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Th Da Freak va sortir un nouvel album : interview d’un savant fou de la scène rock

Th Da Freak est un personnage aussi grunge et nineties que sa musique. Sous sa chevelure bleue, son sourire en coin, sa chemise à carreau et sa clope au bec se cache l’une des révélations de 2017. Après avoir sorti en 2017 l’EP The Freak, puis en 2018 The Hood, Th Da Freak annonce un nouvel album dont il nous a révélé le titre en exclusivité : Freakenstein. Même si la date n’est pas encore précisée, l’album s’enregistre, au fur et à mesure des rencontres et des intérims. On a interviewé ce personnage aussi nonchalant que débonnaire. Retour sur un vent de fraîcheur.

Couverture de l’album The Hood, TH Da Freak

Th Da Freak photographié par Raphaël, Newsyoung, quelques mois plus tard

Th Da Freak commence la guitare à l’âge de 6 ans, dans sa chambre à Bordeaux. Jonglant entre son amour pour la musique et les études, l’artiste ne lâche jamais sa guitare, se réfugiant dans son monde, se voyant plus jeune comme un mec seul, un peu renfermé. C’est véritablement en 2016 après 4 ans de Droit (il a sa licence), que Thoineau Palis se lance totalement dans la musique et arrête les études.

Son premier EP, The Freak, est lancé seul et c’est Howlin’ Banana Records, label à suivre, qui l’intègre dans l’aventure parisienne pour distribuer ses morceaux. Commence alors une belle histoire, celle d’un mec passionné et passionnant, qui fait de la musique parce qu’il aime et parce qu’il ne se verrait nul part ailleurs.

« Je rêve de toucher le plus de gens possible, le milieu social ne déterminant pas ce que tu devrais écouter. Un mec qui est méga-riche peut faire de la punk, à l’inverse un prolo peut faire de la funk à paillette. Si le mec y croit et qu’il aime, ça fera de la bonne musique. »

Le candide passionné

Le mélancolique Th Da Freak est un personnage inspiré, de Pavement à Mudhoney ou encore Sonic Youth, les références ne manquent pas. Lors de l’interview il a particulièrement insisté sur deux artistes qu’il considère comme des mentors pour lui : Nirvana parce qu’il « pose son projet là, il le balance à ses fans, sans vraiment se soucier d’autre chose que de faire de la musique » et Alex G, un artiste talentueux de Philadelphie. Entre amour d’une musique authentique et amoureux des riffs passionnés, c’est l’émotion qui prévaut avant tout, dans chaque musique.

Newsyoung : Qu’est-ce que tu écoutes en ce moment ?

Th Da Freak : Surtout des gens passionnés pas leurs musiques, la musique de mes potes. En ce moment beaucoup Princesse Gilbert, The Bad Pelicans, Edgar Déception. Je préfère écouter des musiques de gens que je peux atteindre plutôt que de personnes que je vais jamais rencontrer. Vraiment, en France et surtout à Bordeaux il y a une nouvelle scène énorme. Rien que ce soir j’ai le choix entre trois concerts.

NY : D’ailleurs, c’est quoi le style de ta musique ?

TH : Euh, de la guitare. Oui de la guitare, lo-fi (son volontairement sale, NDLR). On m’a classé dans le rock indie mais ça veut tout et rien dire, on m’a dit slacker (fainéant, NDLR) mais c’est pas du tout le cas, je bosse énormément, je fais de la musique tous les jours parce que c’est ma passion.

NY : 3 EP, 1 album en 2 ans, ça fait beaucoup pour un slacker non ? L’innocence ça se travaille.

TH : Ça bosse de ouf, c’est une hyper passion, j’ai envie de retranscrire les émotions, pousser à fond la mélodie pour que le morceau soit très abouti. Dans tous mes projets je suis authentique, comme tous les jours, comme devant toi là, j’ai envie d’être sincère avec ceux qui m’écoutent. Je me lève, je regarde mes mails, je prend ma guitare et je fais de la musique, tous les jours. J’adore ça.

Review des albums

NY : The Freak, le premier EP que tu lances. La démarche c’était : « bonjour je suis Th Da Freak je fais de la musique ? »

TH : Oui, surtout que je le lançais de façon indépendante. C’est un album plein de métaphores. En lisant les titres des musiques on pourrait croire que je parle de sujets couillons mais ça parle de ma vie, de sentiments, de sensations. Slugs parle des limaces mais en fait ça parle des moments horribles dans la vie. Morphing parle d’un loup-garou, qui me représente quand je deviens bourré et que je me déteste. 

Une façon de se protéger pour mieux se livrer?

« Il y a aussi d’autres moments de vie comme Tell Your Secrets To The Strangers: j’étais en Irlande dans l’aéroport et j’ai eu une hyperconversation avec un Américain et un Anglais, comme c’était des étrangers que je reverrai jamais j’ai parlé de choses avec eux que j’aurais jamais pensé dire à des inconnus. Une sorte de liberté totale hyper cool. »

NY : The Hood, ça parle de quoi ?

TH : C’est un album assez personnel, dans lequel je reviens sur ma vie l’année dernière à Caudéran. L’ambiance était assez chelou parce que j’habitais dans un quartier résidentiel avec des vieilles dames et des vieux monsieurs… Moi, j’avais 23 ans, j’étais le mec aux cheveux bleus du quartier. C’était marrant et bizarre.

