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[TÉMOIGNAGE] Travailler à New York : Un rêve pour beaucoup, mais quelle(s) réalité(s) ?

14 Novembre 2017. Jour ordinaire. Nous déjeunions comme nous avions l’habitude de faire
avec Tim. Lorsque nous revenons au bureau, Tim est soudainement convoqué par notre
directeur. Son père étant malade, je m’inquiétais que le pire soit arrivé. Mais sous le regard de
l’audience interpellée, un autre membre de la direction rassemble les affaires de Tim et tout
naturellement les enlève du bureau qui jadis lui appartenait.

Le Quartier Financier de Manhattan, vu de la Brooklyn Heights Promenade

Voilà maintenant 1 an et demi que j’habite et travaille à New York. Diplômée d’une école de
commerce Franco-Américaine, je crus un instant que mon rêve américain et l’image de « self-
made men » auquel il incite allait soudain prendre forme…mais le rêve s’est envolé.
Je suis arrivée à New York en Août 2016 pour ma dernière année d’école de commerce.
Diplômée depuis Mai 2017, j’ai commencé à travailler pour HomeAdvisor Inc., en Juin 2017.

HomeAdvisor est une entreprise typiquement américaine. Son modèle commercial ne
fonctionnerait pas en France. En effet, c’est une entreprise basée sur le télémarketing qui
propose ses services à des locataires et propriétaires Américains, dans le but de les aider à
trouver des artisans du bâtiments et des entrepreneurs pour des travaux de rénovation. Mon
travail est donc de convaincre, par téléphone, artisans et entrepreneurs de se joindre à notre
service. Une pratique qui fonctionnerait difficilement en France. Si un jour vous recevez un
appel d’un numéro inconnu et la personne au bout du fil essaye de vous vendre quelque
chose, la réaction immédiate est de raccrocher sur le champ ! Aux Etats-Unis le télémarketing
est une pratique courante dont les Américains sont habitués.

Quand j’ai accepté l’offre d’emploi d’HomeAdvisor, je ne me doutais absolument pas que
j’allais y rester aussi longtemps. Premier emploi décroché, une fois mes études terminées !
Fière au premier abord, d’avoir pu trouver un emploi qui me garantissait une indépendance
complète vis-à- vis de mes parents, m’insérait dans le monde du travail, et donc dans la
société. Seulement, au fil du temps, le travail ne me plaît toujours pas mais « c’est un
travail », « t’es pas au chômage », « tout le monde fait un travail qu’il n’aime pas au début »
etc. alors je continue, je m’y habitue et puis je suis payée et bien payée lorsque je suis
« performante », car payée à la commission. Le temps passe encore, et je réalise,
qu’intellectuellement, je ne suis pas épanouie du tout. Je passe mes journées à appeler des
plombiers et des électriciens au fin fond du Wyoming, qui utilisent encore des téléphones à
clapet et qui me disent qu’ils n’aiment pas travailler avec des Mexicains. Je n’applique pas ce
que j’ai appris en cours, je n’apprends rien de plus et j’en souffre. Petit à petit, je baisse les
bras, je me démotive et résultat des courses, je n’arrive plus à signer des contrats, donc mon
salaire baisse, mes objectifs ne sont pas atteints et je me fais réprimander par ma direction.

Dans toute société où le travail est régulé, l’employé a droit à un minimum de congés
payés, qu’il peut poser en totalité, en fonction des besoins de l’entreprise. Chez
HomeAdvisor, et aux Etats-Unis de manière générale, les jours de congés sont donnés au bon
vouloir de l’entreprise. Dans mon contrat, il est écrit que j’ai le droit d’avoir des jours de
congés seulement après avoir travaillé six mois dans l’entreprise. Jusqu’ici, pas de différence
majeure avec la France. Seulement, une fois les six mois écoulés, le nombre de jours de
congés payés va dépendre du nombre d’heures travaillées.

Un calcul particulier, qui implique une certaine dévotion au travail, et conduit à penser qu’on « mérite » de pouvoir poser ses jours, alors même que ceux-ci relèvent d’un droit de l’employé. Il est également difficile de demander une matinée ou une après-midi pour des raisons personnelles.

Mais rien d’anormal pour une société américaine où travail et argent sont les maîtres-mots.
Parce qu’aux Etats-Unis on travaille. Tout le temps. Tôt le matin, pendant les pauses déjeuner et tard le soir car le travail c’est de l’argent et chez HomeAdvisor c’est l’employé qui motive son salaire. En réussissant un maximum de ventes, il peut doubler son salaire. Je me rappelle encore des emails envoyés à l’équipe avec écrit : MONEY ! MONEY ! ou CASH ! CASH ! en couleur flashy. On nous motive aussi en nous offrant le bureau le plus cool de tout le groupe avec table de ping-pong et de billard, Playstations 4, des casques de réalités virtuelles et j’en passe.  On achète ton loisir. Malgré ça, je ne me retrouve pas dans cet environnement de plus en plus malsain. c’est pourquoi j’ai décide de faire des démarches pour changer de travail. Étant sous un visa valable uniquement 1 an, il est risqué de changer de job alors qu’il ne reste que 6 mois sur le sol américain. Mais il m’était également inenvisageable de rester dans cette entreprise.

Le Quartier de Fort Green à Brooklyn, et Manhattan au loin

J’ai donc récemment fait le choix de partir. L’avantage des Etats-Unis, c’est qu’il n’y pas
besoin de lettre de démission et de préavis. Un mail suffit amplement. Consciente d’avoir pris un risque, je n’étais pas sûre de pouvoir retrouver un travail avant mon départ de New-York. Heureusement, une nouvelle aventure commence. Ma génération a grandi avec en tête que les Etats-Unis étaient un rêve. Le pays des innovations, de la recherche, de l’entreprise, du sport, du divertissement et du spectacle. Le pays de tout. Mon regard sur ce pays qui depuis très jeune a été positif, a été transformé par le regard critique que j’ai de mon expérience salariale et c’est avec enthousiasme et le sourire que je commence un nouvel emploi dans l’espoir de quitter les Etats- Unis avec un meilleur souvenir du monde de l’entreprise.

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