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Trump a claqué la porte du monde

International / Récents / Société / 2 juin 2017

Hier jeudi 1er juin, le Président américain Donald Trump a mis fin à plusieurs mois de suspense et plusieurs semaines d’intenses tractations quant au sort qui serait réservé à l’Accord de Paris signé à la suite de la COP21. Alors que son prédécesseur Barack Obama avait largement participé à définir les contours de l’Accord, Trump, lui, a affirmé au monde son désir d’en retirer les Etats-Unis, confirmant ainsi le revirement qu’a connu la politique extérieure américaine de l’administration Trump. Alors, non-seulement Trump rappelle son climato-scepticisme mais aussi met-il fin à l’ère du multilatéralisme américain et du leadership dont avait fait preuve les Etats-Unis quant aux questions environnementales insufflé par Obama entre autres.

Signé en 2015 par près de 200 pays à la suite de négociations avec un nombre record de participants, même les plus pollueurs autrefois réticents à légiférer en matière d’environnement, l’Accord de Paris a marqué une étape importante en matière de lutte contre le changement climatique de par son caractère ambitieux et inclusif. S’il n’est pas contraignant légalement pour les Etats signataires, ces derniers sont cependant tenus de poursuivre les objectifs qu’ils ont eux-mêmes définis de manière à limiter le réchauffement climatique à 2°C au-dessus des températures préindustrielles. Les Etats-Unis alors sous l’administration Obama avait fixé l’objectif de réduire ses émissions d’entre 25% à 28% par rapport à 2005 et d’ici 2025.

Le retrait des US n’invalide pas l’accord mais risque de représenter une tentation pour ceux qui avaient rejoint l’accord à reculons.

Quels intérêts pour l’administration Trump ?

Retirer les Etats-Unis de l’Accord de Paris était une promesse de campagne de Donald Trump et malgré les réticences même au sein de son camp, le processus sera enclenché prochainement bien que quatre années soient nécessaires avant que cela soit effectif. En plus du retrait des Etats-Unis de l’Accord de Paris, le Président Trump a annoncé qu’il mettrait fin aux subventions des Etats-Unis aux programmes environnementaux des Nations Unies. Sur le papier, Donald Trump semble avoir peu d’intérêt à poursuivre cette politique. Économiquement, il est illusoire de penser que le retour du charbon ou de l’industrie lourde permettra de la croissance et de l’emploi à long-terme. C’est d’ailleurs ce que ce sont empressés de faire savoir les géants économiques américains comme Apple, Tesla ou IMB qui ont rappelé au Président les opportunités économiques que représentent le secteur des énergies renouvelables. Politiquement, tant domestiquement qu’à l’international, Trump fait un très mauvais calcul. Il est isolé sur la scène internationale favorable à l’accord, et aux Etats-Unis où une large majorité de l’opinion publique est attachée à cet accord ainsi  qu’aux questions environnementales en général. La seule raison apparente pour franchir le pas du retrait sans que de réels gains, politiques ou économiques, soient à la clé, semble être un désir profond de défaire ce qu’avait construit l’administration Obama tout en faisant un cadeau à certains grands industriels ou climato-sceptiques l’ayant porté au pouvoir au premier rang desquels se trouve Scott Pruitt, dorénavant à la tête de l’Agence de Protection de l’Environnement (EPA).

Claquer la porte et ensuite? Les implications diplomatiques du retrait américain.

Le caractère non-contraignant du texte nous oblige à nous poser la question de pourquoi Trump a choisi l’option d’une sortie aussi tonitruante et dont le suspense était entretenu depuis si longtemps alors qu’il aurait pu se contenter de revoir les objectifs américains et rester dans l’Accord. S’il comptait réaffirmer sa stature internationale quelque peu mise à mal lors du G7 à Taormine qui s’est tenu il y a quelques semaines, Trump a, hier, définitivement fini de détruire le peu de crédibilité internationale qu’il lui restait.

