Salut ! Salut !

(Re)découvre: Vol au-dessus d’un nid de coucou (1975)

Culture / 11 janvier 2015
Les talents de Nicholson convainquent le tout-Hollywood : le film fait une véritable razzia aux oscars, empochant les 5 statuettes majeures.

Les talents de Nicholson convainquent le tout-Hollywood : le film fait une véritable razzia aux oscars, empochant les 5 statuettes majeures.

Pour échapper à un passé dont on ne sait que peu de choses mais que l’on imagine peu recommandable, Randle Patrick McMurphy se fait passer pour fou et rejoint un hôpital psychiatrique plutôt que de croupir en prison. Tel est le pitch de Vol au-dessus d’un Nid de Coucou, le film de Milos Forman sorti en 1975. Un huis clos cocasse, peut-être même drôle, se dit celui qui ne connait rien de l’œuvre. A vrai dire, il n’a pas tord. En effet, nombreuses sont les scènes où vous verrez McMurphy et ses ouailles vous arracher un sourire, voire même vous faire franchement rire. Mais si Vol-au dessus d’un Nid de Coucou est encore aujourd’hui considéré comme une œuvre majeure de l’Histoire du cinéma, c’est parce qu’il allie à ce potentiel comique certain mais finalement très accessoire une force dramatique comme on n’en perçoit que trop rarement dans les salles obscures.

Tout oppose McMurphy et l’Institution qui l’accueille. Rebelle et plein de vie, le voilà qui se heurte à un pensionnat que l’on découvre rigide à en devenir abêtissant, incarné par la grinçante infirmière Ratched (Louise Fletcher). Là réside tout l’intérêt du film : montrer comment la vivacité d’un homme peut en éveiller d’autres, et à quel point voir le monde est la plus simple des thérapies pour celui qui a du mal à s’y adapter. Jack Nicholson, qui trouve en ce rôle d’interné atypique l’un des personnages les plus marquants de sa carrière, est en fait l’électron libre dont avait besoin tous les patients de cet hôpital un peu particulier. Chacune des séquences qui composent cette plaidoirie de deux heures contre les pratiques hospitalières des années 1970 sont construites sur un même modèle révélateur. Les scènes s’ouvrent sur le calme et la tempérance qu’induisent la discipline de Miss Ratched ou la musique classique, omniprésente à en empêcher la création de réels liens sociaux entre les pensionnaires. Très vite et sous l’impulsion de McMurphy, l’action se mue en un capharnaüm systématique, abondé par les cris et les rires de tous les patients.

A vrai dire, semble nous montrer Forman, c’est de ça dont tous les gentils « coucous » du centre ont besoin. Rire, plutôt que de pleurer avec les semblants de psychanalyse de groupe imposées pour leurs thérapies. Tricher aux cartes, plutôt que de gober sans réfléchir la pilule du matin et le relaxant du soir. Vivre, plutôt que de se laisser mourir sous le regard froid d’une Miss Ratched persuadée d’accorder aux fous qu’elle encadre le meilleur traitement qui soit. Jack Nicholson, exceptionnel, remplit ici à la perfection sa tâche : dynamiter de son jeu exubérant le statisme malsain de l’institut psychiatrique.

« Non, je n’ai pas honte ». Alors que l’infirmière froide et imperturbable tente de faire culpabiliser le jeune bègue Billy quant à la morne nuit d’hiver que McMurphy avait transformé pour ses compagnons en exutoire vivifiant, voilà ce que le malade lui répond, d’une traite, sans butter sur aucune syllabe comme à l’habitude. En une réplique voilà le film résumé, et la métaphore du changement bénéfique faite palpable. Sans vouloir gâcher ce qui pourrait l’être, la suite et fin du film sont magistrales et montrent toute la perversion du corps médical, incapable de prendre la juste mesure des progrès de ceux qu’il croit soigner.

La capacité de perspective et le goût du risque naissent à nouveau chez les internés, à mesure que leur nouveau leader McMurphy prend de l’importance.

La capacité de perspective et le goût du risque naissent à nouveau chez les internés, à mesure que leur nouveau leader McMurphy prend de l’importance.

Le survol par la caméra de Forman du beau nid de coucous que forment Martini, Taber, Frederickson et tous les autres attendrissants timbrés de l’hôpital psychiatrique est une expérience riche en turbulences, au-dessus de laquelle Nicholson plane de toute sa grâce. Alors que la France se met à craindre de plus belle les fous qui l’habitent, revoir une telle prestation donne à réfléchir quant au regard qu’elle leur accorde. « Merci », comme dirait Chief.


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Bastien Desclaux
Joyeux rédacteur en chef de ce beau monde libre, jeune et conscient.




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