Salut ! Salut !

Sur les traces du ITFO : une partition turakienne réussie !

Culture / 5 janvier 2015

Chers lecteurs, préparez-vous (très rapidement), au voyage, direction…
La Turakie ! La Turaquoi ?

La Turakie est un pays sorti de l’imaginaire de Michel Laubu il y a 30 ans. Son nom nous est mystérieusement inconnu car le pays est situé en géométrie verticale, raison pour laquelle il ne figure par sur nos cartes, pensées en géométrie horizontale. Depuis sa naissance, la Turakie s’est peuplée progressivement d’objets usés par le temps qui ont été récupérés puis détournés lors des nombreux spectacles et expositions de la compagnie Turak. Ces habitants sont manipulés au cœur des manifestations turakiennes mélangeant théâtre d’objets, marionnettes, théâtre gestuel, arts plastiques et musique. C’est ainsi à des univers visuels singuliers qu’assiste le spectateur de la Turakie. Ces univers prennent place au théâtre dans des spectacles où l’image prime sur la parole, permettant ainsi au spectateur de créer sa propre histoire à partir des tableaux qui s’enchainent. Le spectateur est sollicité et doit par lui-même se construire sa propre histoire au sein de ce théâtre d’objets.

Sur les traces du ITFO : un « spectacle poélitique »

Le dernier spectacle en date de la compagnie Turak se nomme Sur les traces du ITFO* (*Import’nawouak Turakian Folklorik Orke’stars). Michel Laubu, directeur de la compagnie Turak, confie que ce spectacle peut être qualifié de « poélitique », néologisme faisant se rencontrer politique et poésie. Parcourons l’œuvre ensemble pour comprendre comment la politique rattrape la poésie au cœur de ce spectacle…

Si pour la plupart des spectacles de la compagnie, il n’y a pas de trame ni de parole, Sur les traces du ITFO déroge à la règle. En effet, lors de la représentation, les haut-parleurs, placés sur scène au-dessus de l’orchestre, s’expriment à plusieurs reprises pour annoncer aux membres du ITFO le sort qui leur est réservé.

« C’est la crise ! »

Tout d’abord, la première annonce déclare que l’orchestre est menacé de dissolution à cause de la crise économique qui règne. Ensuite, seulement certains membres du ITFO seront sauvés, les meilleurs. Puis tous doivent quitter l’orchestre. Enfin, dernière précision avant de partir : les musiciens doivent laisser leur instrument, leurs bras et leurs mains ! Résumée ainsi, l’intrigue du spectacle est bien politique : elle place la création artistique au sein de la crise économique persistante.

Cette impression est confirmée par le début du spectacle : d’entrée de jeu, la scène est remplie d’objets qui constituent le lieu de travail de l’orchestre. Ainsi des instruments, des chaises, des pupitres et des partitions sont présents. Complétant ce tableau, des bouts de cartons et banderoles « Orchestre en luth / Teather Occupied » témoignent de la grève initiale de l’orchestre. Cette grève mise en scène n’est pas sans rappeler la lutte des intermittents contre le durcissement de leur régime. D’où le côté politique du spectacle qui se voit rattrapé par la réalité.

Objets, marionnettes et musique : un rythme turakien

Le décor de la grève est planté, les membres du IFTO peuvent entrer en scène. Ce sont des musiciens particuliers qui naissent de la relation entre le manipulateur (le comédien), le manipulé et la marionnette. Ces marionnettes ont des visages singuliers : grands, creux et tout en longueur, des nez imposants et sont dotés de l’uniforme rouge de l’orchestre. Les objets (instruments de musique récupérés) et les marionnettes donnent vie à un spectacle musical qui rythme la performance.

itfo_c_romain_etienne_-_item_3

L’intrigue donne lieu à des situations comiques. Les musiciens sont initialement unis par la grève qui les rassemble, et, petit à petit, ils vont se livrer une guerre pour conserver leur place au sein de l’orchestre. Les instruments de musique deviennent alors des armes pour se protéger et menacer les autres…

sur-les-traces-du-i-t-f-o-7uoz

Les marionnettes s’en donnent à cœur joie jusqu’au rassemblement final où les membres du ITFO décident de rester dans leur lieu et de jouer malgré l’ordre de partir qui leur est assené. Cette fin correspond à un moment fort où tous les instruments rafistolés sont rassemblés. Trompettes, tambours et autres instruments plus insolites (comme une guitare sur une planche à repasser) produisent les notes et donnent le souffle à l’orchestre. Le spectateur assiste à un moment merveilleux où les objets jouent par eux-mêmes. La mécanique participe à rendre cette fin particulièrement poétique.

De la triste réalité à la beauté artistique

Ainsi cette fin peut être interprétée comme une résistance de et par la culture dans des contextes financièrement difficiles. Le spectacle pose également la question de la présence de la réalité au sein des spectacles vivants. Michel Laubu compare son pays imaginaire de la Turakie à une flaque d’eau. Dans cette flaque d’eau, on peut voir le reflet du paysage, le reflet du monde. Par ce reflet, la flaque déforme ce monde en accentuant/ondulant/déformant. Les spectacles seraient donc inspirés par la réalité et le déforment avec leur propre langage scénique mêlant théâtre d’objets, marionnettes et musique. Ce qui peut faire penser à une phrase de l’auteur canadien Wajdi Mouawad :

« L’artiste se nourrit de la merde du monde pour lequel il œuvre, et de cette nourriture abjecte il parvient, parfois, à faire jaillir la beauté. »


Étiquettes : , , ,



Juliette Piat
Étudiante en deuxième année de licence d'études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle. Pratique le théâtre dans un conservatoire. Passionnée de théâtre mais également de toute forme d'art... Animatrice et amatrice de jolis mots bien formulés.




Previous Post

Club Med : de la France à la Chine, il n'y a qu'un pas

Next Post

Aujourd’hui, Newsyoung est Charlie





You might also like



0 Comment


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


More Story

Club Med : de la France à la Chine, il n'y a qu'un pas

Que se soit sous le soleil ou sous la neige, en France ou à travers le monde, les villages vacances du Club Med n’ont...

4 January 2015
UA-37872174-1
Tu aimes cet article ?
Tu aimes cet article ?
N'hésite pas à nous rejoindre sur les réseaux sociaux !
Faceboook
Twitter