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Suicide Squad : Les supervilains ne sont pas ceux que l’on pense

Culture / Récents / 4 août 2016

Dire que le film Suicide Squad était attendu serait un euphémisme. Sorti en mars dernier, Batman v Superman avait profondément divisé la critique et les fans : si nous avions apprécié le film de Zack Snyder, beaucoup lui reprochaient son ton très sombre, aux antipodes des productions MarvelSuicide Squad devait être le film qui mettrait tout le monde d’accord et lancerait enfin le DC Extended Universe sur de bonnes bases, en conservant l’esthétique sombre de Snyder mais en y incorporant quelques touches d’humour.

Après des mois de promotion agressive, Suicide Squad est enfin sorti au cinéma. Le film de David Ayer, qui ambitionnait de devenir le Guardians of the Galaxy de DC, a-t-il réussi son pari ? On vous dit tout.


Un film qui peine à trouver son ton

Suicide Squad a eu une genèse compliquée. Dès le départ, le projet était risqué : faire cohabiter le ton sérieux instauré par Zack Snyder dans les deux premiers films de la franchise avec une certaine légèreté n’était pas chose aisée, et le film n’a eu de cesse de virer de l’un à l’autre au cours de ses différentes phases de montage. En témoignent les deux premières bande-annonces du film, très alléchantes au demeurant, mais éloignées l’une de l’autre comme le jour et la nuit : un premier trailer sombre et froid, et un second fun et déluré au rythme de Bohemian Rhapsody.

Force est de constater à la vue du résultat final que le film n’a pas su gérer ce grand écart. Certes, l’esthétique globale est travaillée et parfaitement dans la continuité de Batman v Superman, et les one-liners des personnages font presque toujours mouche, mais les deux ne fonctionnent tout simplement pas ensemble. En découle un film bâtard, traversé de moments de tension dramatique immédiatement désamorcés par un humour omniprésent. Sachant que le film était parti en reshoot à la suite de l’échec (relatif) de BvS afin de lui donner un ton plus fun, il semblerait que les responsables soient ici les producteurs et non le réalisateur, à qui on a impression que le projet échappe.

Un montage chaotique

Cette dualité de tons au sein du film déteint nécessairement sur le montage : Suicide Squad semble avoir été fini à la va-vite, vraisemblablement suite à de nombreux charcutages par la Warner. Centré sur une seule mission, le film se révèle étonnamment vide de par son absence de deuxième acte, et traîne en longueur vers le milieu tandis que le spectateur peine à en saisir les enjeux. Les rares scènes où la vision originelle du réalisateur David Ayer refait surface sont si déconnectées du reste du film qu’elles semblent tomber de nulle part : le Joker riant allongé au milieu d’un cercle de couteaux, ou encore Harley Quinn et ce dernier s’enlaçant dans un bain d’acide tandis que se dilue la teinture de leurs cheveux…  ces quelques plans révèlent une véritable intention artistique de la part du réalisateur, intention à laquelle le montage final ne fait pas honneur.

Des personnages inégaux

Restent les personnages, qui, trop nombreux, sont inégalement exploités. De l’ « escadron suicide » du titre, le film ne se focalise finalement que sur deux des supervillains, Harley Quinn et Deadshot : la première est parfaitement interprétée par une Margot Robbie délicieusement folle mais qui sait calmer son jeu quand il le faut, tandis que le second est incarné par un Will Smith qui fait du Will Smith. Les autres ne sont malheureusement que survolés, et si certains bénéficient d’un arc narratif intéressant (comme El Diablo), beaucoup n’apportent que peu à l’histoire et c’est bien dommage. De plus, ces « méchants » sont au final bien innocents, et aucun n’inspire véritablement la crainte ou le rejet du spectateur, là où Batman et Superman (pourtant les « héros » du film) jouissaient chacun d’une part d’ombre dans L’aube de la justice.

Mais la plus grande déception du film vient du personnage du Joker, dont la présence se trouve réduite à quelques apparitions anecdotiques, que les bandes-annonces nous avaient déjà en grande partie révélées. L’interprétation de Jared Leto était très attendue après celle du regretté Heath Ledger dans The Dark Knight de Christopher Nolan, mais l’acteur (par ailleurs très compétent) peine à convaincre avec le peu de temps d’écran qui lui est alloué.

Quelques points positifs tout de même…

Je tiens cependant à souligner la qualité du production design de manière générale, notamment en ce qui concerne les véritables méchants du film, l’Enchanteresse et son frère, dont les costumes sont particulièrement réussis, de même que les scènes d’action les impliquant. Notons au passage l’irruption de la magie dans l’univers DC, apportant un côté fantastique plutôt bienvenu et assez rafraîchissant : Warner Bros piétine ici les plate-bandes de Doctor Strange (prévu pour novembre), qui devrait faire intervenir pour la première fois les sciences occultes dans le Marvel Cinematic Universe. J’ai également apprécié les liens existant entre le long-métrage et les autres films, avec les apparitions de Batman et de Flash ainsi qu’une scène post-générique : on sent une véritable continuité au sein du DCEU, d’autant plus maintenant que sont prévus au moins deux films par an pour les prochaines années.


Notre critique en bref :

Suicide Squad n’est pas un mauvais film, loin de là : c’est simplement une énorme déception face à l’attente qu’il avait suscité. Le sérieux des thèmes abordés (notamment la responsabilité face à ses actes ou la mort d’un être proche) est désamorcé par un humour qui ne semble pas à sa place dans ce film, dont on sent qu’il a été « marvélisé » pour faire consensus parmi les fans (et au vu des premières critiques, c’est malheureusement raté). La plupart des personnages, le Joker en tête, sont sous-exploités et ces « méchants » nous semblent trop sympathiques pour mériter leur réputation. Et si les véritables supervilains de l’histoire étaient ici… les producteurs ?






Tom Février
Etudiant en double cursus "Sciences et sciences sociales" à Sciences Po Paris et à l'Université Pierre et Marie Curie. Passionné de politique et de nouvelles technologies.




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