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Vent de fraicheur pour Tartuffe (nouvelle ère)

Il m’a été permis dernièrement de voir une des représentations de la Compagnie des Lumas, à savoir Tartuffe, nouvelle ère, mise en scène par Eric Massé, en collaboration avec Didier Raymond.

Crédits : Compagnie des Lumas

Sur un texte original de Molière, Tartuffe – comme l’explique si bien la compagnie – questionne la foi et ses dérives dans une actualité anxiogène. Pour rappel, Tartuffe (aussi dit l’Imposteur) met en scène une famille, dans laquelle le père Orgon (Laurent Meininger) et sa mère Madame Pornelle (Marief Guittier), font pénétrer un homme de Dieu, dévot, qui habile de paroles, va s’accaparer leurs esprits. Le patriarche n’ayant plus d’yeux que pour cet « escroc de foi », va d’une confiance aveugle lui céder fille, secrets et biens. Se déclare alors un combat de paroles entre Dorine (joué par Angélique Clairand) ayant percé à jour le malin et Orgon voyant se dessiner la triste imposture, mais se refusant à l’entendre.

Eric Massé signe cette mise en scène, portée par les décors d’Hervé Dartiguelongue. La pièce se déroule au gré des scènes, entre les murs de la maison d’Orgon, ou en dehors. La demeure est composée de grands panneaux mobiles, représentants dans le style baroque, un ange vêtu de rouge sang. Parait subitement une croix, rappelant l’enjeu religieux de la comédie. Le décor se meut, certains éléments sont suspendus, comme figés dans le temps. La table et les chaises, composantes essentielles de la pièce sont faites d’un matériau transparent ; présence et absence se confondent, laissant les comédiens évoluer dans un espace particulièrement important.

Le coeur du décor est à chercher au travers des différentes ambiances lumineuses et sonores, signées Yoann Tivoli pour l’une et Wilfrid Haberey pour l’autre. Fortement présentes en début de représentation, elles s’accentuent puis s’intensifient sur des zones plus restreintes. Elles habillent la scène et donnent toute sa substance à la situation qui s’y déroule.

Durant environ deux heures quinze, le spectateur pénètre l’intimité d’une famille en proie à un conflit.

Crédits : Compagnie des Lumas

Le choix des costumes est presque anachronique mais signe l’adaptation très moderne de la comédie. Le discours tranche avec des vêtements de ville banals, si bien que dès le commencement, le spectateur voit s’établir un décalage, ce qui lui demande un temps d’adaptation. J’ai été très surpris du prologue de la pièce, par lequel le metteur en scène donne « naissance » au personnage de Tartuffe, extirpé d’une terre de glaise par Madame Pornelle. Peut-être Éric Massé a souhaité faire du personnage de Pierre-François Garel un être controversé, qui se donnant l’air dévot n’en est qu’au final un être incarnant le vice. Damis, joué par Léo Bianchi, incarne un personnage révolté qui n’hésite pas à hausser le ton et braver les interdits imposés par son père, jusqu’à ce que ce dernier le condamne à être déshérité ; dès lors il va errer tel un ange déchu (le metteur en scène ayant choisi ici de lui faire porter une paire d’ailes et une croix en bois).

La scène de la table se place, en outre, comme le point d’orgue de la pièce ; la charmante Elmire (Sarah Pasquier) va donner à Tartuffe l’illusion de céder à ses avances, mais bien loin de se douter du dessein de la jeune femme, l’imposteur va révéler son imposture au père de famille caché sous le mobilier ; l’arroseur est arrosé.
Pleine de sens, cette scène établie un parallèle avec le monde contemporain dans lequel la femme s’impose dans le rapport de force et défend sa position ; elle n’est plus objet mais conscience.

L’énergie déployée est impressionnante et chaque comédien nourrit son personnage de cette passion. In fine, Eric Massé redonne de la fraicheur et dépoussière ce grand classique de la comédie française. Si vous aviez lu le livre, vous serez certainement séduits par la modernité de cette pièce. Une chose est certaine, il n’y a pas hésitation à avoir : rendez vous en salle !


Dernières représentations :
Les 8 et 9 mars 2018 au Théâtre de Bourg-en-bresse (11 place de la Grenette, Bourg-en-bresse 01000).

Compagnie des Lumas
51 rue Antoine Durafour
42100 SAINT-ÉTIENNE
www.cie-lumas.fr
Tél: 09 54 90 05 31

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Étudiant en licence mention Droit, passionné de musique et de cinéma

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