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S&P maintient la note « AA » pour la France : décryptage

S&P maintient la note « AA » pour la France : décryptage

L’agence de notation Standard & Poor’s a maintenu la note « AA » pour la France, révisant néanmoins sa perspective de « stable » à « négative ». Or, que révèle cette note sur l’état financier de la France ? Dans un monde où la notation financière est devenue de plus en plus complexe avec le temps, quelles sont les causes de la dégradation de la perspective ?

Tout d’abord, il faut préciser que ces notes représentent l’opinion d’une agence de notation sur le risque de crédit relatif d’un Etat. En clair, elles expriment l’opinion sur la capacité d’un émetteur à rembourser intégralement ses dettes aux échéances prévues. Pour S&P, les notes vont de « AAA » pour la meilleure (« aptitude extrêmement forte à remplir ses obligations financières ») à « D » (Défaut de paiement des engagements financiers »). Pour la France, la note « AA » correspond à la deuxième plus haute note. Ainsi, pour l’agence S&P, la France possède « une aptitude très forte à remplir ses obligations financières ».

Ainsi, se poser la question de l’utilité des notes revient à se demander à quoi cela sert-il de connaître le risque de crédit relatif d’un Etat ? En réalité, les Etats et collectivités territoriales ne se financent pas toujours auprès de banques, mais empruntent parfois à des investisseurs, en émettant des titres de dettes (parfois appelés obligations). Ces titres vont être achetés par des investisseurs, qui, en contrepartie de financer la dette de l’Etat ou de la collectivité territoriale, vont recevoir des interêts, en plus du remboursement de l’emprunt initial. Ainsi, pour ces investisseurs, la note représente en quelque sorte un indicateur de la fiabilité de l’émetteur du titre obligataire (l’État ou la collectivité territoriale). Mais là n’est pas la seule utilité de ces notes, loin s’en faut ! Pour les émetteurs eux-mêmes, la note représente leur solvabilité. C’est-à-dire qu’un État aura plus d’oportunités de financement avec une note élevée qu’avec une note basse, car sa dette aura plus de chances de rester solvable, et donc les investisseurs seront plus confiants. Enfin, la notation intervient grandement dans la négociation des taux d’intérêts entre l’émetteur et l’investisseur. En règle générale, plus la note de l’émetteur est élevée, plus le taux d’interêt négocié sera faible (l’inverse étant également vrai). C’est pourquoi Michel Sapin a déclaré hier que la « dette française restait l’une des plus sûres au monde ».

Maintenant, reste à se poser la question des causes du maintien du « AA » mais de la révision de la perspective de « stable » à « négative » pour l’économie française. Si ses impacts sont pour l’instant difficiles à évaluer, on peut nénanmoins identifier plusieurs causes à cette dégradation de la perspective. Premièrement, la confiance est loin de régner en ce qui concerne les chances de reprise de notre économie. Beaucoup craignent une reprise difficile, et ont de moins en moins confiance en la capacité des Finances Publiques à gérer le problème. On aborde ici la question du déficit public, pour lequel Bercy ne prévoit qu’une très légère réduction de 0.1 points en pourcentage du PIB (de 4.4% du PIB à 4.3%) l’année prochaine. De plus, la France prévoit de remplir ses objectifs de réduction du déficit public imposés par Bruxelles seulement en 2017, alors que l’échéance initiale était prévue en 2015, année pour laquelle la France aurait dû atteindre l’objectif d’un déficit public égal à 3% du PIB. Ajoutons à cela la faible inflation qui règne dans la zone Euro, et on obtient les grandes causes du manque de confiance actuel en l’économie française.  En effet, l’inflation est un moyen parmi d’autres de satisfaire les contraintes de solvabilité de la dette d’un Etat, et contribue donc à la relance de la croissance. Or, la croissance n’est rien de plus que la variation durable du PIB d’un État. Par ailleurs, comme le déficit public se calcule en pourcentage du PIB, l’augmentation du PIB réduit le ratio du déficit public : voilà pourquoi la croissance est aujourd’hui indispensable afin de satisfaire nos obligations financières, mais aussi et surtout, afin de retrouver une économie saine et pérenne, en laquelle les acteurs économiques ont confiance pour investir.

Par ailleurs, l’agence Moody’s a maintenu la note Aa1 pour la France, avec une perspective négative, ce qui équivaudrait à une note AA+ de S&P. Une question se pose à présent : quels impacts cette dégradation de la perspective aura-t-elle sur l’économie française ? En effet, si les causes sont clairement identifiables et identifiées, rien n’est moins vrai quant aux conséquences de la note attribuée par S&P à la France.

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Etudiant à Sciences Po Paris, et en Droit à Paris II - Panthéon Assas. J'aime la politique, l'économie, le droit, la philosophie, et tout ce qui peut me permettre de comprendre un peu mieux ce qui se passe dans notre monde qui tourne de moins en moins rond.

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