Salut ! Salut !

Revue : The Hateful Eight de Quentin Tarantino

Culture / Récents / 9 janvier 2016

Pour son huitième film, quatre ans après la sortie de Django Unchained, Quentin Tarantino revient avec un nouveau western, ancré dans une Amérique encore marquée par les conséquences de la guerre de Sécession. Le chasseur de prime John Ruth escorte sa prisonnière Daisy Domergue jusqu’à la ville où elle doit être pendue. En chemin, ils croisent le Major Marquis Warren, également chasseur de prime puis Chris Mannix, nouveau shérif de Red Rock. Piégés par une tempête de neige, ils font escale dans une auberge au milieu des montagnes, où quatre autres personnages résident déjà : un mexicain, un vieil homme, un bourreau et un cow-boy. La bande-annonce laissait présager un film tarantinesque, à mi-chemin entre un genre déjà exploité dans Django et une mise en scène en quasi huis clos proche de celle de Reservoir Dogs, l’originalité des premières fois en moins. Finalement, bien qu’une grande partie des procédés utilisés par le réalisateur ne soient qu’une répétition de ceux qu’il avait déjà démontrés comme étant propres à son cinéma, le scénario à rebondissements du film place The Hateful Eight au rang non seulement des bons Tarantino, mais des très bons films également.

Le style cinématographique de Quentin Tarantino s’est développé autours de marqueurs quasi incontournables, et The Hateful Eight s’inscrit dans une grande continuité par rapport à ses long-métrages précédents. Ainsi, les choix d’écriture et de réalisation de The Hateful Eight ne se démarquent pas par leur originalité et certaines scènes peuvent laisser un arrière-goût de déjà-vu.

Dans une première partie où les personnages sont sur la route, Tarantino s’amuse avec les codes du western et rend une nouvelle fois un hommage au genre qu’il admire, réunissant chevaux, grande traversée, et plan large sur des paysages magnifiques avec musique appropriée en fond.

A mesure qu’on progresse dans la deuxième partie du film, le réalisateur continue dans la mise en place de ses procédés favoris. Progressivement, les personnages sont pris dans une tempête de neige et se retrouvent en quasi-huis clos dans l’auberge, où la tension est lentement portée à son comble. Ce type de scène où la situation repose sur un équilibre très fragile, susceptible d’imploser à tout moment, est typique du cinéma de Tarantino. Dans le sous-sol nazi de Inglourious Basterds, ou dans le salon de la plantation négrière de Django, on trouvait déjà ces personnages bavards à l’écran et, dans la salle de cinéma, un spectateur dont les mains deviennent moites sous l’effet de la pression. Ici, le procédé est poussé à son paroxysme puisqu’il représente plus de la moitié du film. Au milieu de cette tension, on retrouve les dialogues interminables, la narration d’une anecdote par un personnage sur fond de musique jouée par un autre, et si cette démarche avait l’attrait de l’originalité dans Reservoir Dogs, dans The Hateful Eight, elle laisse ici surtout un arrière-goût de déjà-vu. D’ailleurs, pour porter ses dialogues à l’écran, Tarantino a choisi entre autres Samuel L. Jackson et Tim Roth, qui bien que livrant des performances impeccables paraissent jouer inlassablement le même rôle du personnage à la fois habile, intelligent et dangereux. Au terme de cette deuxième partie, Tarantino a donc mis en place une véritable poudrière, de façon certes habile, mais prévisible, et la première moitié du film accuse de véritables longueurs.

Cependant, vers la moitié du film, une voix-off –celle de Tarantino lui-même- nous invite à revenir quelques pas en arrière dans l’intrigue, et nous dévoile en même temps la subtilité qu’on n’osait plus espérer du scénario. Alors qu’on commençait à peine à s’ennuyer, le réalisateur met littéralement le feu aux poudres, et on regrette déjà d’avoir douté.  Le film ménage d’importants effets de surprise, et alors qu’on pourrait lui reprocher de ne pas nous surprendre en termes de réalisation, ce retournement de situation lui apporte nouvel élan. Dans une scène en quasi-huis clos digne d’une pièce de théâtre, l’un des huit n’est pas celui qu’il dit être.  D’un coup, le piège se referme, la poudrière prend feu, le coup part, les coups partent. Le film n’emprunte pas seulement au western mais également au polar jusqu’à une situation proche de celle d’un roman d’Agatha Christie, et c’est extrêmement réussi. Cette dernière partie apporte finalement la justification aux deux premières un peu longues et excuse la trop  lente mise en place de l’intrigue jusque-là.

Plus généralement, on peut reconnaître une deuxième force au scénario à travers le sujet qu’il traite et le contexte dans lequel il s’inscrit. Tarantino incarne directement dans ses personnages les divisions des Etats-Unis après la guerre de Sécession, et ce point de vue sur le conflit apporte une autre dimension intéressante au film. Après avoir présenté l’Amérique des plantations dans Django, Tarantino présente un pays meurtri et divisé après la Guerre Civile, comme si le film était une suite directe du précédent.

The Hateful Eight s’inscrit en somme dans une extrême continuité dans la filmographie du réalisateur et réunit tous les éléments indispensables du « Tarantino ».  On peut lui reprocher son manque d’originalité et une quasi absence de prise de risque en termes de réalisation.  Pour autant, ce film devrait satisfaire les adeptes du réalisateur, et plus généralement le scénario séduire les amateurs de western, d’hémoglobine et de polars.


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Fanny Devaux




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