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Révolte étudiante: pourquoi ?

À l’instant où je commence l’écriture de cet article, les étudiants de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris (communément appelé Science Po) se mobilisent pour bloquer et occuper un des locaux de cet établissement public situé au 27 rue Saint-Guillaume dans le 7ème arrondissement de la capitale. C’est donc un établissement de plus qui allonge la liste des nombreuses facultés bloquées et/ou occupées de France. En effet, Paris 1, Paris 3, Paris 4, Paris 8 mais encore les facs de Montpellier, Toulouse, Nantes, Dijon, Rennes ou Nanterre -fac emblématique de Mai 68- sont bloquées et occupées. La contestation étudiante touche désormais près de 75% des facs de France, avec des comités de mobilisation en leur sein, dont près des 3/4 sont occupées.

Mais que contestent les étudiant.e.s ?

L’université emblématique de Mai 68 à Nanterre bloquée ce lundi 16 avril suite à un vote en AG (Nicolas MESSYASZ/SIPA)

La cause principale de cette contestation? La loi ORE (Orientation et Réussite des Étudiants) appelée aussi « Loi Vidal » du nom de la ministre de l’enseignement supérieur qui l’a établie, Frédérique Vidal. Cette loi réforme l’accès à l’université en mettant en place une sélection, mettant fin au système du tirage au sort jusque-là utilisé pour départager les étudiant.e.s lorsqu’ils/elles postulent dans une filière ou une université où le nombre de places offertes est réduit. C’est ce que confirme l’article 2 du projet de loi qui « étend l’accès prioritaire des meilleurs bacheliers, par séries et spécialités, à l’ensemble des formations de l’enseignement supérieur public, y compris dans les formations dites sélectives, sans pour autant fermer l’accès des formations concernées aux autres bacheliers« . Ce qui signifie donc que les bachelier.e.s demandant à aller dans ces filières, dîtes « en tension », se verront trié.e.s.

C’est le rôle de « ParcourSup » qui remplace l’ancienne plateforme « APB ». Ce dispositif mis en place cette année permet aux lycéen.e.s de saisir leurs voeux en ligne, mais une nouveauté fait polémique. En effet, il est demandé de rentrer les dossiers scolaires de chaque élève ainsi que des lettres de motivation pour chaque voeu demandé. Ce sont ces informations qui vont permettre la sélection. De plus, d’autres faits sont dénoncés. Tout d’abord, les personnes en situation de handicap ne peuvent plus indiquer qu’ils/elles le sont ni justifier de quoi ils/elles sont atteint.e.s. Ce choix a été fait pour une soi-disant égalité entre les élèves. Ensuite, le caractère dissuasif de ParcourSup fait rage: dès la saisie des voeux, la plateforme affiche un bandeau rouge lorsque l’élève choisit un établissement hors secteur.

Cette forme de sélection non seulement est discriminatoire: un.e étudiant.e d’un lycée de banlieue parisienne n’aura pas la même chance qu’un.e étudiant.e d’un lycée bourgeois mais viole aussi le principe d’égalité. En effet, l’université est censée être un établissement public et gratuit, qui se doit d’accueillir tout le monde et d’offrir la même éducation et le même savoir à tous et à toutes.

Des lycéens et étudiants descendent dans la rue à Lille pour protester contre la Loi ORE et la réforme du bac (Emmanuel QUINART)

Mais quelles alternatives sont proposées à ceux ou celles qui sont refusé.e.s ?

Une personne qui se fera refuser l’accès à une filière, sera orientée par le recteur de l’académie, soit vers une formation de remise à niveau, soit vers une autre filière comme le précise l’Article 1er de la loi ORE « L’autorité académique propose aux candidats auxquels aucune proposition d’admission n’a été faite dans le cadre de la procédure nationale de pré-inscription une inscription dans une formation, dans la limite des capacités d’accueil prévues au II, en tenant compte, d’une part, des caractéristiques de cette formation et, d’autre part, du projet de formation des candidats, des acquis de leur formation antérieure et de leurs compétences. » Pour illustrer cette solution: jusqu’à cette année, une personne ayant eu un bac littéraire pouvait postuler et étudier dans une branche de psychologie. Or, avec la mise en place de cette loi, cette personne, n’ayant pas les compétences scientifiques requises, se verra réorientée vers une autre filière qui, elle, est en accord avec les compétences acquises au lycée. Il y a donc ici, une violation de la volonté d’apprendre et d’acquérir du savoir de la part de l’étudiant.e comme le dénonce les grévistes. Hormis le système de sélection, ces dernier.e.s protestent également contre la disparition du système de compensation des notes qui permet de valider une UE (Unités d’Enseignement) où l’étudiant.e n’a pas la moyenne, de la réforme du bac et de la hausse prévisible des frais universitaires. Ce dernier point est actuellement testé par l’université de Nice (anciennement présidée par Vidal) où 3 masters sont passés à 4 000€ l’année.