Le Président Trump semble en effet oublier qu’il est plus facile de négocier quand on est autour de la table plutôt qu’une fois dans le couloir, la porte claquée.

Le Président Trump semble en effet oublier qu’il est plus facile de négocier quand on est autour de la table plutôt qu’une fois dans le couloir, la porte claquée. S’il ne sera pas exclu des négociations notamment liées à l’environnement il est évident que Trump a sacrifié sa crédibilité diplomatique hier sur de nombreux sujets et, de fait, a fixé au minimum ses marges de manœuvres possibles en termes de négociations que ce soit en matière de commerce international ou de sécurité par exemple. Diplomatiquement, Trump a fait un choix très marqué qu’il faudra assumer. Plusieurs scénarios géopolitiques s’ouvraient à lui s’il voulait exprimer sa méfiance à l’encontre de l’accord, c’est volontairement qu’il a choisi le plus agressif et donc celui qui le laisse avec une marge de négociation très faible voire nulle. En effet, il aurait pu rester dans l’Accord mais réviser voire éliminer les politiques annexes mises en place par Obama. C’eût été une première option. Une deuxième eût été de rester dans l’Accord mais de réviser les objectifs, quand la troisième était de quitter l’Accord. Une dernière option eût été de non seulement quitter l’Accord mais en même temps de quitter l’UNFCCC (United Nations Framework Convention on Climate Change), cette option est la plus dangereuse diplomatiquement pour si peu voir pas de gains.  Cela explique alors le choix de Trump de quitter l’Accord et de couper les financements de programmes onusiens sans pour autant quitter l’UNFCCC.

 Une complexification des relations avec l’Europe

Le retrait des Etats-Unis de l’Accord vont certainement laisser place à d’importantes recompositions sur le plan des relations internationales, notamment dans les relations américano-européennes qui sont de plus en plus compliquées. Dans son discours, Trump a annoncé vouloir négocier ce qui serait un meilleur accord pour les Etats-Unis notamment avec le Royaume-Uni, La France, le Canada ou encore l’Allemagne. Tout d’abord, cet élément de langage traduit la méconnaissance de Trump  qui ne semble pas réaliser que l’Accord de Paris n’établit pas un seuil de réduction des émissions commun pour tous les pays mais établit plutôt des objectifs que les pays signataires ont eux-mêmes définis. Sans doute faisait-il, alors, référence aux objectifs américains qu’il veut revoir à la baisse. En tout cas, il semble totalement illusoire de penser que les Etats-Unis en la personne de Trump seront dorénavant traités comme des négociateurs comme les autres comptes tenus de la posture agressive qu’il a décidé d’adopter. Les Européens pourraient envisager, au contraire, de taxer des biens venant des Etats-Unis et enclencher une « guerre » économique et environnementale, isolant ainsi toujours plus les Américains plus seulement sur le plan diplomatique mais aussi sur le plan économique.

Autoroute pour la Chine et fin de la locomotive américano-chinoise

Longtemps lorsque s’établissaient des conventions cadres liées à l’environnement, le duo sino-américain s’imposait comme moteur au cœur des négociations. Avec le retrait des Etats-Unis, la Chine se voit dérouler une autoroute lui permettant d’imposer son leadership. Le premier ministre chinois s’est d’ailleurs empressé hier de réaffirmer son soutien à l’Accord de Paris. L’erreur diplomatique de Trump s’étend même, alors, au fait qu’il déroule le tapis rouge à ceux qu’il caractérise comme étant les ennemis de l’Amérique. La Chine est actuellement en pleine ascension géopolitique, notamment via sa « One Belt, One Road strategy » qui vise à contrôler la majeure partie des réseaux commerciaux régionaux et ainsi imposer les contours de l’économie mondiale. Ce développement ne se fait cependant pas au détriment de l’environnement, enfin pas officiellement. La Chine a récemment mis en place the Asian Infrastructure Investment Bank (AIIB) dont le directeur Jin Liqun a affirmé qu’elle prendrait en compte les impératifs environnementaux. Le déclin américain est ainsi une aubaine pour la Chine avec qui seul les Etats-Unis semblaient pouvoir rivaliser compte tenu des dissensions qui divisent l’Union Européenne l’empêchant d’être un véritable acteur pesant sur les négociations.

