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Rémi Fraisse ou l’instrument politique

Rémi Fraisse ou l’instrument politique

La « tache indélébile sur l’action du gouvernement », dénoncée par Cécile Duflot au sujet de la mort de Rémi Fraisse, est en train de s’étendre progressivement, atteint Toulouse, ou Nantes, où 5 blessés au moins sont à déplorer. Rien n’est fait pour qu’elle disparaisse, ou plutôt tout semble fait pour que, sur le tissu social français, elle s’imprègne un peu plus.

Le premier constat à réaliser est celui de la récupération politique que le fait objectivement tragique de la mort d’un homme  a subi. Rémi Fraisse, militant de 21 ans, meurt dans la nuit du 25 au 26 octobre lors d’une manifestation pour protester contre le barrage de Sivens. Le 28, Cécile Duflot, députée EELV, tient des propos appuyés, n’hésitant pas à parler de « drame absolu ». Pourtant, ce n’est pas la mort de Rémi Fraisse qu’elle déplore en premier lieu mais le « scandale » que représente selon elle l’action des forces de l’ordre et le silence politique ayant suivi la mort du jeune homme. Un autre écologiste, Noël Mamère, explique quant à lui qu’il s’agit d’une « affaire d’Etat », et conclut son propos en expliquant que la décision à tirer de cette « affaire d’Etat » est l’oubli du projet de construction du barrage : « On ne peut pas construire un barrage sur un cadavre ». Jean-Luc Mélenchon ne tarde pas non plus à s’exprimer sur le sujet, allant jusqu’à réclamer la démission du Ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve.

À ces différentes déclarations répondent des accusations, contre la confusion de priorités et la récupération politique. Bernard Cazeneuve répond aux attaques qui le touchent personnellement en dénonçant le caractère choquant des propos en question, car il traduisent l’instrumentalisation politique d’un fait faisant état de la mort d’un homme. Même l’opposition penche du côté de la majorité. En effet, une grande partie de la droite de l’Assemblée applaudit les propos de Bernard Cazeneuve, après qu’il s’est prononcé sur le sujet.  Philippe Gosselin, député UMP de la Manche, dénonce « un jeu un peu excessif, un trait grossi de la part des écologistes qui (…) cherchent un peu le profit politique ».   François Hollande s’exprime également, sans dénoncer qui que ce soit ni prendre parti, simplement en expliquant ne pas vouloir « qu’on se déchire sur un drame humain ». Eric Zemmour accuse également l’utilisation de la mort de Rémi Fraisse pour le compte des écologistes, et parle de « récupération politicienne de haut vol ». Il explique que la gauche aurait fait de même si la droite avait été au pouvoir, et vice-versa. Autrement dit, les écologistes sont à la base du durcissement du climat, donc de ce qui s’est déroulé dans la nuit du 25 au 26 octobre. On peut donc noter qu’accusant la droite, la gauche et les écologistes, il est légitime de se questionner sur la légitimé d’Eric Zemmour à dénoncer une récupération politique.

En dépit de conclusions hâtives provenant de tous côtés, aucune conclusion n’a en réalité été tirée sur les conditions de la mort du jeune militant. Pour autant, certains éléments ne sont plus à prouver, et c’est ce qu’explique le directeur général de gendarmerie Denis Favier, sur BFM TV, le 29 octobre.

Selon lui, les membres de l’escadron, dont faisait partie celui qui a lancé la grenade ayant tué Rémi Fraisse, subissaient depuis quelques jours la radicalisation, la progressive montée en violence des manifestants.Les conditions de sécurité étaient normales dans l’après-midi, et ce fut dans la soirée que la situation dégénéra, en raison de l’arrivée de manifestants qui cherchaient explicitement l’affrontement avec les forces de l’ordre. Les gendarmes sont alors en position statique, et font l’objet d’agressions caractérisées, par des gens casqués, cagoulés, porteurs pour certains de boucliers de fortune. La logique alors suivie par les gendarmes est celle de la riposte graduelle, ce qui se traduit par l’utilisation de grenades lacrymogènes. Mais cela ne suffit pas, et au fur et à mesure, la pression est telle que la nécessité apparaît de lancer des grenades offensives. Les grenades offensives, explique Denis Favier, ne sont pas destinées à blesser mais à provoquer un bruit assez assourdissant pour dissuader les opposants. Lorsque les gendarmes voient un corps tomber suite au lancement de la grenade, ils vont chercher le corps pour lui prodiguer les éventuels soins nécessaires, continuant  de subir les violents assauts des manifestants.
Lorsque la question du retard de l’information suite au drame lui est posée, il répond que les forces de l’ordre et le gouvernement avaient pour volonté de ne pas conclure hâtivement, la nuit, la fumée et la situation chaotique ne permettant pas d’avoir le recul nécessaire pour cela.
Il déclare, après son récit : « Nous sommes vraiment en recherche de vérité, nous sommes dans une démarche de sincérité. L’enquête qui est conduite permettra d’y voir clair. Je soutiens mes hommes, j’assure ma part de responsabilité, chacun de mes hommes assure sa part de responsabilité ».

Mathieu Burnel, membre du « Groupe de Tarnac » interrogé par Frédéric Taddeï dans l’émission Ce soir ou jamais, dénonce ce laps de temps énorme entre la mort de Rémi Fraisse et la première dépêche de l’AFP. Selon lui, si la responsabilité des gendarmes s’est intégrée dans l’affaire aussi tard, ceci est le fruit d’une stratégie du gouvernement pour « dissocier ce fait de la réaction populaire que, très logiquement, il devrait faire naître ».
Les témoignages des proches de la victime vont dans le même sens, car Rémi Fraisse, originaire de Toulouse, étudiant en environnement, n’aurait pas le profil d’un casseur et ne ferait pas partie, contrairement aux dires de Denis Favier, du groupe qui a cherché l’affrontement avec les forces de l’ordre.
D’autre part, certains témoins expliquent que, durant les jours ayant précédé la mort de Rémi Fraisse, la violence des des policiers et gendarmes aurait cru, passant d’une logique de défense à une logique d’attaque.

De part et d’autres, de nombreuses conclusions sont tirées. Bernard Cazeneuve, sûrement dans la volonté d’un compromis, indique le 28 octobre à l’Assemblée Nationale qu’il souhaite que toute la lumière soit faite, et veut la transparence vis-à-vis de la famille. Ainsi, il engage l’inspection générale de la police nationale et de la gendarmerie. Sans attendre les résultats de cette enquête, il suspend le même jour l’utilisation des grenades offensives.
Ces derniers jours, de nombreuses manifestation en mémoire de Rémi Fraisse ont eu lieu, à l’origine pacifiques mais finalement  violentes, opposant certains manifestants munis de bouteilles et de fumigènes à des gendarmes et policiers équipés de grenades lacrymogènes.  La maire PS de Nantes, Johanna Rolland, accuse les manifestants d’être « venus pour casser, venus pour affronter les forces de l’ordre ». Les même scénarios se déroulent à Toulouse, à Dijon, ou à Lille, où le local du PS a été pris pour cible.

Alors que les blessés s’accumulent et que la tension monte, la transformation de ce drame en affaire politique se poursuit. Les personnalités politiques qui instrumentalisent cet événement estiment inutile de se soucier de la véracité de leurs propos, ou du moins d’attendre la sûreté de leurs fondements, et semblent ne pas se rendre compte que la puissante politisation de ce drame exacerbe les tensions, provoquant de nouveaux ravages, dans les rues comme dans les esprits. La tache s’agrandit, et ceux qui la perçoivent oublient sa provenance.

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