Toutes ces mesures proposées par cette réforme, sont accusées de vouloir exclure les étudiant.e.s fragiles financièrement, ainsi que dissuader les bachelier.e.s de choisir la formation voulue dès la saisie des voeux mais aussi de les trier.

L’occupation des facs est-elle un acte anti-démocratique ou encore un acte décidé et établi par une minorité d’étudiant.e.s d’extrême gauche ?

Tout d’abord, le processus de blocage et d’occupation d’une fac dépend du temps que le comité de mobilisation met à rassembler et mobiliser d’étudiant.e.s. En effet, plusieurs AG (Assemblées Générales) sont organisées pour rassembler, débattre et voter sur les mobilisations à venir. Une fois le blocus et l’occupation décidée, des AG sont reprogrammées pour permettre de voter la reconduction ou non du blocus. Ainsi, les étudiant.e.s pour ou contre le blocus peuvent voter librement et indépendamment.

Mais comme on pourrait le croire, ces étudiant.e.s ne sont pas seul.e.s. En effet, des centaines de professeur.e.s issu.e.s des universités de France les soutiennent en votant des motions. Exemple de Paris 3 Sorbonne-Nouvelle, où des professeur.e.s de l’UFR Arts & Médias ont voté la non-classification des 20 000 candidatures en première année. Ils/elles qualifient cette classification d’acte « humainement et techniquement impossible ». ParcourSup a été mis en place sans moyens supplémentaires, ce qui révèle déjà des failles dans ce nouveau dispositif tant dénoncé. Le blocage d’activités scolaires et administratives peut donc venir d’étudiant.e.s mais aussi des BIATSS (personnel des Bibliothèques, Ingénieurs, personnel Administratifs, Techniques, Sociaux et de Santé) ce qui témoigne de l’étendue de cette protestation à tous les protagonistes de l’éducation.

CRS appelés par le président de l’université de Nanterre suite à une tentative de blocage (AFP)

Cette loi a non seulement créée un mouvement contestataire étudiant mais aussi une division entre les étudiant.e.s de chaque université. Des tensions ont été observées au sein d’AG mais aussi sur les réseaux sociaux, mettant en avant deux camps: les étudiant.e.s qui pensent que le blocage est le seul moyen de pression radical sur le gouvernement et les étudiant.e.s réclamant le droit d’étudier, jugeant que le blocage est un acte anti-démocratique. Ces dernier.e.s sont soutenus par des groupuscules d’extrême droite, appelés « fafs » (mot désignant les militants d’extrême droite français), qui ont procédés à de nombreuses charges violentes envers les occupant.e.s. C’est d’ailleurs à la fac de Montpellier où l’attaque a été le plus médiatisé. De multiples blessé.e.s ont été dénombré.e.s ce qui a entraîné la démission du doyen de la fac, accusé d’avoir ouvert le portail aux attaquant.e.s. Ces violences ne s’arrangent pas avec les raids de CRS, appelés par les président.e.s d’universités tel que Lyon 2 ou Nanterre lors de la première tentative de blocage, pour déloger les bloqueurs et bloqueuses.

Une fac bloquée est-elle fermée?

Banderole accrochée sur des barricades dans les couloirs du site de Tolbiac de l’université Paris 1, le 4 avril 2018 (Christophe SIMON/AFP)

« Une université bloquée ne veut pas dire fermée » peut-on lire sur de nombreuses banderoles étalées sur le parvis des campus occupés. Les occupant.e.s dorment et mangent sur place. Ils/elles font le ménage et assurent la sécurité et la gestion des locaux. Des activités sont aussi programmées tel que des conférences assurées par des profs, mais encore des scènes ouvertes, des ateliers de réflexion…etc. De plus, des salles ou des bibliothèques auto-gérées peuvent être ouvertes pour permettre aux étudiant.e.s de travailler. Les occupant.e.s font tout pour ne pas donner une image d’université bloquée mais plutôt d’université ouverte à tous et à toutes, comme ils/elles le réclament.

En attendant que ce bras de fer entre le gouvernement et les étudiant.e.s prenne fin, ces dernier.e.s ne sont pas prêt.e.s de baisser les bras.

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Jeune passionné de médias, de journalisme, de politique, de musique ou encore d'art, j'écris des articles et me déplace souvent sur le terrain pour faire partager le maximum de savoir et d'informations.

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