférant sa musique à un système tout-puissant, obsédé par le profit et dépossédé de ses rêves artistiques.

Prince à Londres, 1981. A.SCILLAG/REX/SIPA

Prince à Londres, 1981. A.SCILLAG/REX/SIPA

Et à l’heure où nombre de citoyens américains ouvrent leurs bras à un candidat bien peu en adéquation avec la libération intime dont Prince était défenseur ; à l’heure où une musique, réduite au statut de produit de consommation, crée des stars éphémères effleurant leur rêve le temps d’un été, c’est bien une page entière qui semble se tourner.

OÙ EST PASSÉE L’ÉTERNITÉ ?

 Comme pour le départ de Michael Jackson, Amy Winehouse ou plus récemment Whitney Houston, la mort d’un artiste dans la fleur de l’âge vient faucher en nous des rêves d’éternelle jeunesse.

Ceux-là sont partis sans laisser de requiem. Les versions instrumentales des morceaux d’Amy laissent le même sentiment de vide que la salle de bal d’un palais déserté. Depuis hier, c’est le répertoire de Prince qui procure cette même sensation, étrange et douloureuse comme une symphonie inachevée.

Notre réaction face à ces morts subites sont le révélateur de notre rapport aux artistes et aux célébrités. Nous ne pleurons pas seulement, en elles, notre jeunesse. Nous y voyons aussi le signe de notre mortalité.

A l’ère de l’hyper-médiatisation de l’image, du corps et de la personne du musicien, les projecteurs nous font croire qu’il est immortel. L’éternelle jeunesse que portait Prince, sur son visage et dans sa voix, semblait abolir le poids des années sur lui et ceux qui s’identifiaient à lui.

Flaubert, pourtant, nous avait prévenu : « Il ne faut pas toucher aux idoles. La dorure en reste aux mains ». Prince, véritable Dorian Gray de la musique, est parti. Il laisse ceux qui l’aiment seuls, face au temps.


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Julien Coquelle-Roëhm




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