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Venezuela : entre désir de renouveau et blocages institutionnels

Venezuela : entre désir de renouveau et blocages institutionnels

Le Secrétaire Général de l’OEA, l’Organisation des Etats Américains, Luis Amalgro, a déclaré dans une lettre publiée avant-hier que le Tribunal Suprême Vénézuélien, qui a exclu très récemment trois députés élus aux dernières législatives de leur siège à l’Assemblée Nationale, portait une « atteinte directe » à la volonté des électeurs et du peuple Vénézuélien. Mais que s’est-il réellement passé au Venezuela ces derniers temps, et pourquoi tant d’espoirs sont-ils portés en ces résultats des dernières élections ? Pour cela, un petit retour en arrière s’impose.

Un désir de renouveau

Nous sommes le 7 décembre 2015. Dans un contexte de crise économique patente, et d’un pouvoir politique qui perd chaque jour un peu plus de sa vigueur, les élections législatives donnent vainqueur, et de loin, le parti de l’opposition, la Mesa de la Unidad Democratica (MUD), qui est une coalition d’une bonne dizaine de parties rassemblés pour faire face au gouvernement chaviste de Nicolas Maduro, une version moins charismatique de l’ex-Président feu Hugo Chávez. Après avoir tenté tant bien que mal de limiter la casse, après avoir repoussé d’une heure la fermeture des bureaux de votes, la majorité reconnaît sa défaite : « Nous acceptons la défaite. La guerre économique a triomphé », tel que l’a déclaré Nicolas Maduro. En effet, outre 22 sièges qui restent à attribuer au soir des résultats, l’opposition de la MUD remporte au minimum 99 sièges sur les 167 députés que compte l’Assemblée Nationale Vénézuélienne, alors que le parti de la majorité chaviste, le PSUV (Partido Socialista Unido de Venezuela) n’en remportait que 46, entérinant ainsi une victoire écrasante de la coalition d’opposition.

Si cette éblouissante victoire de l’opposition sur le chavisme était attendue, tout comme les remous politiques qui s’en sont suivis, cela n’enlève rien à l’intensité du capharnaüm politique dans lequel le pays est tombé. Entre une crise économique accentuée par la baisse du dollar et la dépendance du pays quant aux exportations de pétrole et une opposition brimée par le gouvernement en place, nul ne peut à présent prévoir ce qui adviendra de la cohabitation en question au Venezuela.

Un « coup d’Etat judiciaire et institutionnel »

Nous sommes aujourd’hui à l’acte 2 d’un plan inauguré par le PSUV au lendemain des élections, où le Parlement, qu’ils dominaient encore, s’est rassemblé en Assemblée extraordinaire et a nommé 13 juges au Tribunal Suprême de Justice, dans l’objectif évident de conserver une influence forte sur cette institution. Ce fut le premier acte. Deuxième acte à présent : le PSUV dépose un recours contre l’élection de trois députés de la MUD,  Nirma Guarulla, Julio Haron Ygarza y Romel Guzamana, issus de l’Etat d’Amazonas, au sud du pays. Le TSJ valide ce recours, et invalide donc l’élection de ces trois députés, privant l’opposition de la majorité des deux-tiers qui est à 112 députés. La chambre électorale du TSJ déclarera même la nullité des actes du Parlement tant que ces députés n’auront pas quitté leurs sièges.

Dénonçant l’opération comme un « Madurazo » (littéralement « coup de Maduro », en référence au « Fujimorazo » du président péruvien Fujimori dans les années 1990), l’opposition n’a d’autre choix que de s’organiser en conséquence. C’est ainsi que l’Assemblée Nationale, présidée par l’homme politique d’opposition Henry Ramos, a pris acte ce 13 janvier de la décision de la chambre électorale du Tribunal Suprême de Justice en excluant les trois députés en question, à leur demandes. Ils devront donc faire face à un jugement devant les autorités électorales du pays, mais c’est un contentieux dans lequel leurs chances de gagner sont loin d’être nulles.

C’est donc cette situation qui fut dénoncée par le Secrétaire Général de l’Organisation des Etats Américains (OEA) Luis Amalgro, enjoignant à juste titre le gouvernement à « respecter la volonté du peuple vénézuélien ». C’est en effet là toute la souveraineté nationale qui est remise en cause par le gouvernement, à travers un coup d’état judiciaire mis en place dans une perspective purement politicienne.

Par ailleurs, quand bien même la coalition social-démocrate d’opposition retrouverait son quorum des deux-tiers lui permettant de convoquer des référendums ou encore de réformer la  Constitution, c’est une coalition qui reste fragile. Bien qu’unis pour lutter contre le gouvernement chaviste, les 12 partis qui composent la coalition sont assez divers, et ont des relations qui sont parfois de plus en plus tendues. Et au vu de la très fine avance que la coalition possède quant au quorum des deux-tiers (ils ont tout juste les 112 députés nécessaires, ni plus ni moins), impulser de grandes réformes risque d’être tout de même extrêmement compliqué, même avec la majorité absolue dont ils disposent. En effet, entre tractations politico-politiciennes, achats de voix et autres ruses politiques, la majorité à l’Assemblée se présente encore comme très fragile.

Un contexte économique très fragile

Et la question économique renforce cette instabilité politique. Pays-membre de l’OPEP, principal exportateur de pétrole d’Amérique latine, le Venezuela est totalement dépendant de ses exportations. Or, la baisse du prix du baril déprécie fortement les revenus de l’Etat, qui avait emprunté en masse il y a quelques années en tablant sur un prix du baril entre 60 et 100 dollars… Faut-il rappeler que celui-ci a atteint il y a une semaine un plus bas historique de 36 dollars ? Ainsi la question du financement des réformes se pose avec insistance, bien que personne n’ose la regarder en face, et si le gouvernement de Chavez puis de Maduro a plongé l’économie du pays dans la déroute, avec un pouvoir d’achat qui diminue progressivment au fil des années, l’opposition risque d’également avoir du mal à trouver les financements nécessaires à ses réformes.

Voilà donc l’impasse socio-politico-économique dans lequel se trouve le Venezuela à l’heure actuelle, et si certaines conditions sont réunies pour un profond changement paradigmatique, un regard pragmatique de la situation force le scepticisme quant aux perspectives qui s’offrent au peuple vénézuélien et à ses représentants politiques.

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Etudiant à Sciences Po Paris, et en Droit à Paris II - Panthéon Assas. J'aime la politique, l'économie, le droit, la philosophie, et tout ce qui peut me permettre de comprendre un peu mieux ce qui se passe dans notre monde qui tourne de moins en moins rond.

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