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Un couteau dans le cœur : nouveau prodige loufoque signé Yann Gonzales.

Anne, entre quatre murs. La pièce est sombre, plongée dans un noir épais teinté de bleu. Un maigre faisceau de lumière pénètre dans une cavité, colorant la pièce. Anne se penche. Glisse son œil près de la brèche : elle observe. Dans la pièce d’à côté, elle aperçoit Loïs. Écrans, caméras d’antan et pellicules enlacent cette dernière : elle monte un film. Ici, le silence seul demeure. De son côté, c’est la respiration saccadée qui bat le rythme. Anne crève de désir. Elle la veut : entièrement et juste pour elle.

L’histoire se déroule dans les années 70, lorsque Anne, productrice de pornos gays décide de tourner LE métrage qui relancera sa carrière. Un projet compliqué, plongé dans la tourmente entre vieilles querelles irrésolues et crimes à la chaîne. Mais Anne est maligne. Elle compte bien s’inspirer de cette morne vérité afin d’obtenir le doublé gagnant : finir son film et reconquérir Lois, son amour perdu. Ainsi, elle enfilera triple casquette afin de parvenir à ses fins. Détective, amante ou productrice, Anne mélangera parfois les rôles, spectatrice de sa propre prestation … chaotique.

« Un couteau dans le cœur » bouscule. Il nous trimbale entre meurtres, sexe et violence inouïe. En apnée, on tente de braver cette ambiance qui semble aliéner les mœurs. On voudrait se dégager de ces liens malsains qui nous rendent complices; nous retiennent au cœur de l’intrigue. Désarçonnés, nous observons presque à contre cœur chaque scène. Nous sommes alors subjugués par l’émotion intense se dégageant du métrage. Tout cris, toute larme perlant sur une joue comptent. Désormais, nous sommes concernés.

Malgré la gêne, l’horreur, parfois le dégoût devant tant d’animosité, nous restons figés. Ensorcelés. La réalisation de Yann Gonzales est prodigieuse, fascinante. Comme dans une hallucination il joue avec les tons. Bleu, rouge, noire. À chaque scène son univers. La couleur est vectrice de passion, d’émotion. Ainsi, la symbiose des corps en mouvement. Apparaît dans les temps les plus prégnants : la bande originale signée M83. En amont inaperçue, à la fin nécessaire à l’image et à l’oreille. Le spectateur est alors accroc à ce filtrat. Quand la musique reprend, que les couleurs se ressemblent, que les corps ne font qu’un : c’est parfait.

Cette ambiance emplie d’ivresse noirâtre. Ce côté obscure et insensé nous est familier. Il semble largement inspiré du film « Les garçons sauvages » de Bertrand Mandico, lui ayant valu le prix « France Culture des jeunes jurés à Cannes » en 2018. C’est justement ce côté décalé, dérangeant, baigné d’une nébuleuse de couleurs sombres qui distingue alors le métrage durant la compétition. Cependant, c’est ici en tant qu’acteur que ce dernier poursuit sa carrière. Incarnant un personnage froid et acariâtre propre à ce milieu, il reste dans le tempo précédent. Une performance à saluer.

À ses côtés, un casting idéal. En maîtresse des lieux on retrouve Vanessa Paradis admirable en Anne. Son côté femme-enfant parfaitement exploité ajoute un côté tordu au film. Nous sommes heurtés par la place immense qu’occupe ce corps frêle dans un milieu si détestable. Elle en est pourtant le pilier central : mention spéciale à son jeu à la pointe de la perfection. Accès de colère incontrôlés entre cris et larmes. Hurlements ponctués de sanglots noyés dans l’alcool. Notre cœur s’arrache à mesure de sa décadence.

« Un couteau dans le cœur » est un long-métrage à faire couler de l’encre. Il déchaîne les mœurs par l’audace de sa réalisation et le charisme de ses acteurs. Et le spectateur, épris d’émotion et de crainte reste pantois face à une production d’une telle envergure.

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