 L’indécision concernant les autres signataires

Le retrait des US n’invalide pas l’accord mais risque de représenter une tentation pour ceux qui avaient rejoint l’accord à reculons. C’est notamment le cas des pays émergeants comme l’Inde où la pression démographique pèse sur le bilan carbone du pays. Les pays émergents sont, alors, les acteurs les plus probables d’emboiter le pas à Donald Trump et, de ce fait, seront certainement courtisés par la Chine, laquelle fera sûrement en sorte de les maintenir dans l’Accord.

Plus généralement les pays signataires feront face à moins de pression en ce qui concerne le respect des objectifs, en particulier en matière de transparence vis-à-vis des émissions. En effet, les Etats-Unis s’étaient montrés particulièrement désireux de mettre en place un cadre permettant une surveillance accrue des consommations de chaque État, particulièrement les plus polluants comme la Chine.

En somme, Il est bien difficile d’évaluer les conséquences de ce retrait dont il est probable que les effets sur l’environnement ne se ressentent que dans quelques années. Il en reviendra aux générations futures, notamment au Etats-Unis, de mesurer, et espérons de combattre, les conséquences néfastes de cette décision politique qui manque résolument de vision à long terme.  Car que le Président Trump le veuille ou non, et le Secrétaire Général de l’ONU Antonio Guterres l’a très justement rappelé, le changement climatique n’est pas un processus que l’Homme peut nier ni n’a le pouvoir d’arrêter. N’en déplaise à Monsieur Trump, le changement climatique n’est pas un contrat où l’ensemble des parties prenantes jouent à armes égales, ou jouent tout court.

Qu’on le veuille ou non, ce retrait aura d’importantes conséquences sur l’environnement ne serait-ce que parce que les Etats-Unis sont la première puissance mondiale. Ensuite, la structure de l’économie, où l’industrie emploie plus de 20% de la population active, couplé au désir de Trump de mener une campagne de réindustrialisation, laisse présager une importante hausse des émissions à effets de serre de la part des Etats-Unis. Enfin, les réserves de ressources naturelles impressionnantes, fossiles et polluantes, contenues dans le sol américain seront massivement exploitées pour palier au progressif isolement du pays sur la scène internationale.

Cette situation n’est pas de notre fait et peu de notre ressort. Au-delà du constat, naturellement nécessaire, il faut que chaque pays ou entité politique ayant réaffirmé son soutien à l’Accord de Paris ne tombe pas dans un pessimisme morose, pleurant l’ère Obama et son progressisme quant aux questions environnementales, mais bien au contraire que chacun profite de cette opportunité pour insuffler toujours plus d’ambition aux politiques environnementales. Les Etats-Unis n’étaient pas la dernière épine dans le pied empêchant au monde de se mettre au vert mais la politique extérieure de Trump fait perdre de sa superbe au Etats-Unis qui ne sera plus tout à fait un acteur comme les autres dans les négociations.  Il faut se saisir de cette opportunité donc, notamment que l’Union Européenne se rassemble et se mobilise, tout en travaillant avec les acteurs subnationaux américains qui ont rapidement exprimé leur défiance à l’égard de l’administration Trump en affirmant qu’ils comptaient bien, à l’image du Maire de Pittsburgh ou de l’Etat de Californie, non seulement respecter l’accord de Paris mais aussi l’imposer comme des acteurs clés de la lutte contre le changement climatique.

Source image : UN digital Ambassador – by YAK (Yacine AIT KACI), https://twitter.com/ElyxYak/status/870368131587465216/photo/1






Lise Moutier




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