L’album Freakenstein : « par nous-même »

TH : J’en avais marre de faire du son tout seul. J’ai invité plein de potes, du collectif Flippin’ Freaks à passer sur les sessions de l’enregistrement. Le résultat c’est un album avec beaucoup plus de vie. C’est pas que du moi si tu veux. Aucun des morceaux ne sont enregistrés au métronome, le tempo va osciller en permanence, de 119 à 122 BPM par exemple. J’avais vraiment envie que l’album soit vivant.

Ce qui surprend quand on parle à Th Da Freak c’est le hand made permanent. L’artiste est plus que complet, tout est créé de A à Z : il se décrit comme un « anti-poseur », à contre courant, il fait sa musique, la sienne, sans jamais suivre aucune mode.

« L’album a été enregistré chez mon ingénieur son qui a réussi à se faire prêter du super bon matos. Batterie, table de mixage… tout ça gratuit, juste en demandant aux gens, sans même parler de ce qu’on allait faire avec, c’est trop bien. De la batterie à la guitare, on a tout enregistré. Siz (son frère, NDLR) est à la basse, y’a eu une super collaboration en permanence sur cet album, pour tout. »

Collaboration, c’est le maître mot de cet album. En revanche sur le projet en lui-même, Th Da Freak avait déjà la maquette bien en tête, des mélodies à la réalisation. Le passage à l’enregistrement n’est qu’une question de temps.

« Freakenstein est surtout composé de morceaux qui sont préparés depuis 2 ans mais que je n’avais jamais enregistré. Au moment de passer en studio je sais déjà comment ils doivent sonner car j’ai tout dans la tête. »

NY : Freakenstein, nouvelles méthodes, en collaboration totale, t’en es content ?

TH : Pour l’instant je crois que c’est le meilleur album, on verra, enfin je pense. Ce qui est vraiment génial c’est que l’album a été fait par nous-même, de A à Z. Maintenant on peut faire des albums cool juste avec nos propres moyens, avec mes mixages immenses, des énormes micros et tout ça gratuitement, les studios c’est de la perte de fric. 

NY : Dans l’autobiographie Life de Keith Richard, on apprend des anecdotes sur la façon dont les Rolling Stones utilisent leurs matériels, Th Da Freak en a aussi non ?

TH : On a trois guitares et c’est dur à faire sonner parce que c’est le bordel rapidement. On a fait des sortes d’expériences scientifiques et maintenant on les fait sonner à des fréquences différentes, une guitare dans les fréquences basses, une dans les middle et une dans les aigus. Jamais une guitare n’empiète sur l’autre. 

NY : Tes riffs mélancoliques c’est un peu ta marque de fabrique. Comment ça fonctionne ? Les effets comme l’overdrive (son saturé) par exemple ?

TH : D’abord je fais un accord qui sonne plutôt bien puis je bouge mes doigts. Si tout sonne bien je continue et au final j’arrive à une suite, j’ajoute une mélodie et du rythme et t’as un riff. Pour l’overdrive, c’est vraiment un choix artistique, ce son va avec tout. Il y a des sons que j’utilise tout le temps comme le vibrato et c’est ce qui fait penser à Mac de Marco. Le vibrato c’est vraiment un effet que j’adore, ça donne beaucoup de vie à la note, à un accord. J’aime pas du tout qu’une note reste droite, j’ai envie que la note soit vivante.

L’avenir au court terme

NY : Des conseils Th Da Freak, pour ceux qui veulent faire de la musique ?

TH : Produisez de la musique, ne vous arrêtez jamais, achetez une guitare, un câble jack, une carte son, un ordinateur et allez y. N’ayez jamais peur des critiques, c’est ça qui fait progresser, n’arrêtez jamais de faire de la musique. Aujourd’hui tout le monde peut faire de la musique et c’est hyper cool, il faut que tout le monde partage un maximum de son, ça ne peut qu’être bénéfique.

NY : Tu te professionnalises incontestablement, l’avenir semble radieux, t’en penses quoi ?

TH : Pour l’avenir je sais pas du tout, je suis un peu no future. Je prend ce qui vient à moi, on me dit si je fais des concerts ou pas. J’ai vraiment pas une vision sur le long terme, je suis très court terme. Pour te dire je sais même pas ce que je foutrai dans 2 ans, je prends chaque jour comme il vient et je saisis les opportunités qu’on me donne.

À la fin de l’interview, Th Da Freak nous a confié qu’il n’avait pas peur de la page blanche, qu’il avait une imagination débordante, que les mélodies lui venaient assez facilement et qu’il était passionné par sa guitare, ses vibratos et ses mélodies. La seule crainte qui subsiste dans les pensées de cet artiste c’est celle que le public se lasse, celle d’être oublié, d’en faire peut-être trop. Pourtant, nous avons tous hâte d’écouter le dernier album de Th Da Freak pour se plonger avec lui dans ses tourments, ses mélancolies et ses interrogations.

Aimer un artiste ce n’est pas lui reprocher qu’il en fait trop, c’est lui reprocher qu’il n’en fait plus assez.

Les pages de Th Da Freak : BandcampFacebook, Instagram.

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