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The Ventriloquists Convention, l’envers du décor

The Ventriloquists Convention, l’envers du décor

À J-1 de la première représentation de The Ventriloquists Convention, le dernier spectacle de Gisèle Vienne, le théâtre des Amandiers à Nanterre se prépare. Les techniciens s’agitent sur le plateau de la Salle transformable. Dans une ambiance bon enfant, régisseurs, machinistes et costumiers s’attèlent aux derniers réglages. Sur ce chantier, chacun a sa place. Son, lumières, costumes, tout doit être prêt avant la grande première. Immersion dans la fourmilière des Amandiers.

Salle Transformable, « lieu de tous les possibles »

« MAKE IT WORK ». C’est le slogan inscrit sur la façade extérieur de la Salle transformable. Une maxime qui fait directement écho à l’état d’esprit des douze techniciens qui travaillent sur le dernier spectacle de Gisèle Vienne : faire en sorte que tout fonctionne pour la première. La « Salle transformable » est un énorme cube démontable qui peut s’adapter à n’importe quel fantasme du metteur en scène. « En théorie, tout est faisable. Dans cette salle, le plateau est le lieu de tous les possibles » explique Elvire Diehl, responsable du public scolaire et universitaire aux Amandiers. Pourtant, ce n’est pas le caractère hybride du lieu qui attire Gisèle Vienne, mais plutôt sa petite taille. « On savait que ça passerait avec la salle transformable car ce qui est important pour Gisèle, c’est la notion de rapport entre l’œuvre et la salle. » confie Michaël Petit, directeur technique des Amandiers, « On peut vraiment tuer un spectacle si on le met dans une salle qui n’est pas adapté ».

Le plateau est nu, tout le travail des techniciens se joue sur la lumière, censée mettre en valeur les interprètes. The Ventriloquists Convention met en scène 8 ventriloques professionnels. Mieux vaut être près des artistes pour apprécier l’art de la ventriloquie, perceptible dans le détail et la finesse du jeu. La scénographie du spectacle est dépouillée et épurée : « Ce sont les artistes qu’elle met en avant, il n’y a quasiment aucun élément de décor. » explique Michaël Petit. Un décor minimaliste qui demande néanmoins beaucoup de travail : « L’œil non aguerri pense qu’il n’y a rien, mais en fait, c’est beaucoup de travail. Ça bosse matin, midi et soir. »

Chantier masculin

En treillis et rangers, les techniciens travaillent sur le premier « filage » de la pièce, une représentation dans des conditions réelles pour finaliser les derniers détails. « On emprunte souvent notre jargon à la marine. » indique Michaël Petit. Et la comparaison ne s’arrête pas au lexique théâtral : comme sur un bateau, l’univers est très masculin. Les techniciens communiquent les uns avec les autres en hurlant : « Attention, trappe ouverte ! ». La trappe du gril s’ouvre et laisse pendre des fils électriques multicolores. Cette structure métallique est fixée au plafond de la salle transformable qui permet d’installer les projecteurs et les filtres colorés, comme le veut Gisèle Vienne. Tout se passe en hauteur. Prudents, comme sur un chantier, les techniciens délimitent un périmètre de sécurité. Ahmed Djedidi, technicien machinerie porte un casque et une lampe frontale. Vêtu comme un mineur, cet intermittent connaît les Amandiers depuis dix ans. C’est toujours un plaisir pour lui de revenir travailler à Nanterre : « Il n’y a pas plus cool que cette équipe. C’est un endroit super, l’ambiance est là. » explique-il tout en jouant avec sa clé à molette. Patrick Riou, éclairagiste en chef, travaille avec la metteuse en scène depuis ses débuts en 2004. Il donne les indications nécessaires au bon déroulement du filage et n’hésite pas à rappeler ses troupes à l’ordre: « Ahmed, arrête de jacquetter, au boulot ! ».

Des cliquetis métalliques résonnent dans toute la salle. Ce sont les chaînes et les mâts qui supportent les caisses de projecteurs. Le travail est physique et périlleux. À la veille de la première, l’équipe semble détendue et confiante. Pourtant, Gisèle Vienne n’est pas loin. Une silhouette fluette et féminine s’immisce dans cet univers viril pour « vérifier si tout se passe bien ». « Gisèle aime bien être présente pour les répétitions. Tiens elle est là ! » s’exclame Michaël Petit.

Gisèle Vienne, artiste impliquée

 

Gisèle Vienne a l’esprit pratique. Cette ancienne élève de l’École Supérieure Nationale des Arts de la Marionnette collabore en tant qu’artiste associée au Théâtre des Amandiers depuis 2008. « Le Théâtre accompagne les projets ou les créations des spectacles des artistes associés. En échange, ils doivent proposer des représentations pour les Amandiers. » confie Elvire Diehl. Une collaboration qui ravie tout le personnel du Centre national dramatique de Nanterre : « Je connais son travail depuis 2008. Je dirais même que c’est une des raisons pour lesquelles je suis venu travailler ici, c’est parce qu’elle est artiste associée » explique Michaël Petit, « Dans le travail de Gisèle, il y a un souci du détail à tous les niveaux. ». Une vérité que n’est pas prête de contredire Pauline Jakobiak, costumière qui travaille aux Amandiers depuis 1989. « Avec Gisèle Vienne, on reçoit les costumes avec des indications de travail, comment on doit laver, comment on doit repasser. Il s’agit d’un accueil, plus qu’une création. ».

Dans les loges du théâtre, derrière une porte dotée d’une serrure électronique, les marionnettes des ventriloques sont bien gardées. Ces poupées ont été crées à Halle, en Allemagne, où Gisèle Vienne a donné ses premières représentations. « J’ai refait les yeux de la mante-religieuse, je m’occupe surtout de l’entretien des costumes. » confie Pauline Jakobiak.

Control freak, Gisèle Vienne ? La metteuse en scène l’assume : « J’ai toujours un plan B, C, D ou E ; c’est sportif ce métier ! ». Elle déambule dans l’atelier décoration des Amandiers, entre des arbres en mousses et une tête d’éléphant fraîchement repeinte. Connaisseuse, Gisèle Vienne aime contrôler elle-même le travail des techniciens « J’ai eu une éducation très pratique et j’ai une bonne connaissance des matériaux techniques. » explique-t-elle. Accompagnée de sa photographe attirée Estelle Hanania, la chorégraphe souhaite de nouvelles photos backstage pour le programme des Amandiers. « L’envers du décor est toujours excitant à voir, c’est presque aussi beaucoup que le spectacle lui-même. ». Assurément.

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