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Rencontre avec le tailleur Julien Scavini

A seulement 28 ans, Julien Scavini est un tailleur parisien reconnu, spécialisé dans la mode pour hommes. Fidèle défenseur d’un certain savoir-vivre vestimentaire, il partage ses passions, notamment celle de l’histoire de la mode, à travers un blog et une chronique dans le Figaro Magazine

Rencontre avec ce jeune tailleur originaire de la Côte Basque, entre tradition et élégance, entre boutons de manchette et nœud papillon.

Après des études d’architecture, pourquoi êtes-vous devenu tailleur ? 

J’ai eu mon diplôme d’architecte en 2008, au début de la crise. Il n’y avait donc pas beaucoup d’opportunités dans ce milieu, d’autant plus que je n’aime pas l’architecture contemporaine qui manque de charme. Elle peut être très intéressante, comme celle de Frank Gehry, mais il faut être un génie. Or je n’en étais pas un.

J’ai grandi au Pays Basque, où tous les jeunes s’habillent avec un style surfeur. C’est en arrivant à Paris pour mes études que j’ai commencé à porter des vêtements plus urbains. La rigueur et les codes du savoir-vivre vestimentaire m’ont tout de suite attiré, comprendre pourquoi il y a des costumes à 100€ et d’autres à 3000€, savoir où est l’achat raisonné, durable, de bon goût.

Comment devient-t-on tailleur ? 

Pour ma part, j’ai suivi une formation d’un an à l’école « l’Association de Formation Tailleur » du maître-tailleur André Guilson. C’était la crise alors je me suis lancé dans quelque chose qui me plaisait et qui m’a permis de m’installer assez vite comme commerçant, contrairement à l’architecture. Je fais aujourd’hui de la demi-mesure et collabore avec des ateliers en Europe qui réalisent mes travaux.

Pour devenir un tailleur à l’ancienne, qui fait tout dans sa boutique -il n’en existe plus que quelques-uns à Paris- il faut une quinzaine d’années d’étude et de travail en compagnonnage dans un atelier.

Je déplore tout de même l’existence de boutiques tenues par des jeunes qui sortent d’école de commerce et qui montent une affaire avec des ateliers chinois. Leurs travaux n’ont rien à voir avec notre profession.

Vous avez aujourd’hui votre propre boutique à Paris. Quelle est votre clientèle ?

Elle est découpée en quatre quarts : tout d’abord des messieurs de plus de 60 ans, ayant toujours eu l’habitude d’aller chez un tailleur pour leur costume. Un second quart de quarantenaires d’un milieu aisé, souvent avocats d’affaires, médecins, banquiers ou traders. J’attire votre attention sur le contrôle social s’effectuant au sein de ces professions où l’on se fait tout de suite remarquer si l’on commet des fautes de goût impardonnables. Il y a ensuite des jeunes qui viennent soit pour une tenue de mariage, soit pour la qualité de costume qu’un tailleur leur procure, souvent au moment de l’entrée dans le monde professionnel.

« J’ai de plus en plus de nouveaux clients »

La moitié de votre clientèle a donc une trentaine d’années… 

Oui, ces messieurs sont attachés à une certaine qualité de tenue pour leur mariage, qui nécessite beaucoup de travail car ils découvrent pour la plupart les règles d’un costume à ce moment-là. Les trentenaires recherchent souvent des costumes demi-mesure à environ 900€.

Avez-vous une clientèle d’habitués ou voyez-vous beaucoup de nouveaux clients pousser pour la première fois les portes d’un tailleur ? 

J’ai de plus en plus de nouveaux clients et également un très bon taux de retour. Une fois le patron fait, les clients reviennent car ils sont contents du résultat final. A l’exception de la clientèle de mariage qui ne vient en général qu’une fois chez un tailleur.

Votre profession ne connaît donc pas la crise…

Non pas du tout, en tout cas pour les tailleurs qui sont bons ! (rires) J’ai doublé mon chiffre d’affaire l’année dernière. Mon activité se porte donc bien, comme le secteur du luxe en général.

Combien de temps faut-il compter entre les premières prises de mesure et la livraison finale du costume ? 

Il se passe environ six semaines. Un mois de fabrication dans l’atelier et une dizaine de jours pour l’essayage et les retouches finales.

Vous tenez un blog sur la mode, une chronique dans le Figaro Magazine, vous avez aussi fait partie du jury de « Cousu main » sur M6. Vous êtes un passionné de l’histoire des tenues vestimentaires et du savoir-vivre… 

J’ai beaucoup écrit sur le savoir-vivre, puis depuis quelques temps, je me tourne davantage vers l’histoire de la mode. Elle m’intéresse car je regarde mes contemporains, qui portent de moins en moins de costumes. J’essaye donc d’analyser les styles vestimentaires en fonction du contexte économique et social et de savoir comment s’habilleront les hommes dans l’avenir.

Et alors, quel est votre pronostic ? 

C’est très dur à dire, mais je constate l’explosion des mailles, plus faciles à porter. La veste est très belle mais beaucoup d’inconvénients expliquent qu’elle soit moins portée. Elle est dure à vendre puisqu’il faut des vendeurs ayant une culture -que la plupart n’ont plus-, et des retoucheurs qualifiés, pas faciles à trouver. Elle est aussi compliquée à fabriquer du fait de sa complexité, et enfin son entretien. Il faut l’emmener au pressing car elle ne passe pas à la machine.

« Je crois que la plus grande des élégances est de ne pas faire remarquer aux autres qu’ils n’en ont pas »

On vous décrit parfois comme « un homme chic des années 30 ». La société actuelle n’a plus le goût et le savoir-vivre vestimentaire d’autrefois ? 

Je ne le ressens pas du tout car je fréquente des gens qui ont du savoir-vivre. Je fais plusieurs dîners par semaine avec de l’argenterie ou de la porcelaine. Il appartient à chacun de fréquenter un milieu social où persiste le savoir-vivre. Chaque personne est libre de choisir le milieu dans lequel elle veut évoluer. Il appartient à chacun de vouloir vivre en beauté.

Comment est-ce qu’un passionné comme vous, qui reconnait ne jamais porter de jean, réagit-il en voyant dans la rue des jeunes avec des jeans troués, un style gothique ou un pantalon taille basse ? 

Je crois que la plus grande des élégances est de ne pas faire remarquer aux autres qu’ils n’en ont pas. Je n’ai pas de jugement à porter et je ne dis à personne que c’est un plouc. Je conseillerais juste aux hommes qui portent un pantalon taille basse d’essayer un jour une taille haute, ils verront que c’est beaucoup plus confortable. Concernant les jeans troués, il faut croire que les européens sont trop riches pour vouloir porter des vêtements troués. De même pour les personnes qui jettent des chaussures tous les six mois alors qu’une chaussure en cuir peut durer quinze ans ! On doit être trop riche…

Quelle est la faute de goût qui vous agace le plus ? 

Peut-être les gens qui portent une ceinture noire et des chaussures marrons ! Ce désaccord des couleurs est très agaçant et très laid.

La personnalité française la plus chic ? 

Vous me posez une colle ! Je dirais Edouard Balladur. François Fillon et Laurent Fabius ont aussi un certain goût.

Boutique Scavini Tailleur : 50 Boulevard de la Tour-Maubourg, 75007 Paris

Blog de Julien Scavini : http://stiff-collar.com

Auteur de Mode men : une histoire de bon goût

Credits photo : Marie Amelie TONDU/M6

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