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Simone Veil est morte : Histoire nécessaire et luttes éternelles

Politique / Récents / Société / 1 juillet 2017

Simone Veil est morte à l’âge de 89 ans ce vendredi 30 juin 2017. La vie politique et la société française perdent une de ses plus grandes figures. A sa manière et parfois à son insu, l’ancienne ministre incarne la mémoire des trois périodes majeures de l’histoire française du XXème siècle entre Seconde guerre mondiale et génocide juif, émancipation des femmes et construction européenne. Retour sur le destin extraordinaire d’une femme à la vie marquée par la division qui restera comme instigatrice d’un souffle rassembleur à travers ses combats politiques.

Simone Veil portait en elle la mémoire de la Shoah, elle qui a été déportée à l’âge de 16 ans. Littéralement. Contrairement à la majorité des survivants d’Auschwitz, elle a gardé toute sa vie son matricule gravé sur son bras gauche. Avec l’énergie d’une survivante et une recherche de l’exemplarité elle devient notamment présidente puis présidente d’honneur de la Fondation pour la mémoire de la Shoah. S’il a fallu plusieurs décennies à la société française pour accepter d’entendre les témoignages des survivants de l’horreur nazie, déjà à contre-courant, Veil avait dès son retour en France exprimé sa volonté de raconter le système d’extermination ce qui lui a valu de se heurter à plusieurs refus. Au-delà de sa propre expérience et en cohérence avec sa vision humaniste, l’ancienne détenue a veillé à ce que le génocide juif dans son intégralité ne soit pas tu.

Simone Veil devant le mémorial des enfants d'Izieu

Simone Veil devant le mémorial des enfants d’Izieu (AFP)

C’est les mêmes abnégation et énergie qui sont à l’origine des combats personnels et  politiques de Simone Veil. Au sortir de SciencesPo elle convainc d’abord son mari -Antoine Veil- et décide de travailler comme le faisait sa mère disparue pendant la Shoah. Les années 1960 voient la naissance d’une femme de droite au contact des milieux du Mouvement Républicain Populaire (MRP). La vie de Simone Veil après la guerre s’affirme aussi comme un exemple de progrès de la place sociale et professionnelle des femmes. Elle entre ainsi au cabinet du Garde des Sceaux en 1969 et devient en 1970 la première femme secrétaire générale du Conseil supérieur de la magistrature et la première femme à siéger au conseil d’administration de l’ORTF en 1971. Une réussite rare et iconique pour beaucoup de femmes en ces années.

Sa vie prend encore un nouveau tournant en 1974 quand elle obtient son premier poste ministériel au Ministère de la Santé, signe une fois de plus du caractère extraordinaire de sa vie quand l’Assemblée Nationale ne compte alors que 1,8% de députées. Plus encore, c’est son premier combat politique qui a marqué la mémoire collective. Simone Veil a de son plein gré été le symbole et l’image du combat pour l’avortement. Face à la multiplication des avortements clandestins, elle défend l’IVG comme une mesure relevant de la santé publique. Le débat à l’Assemblée Nationale restera pour avoir été empreint d’une grande violence, certains députés de droite et d’extrême droite allant même jusqu’à comparer l’avortement au génocide juif face à celle qui en a été directement victime. Considérant que l’avortement constitue une adaptation nécessaire à l’époque et un droit fondamental des femmes, la néophyte en politique ne fléchit pas et le texte est finalement adopté à l’Assemblée avec l’aide de la gauche et de certains centristes puis au Sénat pour être finalement promulgué le 17 janvier 1975.

Le dernier combat politique de Simone Veil commence en 1979, tout juste élue euro-députée, quand elle devient la présidente du premier Parlement Européen élu au suffrage universel. Comme une revanche sur l’Histoire, une ancienne déportée juive est alors à la tête d’une institution européenne.

Exemple pour beaucoup, icône pour d’autres, Simone Veil a par son courage politique profondément influencé les changements sociaux et sociétaux de l’après-guerre. Victime des divisions pendant la Seconde guerre mondiale, à l’origine de progrès social qui a fracturé la société en deux blocs antonymes pour finalement les réunifier, elle sera honorée aux Invalides mercredi 5 juillet et l’opinion publique réclame déjà son intronisation au Panthéon, une belle illustration de l’image et des avancées qu’elle laisse derrière elle.

Après les insultes et menaces de mort à l’Assemblée Nationale, Simone Veil reçoit aujourd’hui les hommages de la classe politique contemporaine. De l’extrême gauche à l’extrême droite, toutes les personnalités publiques de premier plan se sont exprimées sur les réseaux sociaux ce vendredi. Droite et courageuse dans sa vision humaniste et féministe de son oeuvre, elle restera un modèle pour toute une génération née européenne. Produit, témoin et actrice d’une Histoire qu’elle a parfois subi, Simone Veil laisse derrière elle un héritage rassembleur qui nous oblige.






Baptiste Salaville




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